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Jacques LE GOFF

Professeur de droit public à la Faculté de droit de Brest

Le travail a-t-il un avenir ?

jeudi 28 novembre 1996 20h30


Cette conférence sera animée par Jacques Le Goff, ancien président de l’association et maître de conférences de droit public à la faculté de Brest et docteur en sciences politiques. Il parlera de la crise que connaît aujourd’hui la civilisation du travail. Au moment où l’humanité semble en passe par la technologie de se libérer de l’emprise du travail, réalisant ainsi son plus vieux rêve, elle s’enfonce dans un cauchemar, le chômage, justement provoqué par la contraction constante et accélérée de la part du travail dans l’activité productive. Tel est le paradoxe que connaît cette fin du XXe siècle. Ce problème crucial ne peut laisser indifférent. Si la civilisation du travail touche à sa fin, nous sommes confrontés aux enjeux de la civilisation du temps libre. A noter que cette conférence sera la cinquantième du genre organisée par « La Liberté de l’Esprit » depuis sa création en 1988




Le Télégramme de Brest30 novembre 1996

La Liberté de l’esprit : Jacques Le Goff et l’avenir du travail

Jacques Le Goff était jeudi soir l’invité de « La liberté de l’esprit ». 650 personnes sont venues entendre son point de vue de juriste sur l’avenir du travail dans notre société. Un avenir limité : notre société peut se passer - économiquement parlant - du travail tel qu’il est pratiqué à l’heure actuelle. Un salaire de citoyenneté et un temps libre pourrait palier à notre « labo-dépendance ». Une hypothèse de vie qui demande un grand changement dans nos mentalités, habituées depuis le 17e siècle à vivre par le travail. En effet, aujourd’hui, le travail est un facteur structurant de la personnalité et de l’intégration sociale. Pour l’instant, donc, nous ne savons nous passer du travail. Temps libre Il faudrait, selon Jacques Le Goff, passer du travail à l’oeuvre. C’est-à-dire cesser de considérer le travail comme la forme haute de la reconnaissance sociale. Mais le temps libre qui résultera de cette nouvelle formule de vie risque d’être souffrance pour certains. Le niveau de culture créera une discrimination, un nouveau type d’exclusion entre ceux qui, par leur ressources personnelles, leur éducation et culture, enrichiront leur temps libre et ceux qui devront tuer ce temps jugé inutile. Il donne une solution : intensifier le rôle de l’associatif et de l’animation sociale. En tenaille En conclusion, Jacques Le Goff soulignait l’extrême inconfort de notre société actuelle. Prise en tenaille entre un système qui arrive à sa fin et une ère nouvelle inconnue, avec un nouveau mode d’organisation. Il nous faudra redistribuer les cartes de l’emploi et des revenus avant qu’il ne soit trop tard. Il existe, selon Jacques Le Goff, beaucoup de possibilités, mais non-inscrites encore dans l’histoire. C’est aussi cette grande inconnue qui fait peur.



Ouest-France

Un grand succès pour la 50ème conférence de la Liberté de l’esprit 700 personnes pour " l’avenir du travail "

La conférence de Jacques Le Goff sur l’avenir du travail a attiré 700 personnes, jeudi soir au Chapeau-Rouge. Un gros succès qui a une dimension symbolique : il s’agit de la cinquantième conférence organisée par la Liberté de l’esprit depuis sa création en 1988 et le conférencier est son ancien président.

" La fin du travail est l’un des plus vieux rêves de l’humanité. La foi en la machine libératrice vient du font des âges " , note Jacques Le Goff.

Pourtant, alors qu’aujourd’hui le rêve semble proche de s’accomplir, le désarroi, via le chômage, s’empare des esprits : " Notre mode de vie est modelé par le travail. Celui-ci reste le vecteur principal de participation sociale " . D’autres modes de participation ne bénéficient pas de la même reconnaissance sociale. C’est le cas du bénévolat.

Autre raison pour laquelle nous demeurons dépendants du travail, nous avons peur du temps libre. " Nous sommes des alcooliques du travail. " Une éducation au temps libéré sera-t-elle nécessaire ?

