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Jean BERNARD

médecin, spécialiste d’hématologie et de cancérologie

Les conséquences morales de la révolution biologique

samedi 1er décembre 1990 20h30


" C'est de l'homme qu'il s'agit " (*)

Étonnant et émouvant spectacle que celui de ces jeunes d'une vingtaine d'années venant à la rencontre de Jean Bernard pour le congratuler avec une spontanéité qui a touché le grand aîné aujourd'hui octogénaire. L'un, dès l'aéroport de Lorient lui adresse un " Merci pour tout ce que vous avez fait pour l'homme ", et l'autre, tard le soir à Quimper, le reconnaissant sans doute sans un premier temps l'identifier, court vers lui pour lui dire un vibrant "Merci ".

L'éminent Professeur ne pas inaperçu. Spécialiste réputé des affections du sang et spécialement de la leucémie qu'il a largement contribué à vaincre, l'homme de communication soucieux d'initier à la radio, à la télévision, le plus grand nombre aux problèmes les plus complexes, écrivain racé et brillant orateur, Jean Bernard ne laisse pas indifférent. Il séduit par un charge qui est peut-être d'abord celui de la modestie.

Tel fut le sentiment dominant, à Quimper, vendredi dernier, au terme d'une passionnante soirée qui a réuni autour du Président du Comité national d'éthique quelques 400 personnes dont 150 jeunes venus pour certains par car de Gourin et Pontivy. Le thème de la conférence : Les conséquences morales de la révolution biologique.

Nous sommes, a commencé par rappeler Jean Bernard, dans un temps de rupture. Après la " révolution thérapeutique " inaugurée par Pasteur, notre époque est marquée en profondeur par la " révolution biologique " qui confère aux problèmes éthiques une dimension inédite par suite de la conquête d'une triple maîtrise : maîtrise de la reproduction avec la contraception et l'insémination artificielle, maîtrise de l'hérédité avec la fécondation in vitro, le diagnostique prénatal, le génie génétique et enfin maîtrise du système nerveux grâce au développement des neuro-sciences assurant le pouvoir de modifier le comportement des individus par l'utilisation de molécules spécifiques.

Les conséquences morales de cette triple mutation sont immenses et à l'heure actuelle encore difficiles à apprécier. Le conférencier les a très fortement mises en évidence en s'appuyant, avec pédagogie, sur de très nombreux exemples qui illustraient et les enjeux majeurs des problèmes rencontrés, et, bien souvent, la difficulté du choix. Qu'il s'agisse des " mères porteuses " qui louent leur utérus ou du sort des " embryons surnuméraires " en passant par le " séquençage du génome " permettant de connaître dès la fécondation les caractéristiques du futur petit homme, les chercheurs, médecins et nous, simples citoyens, sommes confrontés à la question des limites face à la tentation de " fabriquer " l'homme selon la loi du désir et de la convenance personnelle.

Qui dit limites dit principes de délimitation. Jean Bernard en a énoncé quatre principaux : le respect dû à la personne qui ne doit jamais être réduite au statut de chose (et ce respect s'étend à l'embryon dès la première heure où il est " personne potentielle " ou " potentialité de personne "), respect des règles de la connaissance qui doit toujours être finalisée par le souci du bien de l'homme, refus du lucre excluant tout commerce en ces domaines, enfin responsabilité du chercheur qui doit admettre le contrôle de la collectivité sur son travail.

Ce sont ces principes qui guident le Comité national d'éthique dont Jean Bernard assure depuis 1983 la présidence. Il s'acquitte de cette tâche difficile entre toutes avec un sérieux à la mesure de l'enjeu : l'avenir de l'humanité de l'homme. Tâche éthique par excellence, éthique qui fournit moins des solutions que des principes d'orientation dans la décision non exclusifs d'un choix parfois tragique moins entre le bien et le mal qu'entre un mal et un moindre mal.

Les Quimpérois ont eu la chance d'entendre ce soir là la voix de la sagesse qui n'est jamais celle du confort intellectuel et spirituel. Car en toutes ces matières " C'est de l'homme qu'il s'agit " (*)

Jacques LE GOFF,

(*)Titre du bel ouvrage de souvenir récemment au Seuil (42 F). Signalons aussi, sur ce sujet, le livre très clair et très complet édité il y a peu chez Buchet-Chastel " De la biologie à l'éthique " (120 F).


" Il y a toujours un bon et un mauvais côté ... "

Invité par l'associtation " La liberté de l'esprit ", vendredi soir, à Quimper, Jean Bernard a évoqué les questions morales posées par la révolution thérapeutique.

Le comité consultatif national d'éthique des sciences de la vie et de la santé - c'est son nom exact - a été créé en 1983. Il est présidé par le professeur Jean Bernard, dont la vivacité d'esprit et la prudence de langage ne sont en rien entamées par 83 ans d'âge. Vendredi soir, devant 400 auditeurs, lycéenes et lycéens, médecins, enseignants, rassemblés au théâtre, il a donné une conférence très dense avant de répondre pendant une petite heure aux questions de son auditoire.

Le thème de son intervention était celui de la bioéthique (" Son but est d'éliminer les dangers ") et des multiples questions morales que pose la révolution thérapeutique. A notre époque, la morale a une image ringarde, dépassée, trop marquée par le religieux. Maintenant, on parle d'éthique. En réalité, c'est la même chose. En laïc.  

Chaque cas est particulier Les essais scientifiques sur l'homme, les greffes, le vaccin contre la grossesse, la fécondation médicalement assistée, le génie génétique, la maîtrise du système nerveux par la psycho-pharmacologie ... autant d'interrogations morales, pardon éthiques, que de découvertes de la biologie moderne.

Que faut-il en penser ? A cette grande question, le professeur Jean Bernard, homme sage s'il en est, a répondu " sagement " qu'il y avait toujours un bon et un mauvais côté des choses ...

Les essais sur les êtres humains ont permis de trouver le BCG et de vaincre la tuberculose. Le génie génétique permet de modifier le patrimoine génétique de chaque homme, " de faire des Mozart ou des Hitler " à volonté " mais aussi de soigner 3200 maladies héréditaires. Il n'y a pas de réponse globale. Chaque cas est un cas particulier.  

Le débat

Après un petit quart d'heure de pause, Jacques Le Goff a conduit un débat entre le professeur et ses auditeurs quimpérois. A la première des questions posées " faut-il légiférer en matière bio-éthique ?", réponse mitigée : " Il y a des domaines où des lois sont urgentes, d'autres où il faut attendre, comme le génie génétique. Un groupe de travail de l'Assemblée Nationale prépare une liste des urgences ".

Les autres questions ont porté sur les médicaments (" Est-il moral de faire des bénéfices sur les médicaments ? "), le secret médical, l'acharnement thérapeutique, l'euthanasie, le clônage de lapins (le comité le condamne pour l'homme), choisir le sexe de son enfant, l'audience du comité nationale d'éthique, etc ...

A chaque fois des réponses marquées du sceau du bon sens et de la prudence. ...

Alain DE SIGOYER,


Biographie

Jean Bernard, né le 26 mai 1907 à Paris et décédé le 17 avril 2006 à Paris, était un médecin français, spécialiste d’hématologie et de cancérologie. Il fut aussi le premier président du Comité consultatif national d’éthique.

Jean Bernard naît dans une famille d’ingénieurs. Son grand-père maternel était polytechnicien ; son père était Centralien. Pendant la Première Guerre mondiale, et tandis que son père est au front, il est envoyé en Bretagne. Jusqu’en 1918, il étudie à l’école communale de Couëron en Loire-Atlantique. Puis Jean Bernard fréquente le lycée Louis-le-Grand à Paris, où il acquiert une solide culture classique. Il lit beaucoup et commence à écrire. À 17 ans, il joue une pièce de Victor Hugo, Mangeront-ils ?. Ses partenaires sont Claude Lévi-Strauss et Pierre Dreyfus. À cette époque, il hésite encore entre la médecine et la littérature. Il finit par se décider pour la médecine : « La médecine me parut allier l’humanisme et mon goût pour les sciences. » (in C’est de l’homme qu’il s’agit, Odile Jacob, 1988).

Il suit des cours à la Faculté des sciences de Paris, à la Faculté de Médecine et enfin à l’Institut Pasteur.