En tous cas, il faudra apprendre à le gérer. On ne peut nier " un risque de discrimination face à un temps libéré. Cette transition sera plus facile pour les gens disposant d’une culture plus importante. " Une meilleure répartition des ressources sera nécessaire.

En fait " nous sommes dans une situation inconfortable. La société du non travail ne fait que se profiler. Cet état transitoire peut durer un demi siècle ou un siècle entier ". Mais une chose est sûre : " Il faudra remplacer le travail comme valeur centrale ".

A noter que les questions adressées au conférencier lors du débat ont été très nombreuses. Le succès public qui accueillir cette cinquantième conférence, prouve que la Liberté de l’esprit répond à un véritable besoin des Quimpérois.



La " Liberté de l’Esprit " a sûrement un avenir ! 700 personnes à la conférence de Jacques Le Goff ... sur la question : " Le travail a-t-il un avenir ? "

La conférence de Jacques Le Goff, jeudi soir à la salle du Chapeau-Rouge, devait relever un triple défi : parler d’un sujet tabou qui drainait difficilement 100 personnes il y a 7 ou 8 ans ; déplacer 700 personnes en plein conflit des ouvriers du Transport, avec des stations-services affichant partout " épuisé " ; prendre la suite de Robert Badinter, de Jacques Gaillot, le cyber-évêque ou de Jacques Le Goff, l’historien. Et pourtant, pari tenu : l’homme du terroir, le professeur de droit à Brest et Lorient, le fondateur de la " Liberté de l’Esprit " a relevé tous ces défis. Un succès d’écoute qui est dû au sérieux du travail de l’équipe d’animation depuis 1988. Et pour la 50è conférence de la série, ce fut un "coup de maître ", en laissant à Carole, lycéenne de terminale, le soin de présenter Jacques Le Goff à partir d’un citation d’Aristote : " Hier déjà, l’outil - comme aujourd’hui la machine - pouvait devenir l’ami ou d’adversaire de l’homme dans son travail ".

Un constat évident

Les chiffres que le professeur cite parlent d’eux-mêmes : en 1850, le travail représentait pour un ouvrier 180 000 heures d’une vie (70%), en 1900, 121 000 heures (43%), puis en 1980 seulement 77 750 heures (18%) et en 1996 15% en moyenne. Et ce constat est vrai dans tous les domaines de l’activité salariée : dans l’agricole (7% de ... tisation des tâches, les biotechnologies annoncent pour demain une agriculture sans sol, sans récolte et sans paysan ... dans l’industrie aussi, où par exemple chez Fiat à Milan, une machine-outil remplace allégrement 180 ouvriers et plus ... dans le tertiaire enfin, où les guichets automatiques des banques, les caissières à lecture optique ou autres machines à reconnaissance vocale ou visuelle sont à la veille de rendre inutiles les salariés en blouse blanche ... Paradoxes ou questions ne manquent pas d’apparaître dans le discours de J. Le Goff : " Le travail, c’est fini ; mais est-ce une bonne nouvelle ? " ... " Est-ce bien vrai que la machine est libératrice ou " rédemptrice " ? Et de quoi ? ". " Peut-on parler de chance historique quand on récolte d’abord tant de chômage, de marginalisation, de déprime sociale ou de dépression personnelle ? "