En 1929, il devient interne des Hôpitaux. Il entre dans le service du Professeur Paul Chevallier, qui est un maître en hématologie. Jean Bernard éprouve une grande admiration pour ce médecin et c’est grâce à lui qu’il va faire des maladies du sang l’affaire de sa vie. En 1931, il fonde, avec Paul Chevallier, la première société savante d’hématologie. À partir de 1933, il commence une thèse expérimentale sur la leucémie. Il obtient son doctorat en médecine en 1936.

Dès 1940, Jean Bernard entre dans la résistance, ce qui lui vaudra d’être l’un des cinq cents titulaires de la carte de résistant de 1940. En 1942, il dirige un réseau de résistance dans le sud-est de la France. Il est responsable des parachutages d’armes sur les plateaux du Vivarais, dans le Vaucluse et dans les Bouches-du-Rhône. En 1943, il est fait prisonnier et il est incarcéré six mois à la prison allemande de Fresnes. Relâché peu avant la Libération, il reprend le combat. Il ne déposera les armes qu’une fois l’armistice proclamé.

Après la guerre, Jean Bernard reprend ses études de médecine. Il suit les cours d’immunologie et de bactériologie de Gaston Ramon et Robert Debré. En 1946, il devient médecin des hôpitaux, puis, en 1949, il réussit l’Agrégation et enseigne à la Faculté de Médecine.

Les succès médicaux et la réflexion éthique

En 1947, avec Jean Hamburger, Jean Bernard crée l’« Association pour la recherche médicale ». En 1962, cette association deviendra la Fondation pour la recherche médicale.

En 1947, à l’hôpital Herold, il obtient avec Marcel Bessis la première rémission dans un cas de leucémie chez un enfant, Michel. Jean Bernard a eu l’idée de modifier le milieu intérieur (concept dû à Claude Bernard) et c’est Marcel Bessis qui a apporté la technique de l’exsanguino-transfusion, consistant dans le remplacement total du sang d’un organisme. Ce premier succès fait l’objet d’une publication dans la Revue de transfusion. En 1950, il décrit la première leucémie chimiquement induite chez l’homme : l’hémopathie benzénique observée chez les sujets travaillant dans les industries qui utilisent le benzène. Cette étude permettra à Jean Bernard d’aborder le traitement curatif de la leucémie.

En 1956, il est professeur de cancérologie.

En 1957, il est médecin chef de service à l’hôpital Saint-Louis. Léon Binet témoigne de la manière dont Jean Bernard menait ses consultations : « Les malades étaient fascinés par sa façon d’être. Il avait un esprit de synthèse tellement fulgurant qu’il arrivait très vite à formuler des solutions pratiques, dans une discipline pourtant complexe. Très présent dans son service, partisan du temps plein à l’hôpital, il recevait les familles de ses petits malades dès huit heures le matin et savait les rassurer. »[1]

En 1958, il devient membre du Comité consultatif de la recherche scientifique. Il fait partie du Comité des douze sages qui conseille le Général de Gaulle sur l’orientation de la recherche en France. En 1961, il devient professeur de clinique des maladies du sang et il prend la direction de l’« Institut de recherche sur les leucémies et les maladies du sang » installé à l’hôpital Saint-Louis. La localisation d’un centre de recherche dans un hôpital est délibérée : Jean Bernard a toujours voulu que la recherche ne soit pas coupée de l’approche clinique. En 1962, il isole une substance, la rubidomycine, dont il réussit à démontrer l’efficacité contre la leucémie. Il décrira aussi en 1967 le syndrome de Lasthénie de Ferjol.

Grâce à ces recherches, l’hématologie, qui était jadis une discipline unifiée, tend à se diviser en domaines plus spécialisés. C’est Jean Bernard qui oriente Marcel Bessis vers la cytologie. Jean Dausset est, lui, orienté vers l’immunologie ; il découvrira ainsi le système majeur d’histocompatibilité (ou compatibilité tissulaire) dit HLA ; pour ses découvertes, Jean Dausset recevra le Prix Nobel de Médecine en 1980.

En 1983, il devient le premier président du Comité consultatif national d’éthique des sciences de la vie et de la santé.

Jean Bernard a toujours voulu faire de la médecine une discipline humaine.






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