Le conférencier analyse ensuite notre " dépendance du travail " dans la civilisation occidentale. " Nous sommes dépendant du travail sur le plan économique, social et culturel. Nous avons peur du temps libre, nous sommes des drogués ou des alcooliques du travail " . Sur le plan économique, le travail représente le salaire et donc la ressource essentielle et les chômeurs qui touchent moins de 5 000 F par mois nous rappellent ; d’autre part, sur le plan social, le travail est facteur d’intégration et de structuration dans le système actuel. Et Jacques Le Goff a raison de nous proposer sa parabole du train : " Dans un compartiment vous vous trouvez à 4. Pour lancer la conversation, vous demandez au premier : " Que faites- vous ? ". Il dit " Je suis à la maison, c’est moi qui fais la " nounou " et les courses ... dans le dialogue ! Vous demandez au second : " Et vous, que faites- vous ? ". Il répond : " Je suis chômeur "... et vous n’osez même pas demander le métier qu’il faisait avant. Vous demandez au 3è : " Et vous, que faites-vous ? " et il affirme : " Je suis cadre-moyen dans une entreprise agro- alimentaire " ... et le dialogue s’instaure entre vous sur les conditions de travail, la modernisation, le plan social de l’entreprise ... Ce dernier est reconnu comme être social grâce à son travail " ... C’est vrai que notre société retarde avec soupçon celui qui prend un temps partiel ou celui qui intègre dans ses activités une part de bénévolat au service d’une association ... Sur le plan culturel, on assiste au syndrome du retraité avec son angoisse du temps libre.

Quel avenir pour le travail ?

Face à ces constats, Jacques Le Goff esquisse un avenir social difficile à trouver et un nouvel équilibre long à s’installer : " Nous sommes dans une situation inconfortable. La société du non-travail ne fait que se profiler à l’horizon. Cet état transitoire peut durer un demi siècle ".Une éducation au temps libre ou au temps libéré est nécessaire car il faudra remplacer la valeur " travail " par une autre, tout aussi centrale. Il est concevable de s’émanciper du travail : historiquement, les grecs (et plus tard les Romains) laissaient le travail à leurs esclaves ... mais est-ce un modèle ? Économiquement, c’est possible, car cela existait avant le 18è siècle et beaucoup l’ont retrouvé - tant bien que mal - depuis 20 ans ... Mais est-ce souhaitable de s’émanciper ainsi du travail ? On peut valoriser l’interaction sociale et se passionner à ... (en désenchant le travail en quelque sorte !). Des modèles nordiques - danois ou suédois - existent dans ce domaine, mais sont-ils transposables ? Pour dépasser le stade de l’ " homo faber " ou " homo economicus ", il faut tenir compte de 3 obstacles dit J. Le Goff : " La liberté du travail : oui, à condition qu’il n’y ait pas atomisation sociale à cause des contraintes trop lourdes sur une liberté d’initiative. Tout cela demande un nouveau contrat social " . Jacques Le Goff parle alors plus de la redistribution des emplois et des revenus que de partage du travail ... Dans le débat qui suivra seront abordées les questions des heures supplémentaires, du travail au noir ... et avec Paul Valéry, il avoue " L’avenir n’est plus qu’il était ".

Un débat trop court

De nombreuses questions vinrent animer le débat sur la tyrannie abso Sation des charges sociales, sur la redistribution des revenus, sur les nouvelles autoroutes de l’information (internet), sur l’exemple donné par la fonction publique, sur le partage du temps de travail et le travail à temps partiel ... et beaucoup d’autres non évoquées ... Réaliste et partisan de la solidarité, Jacques Le Goff vise un allégement des charges sociales jusqu’à 32 heures/semaine (au-delà, il faut les taxer plus lourdement), il souligne les mérites de la loi Robien, souhaite une régulation sociale et monétaire au plan européen et mondial . ... sinon " le social déstructure le social " , il craint l’espace non partagé et peu solidaire du cyber-village planétaire, il prône la redistribution sage des heures supplémentaires à l’Université comme ailleurs dans la fonction publique ... Il est urgent que dans tous ces domaines naisse une " culture du travail, différente ". Il y faudra beaucoup de temps.



Biographie

Diplômé d’études supérieures de Droit public (1972). Mémoire Option Droit international : Introduction à la pensée du Professeur Basdevant, 160 pages.

Diplôme d’études supérieures de Sciences politiques ( 1974 ). Mémoire Idées politiques : La revue Esprit face à la social-démocratie, 280 pages. Prix Emmanuel Mounier 1977

Doctorat d’Etat de Sciences politiques, Rennes, 1985. Thèse : Droit du travail, Etat et société, 1830-1985.

Assistant de Droit public aux Facultés de Brest et Rennes de 1974 à 1979

Inspecteur du travail de 1979 à 1988.






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