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Pierre ROSANVALLON

historien

La crise du politique

jeudi 13 mars 1997 20h30


Pierre Rosanvallon, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, parlera de « La crise du politique ». Avec son regard d’historien et de sociologue, il analysera le fossé qui semble aujourd’hui se creuser entre la société et les institutions (notamment politiques) qui prétendent représenter les citoyens. Secrétaire général de la Fondation Saint-Simon, Pierre Rosanvallon a mené un travail d’historien sur les relations entre l’Etat et l’individu dans la société libérale et démocratique. Sa réflexion sur la politique contemporaine l’amène à cerner la spécificité d’une démocratie à la française.




Le Télégramme de Brest 15 mars 1997

Liberté de l’Esprit : la crise du politique selon Pierre Rosanvallon

Invité de « La liberté de l’Esprit » jeudi soir, au Chapeau-Rouge, Pierre Rosanvallon, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, a donné, devant 400 personnes, son point de vue sur la « crise du politique ». Avec son regard d’historien, partant bien sûr de la Révolution française, il a expliqué la spécificité d’une démocratie à la française : « Nos ancêtres ont bricolé un modèle de démocratie qui est au jourd’hui en crise » dira-t-il. Représentation Insistant sur l’importance de la notion d’intérêt général, il soulignait un point sensible, la représentation : dans la démocratie française, il existe une résistance très forte à faire exister les groupes, les entités. Autrefois, les partis traduisaient les identités sociales (il existait des régions rouges...). Aujourd’hui, ceci est de moins en moins vrai. L’électeur calcule, joue les stratèges (vote de défiance, vote en fonction d’intérêts personnels) avec une logique plus difficile à cerner. L’utilité de la représentation ne lui apparaît-elle plus ? Les média peuvent le lui faire croire. Pierre Rosanvallon citait ces émissions de seconde partie de soirée : la nouvelle représentation est-ce « ces 30 personnes qui s’empoignent dans les émissions de Pradel » et dont les plateaux vont jusqu’à copier la forme d’un hémicycle ? Il en expliquait la logique, cette nouvelle forme de la parole et ses limites : « On nous confisque la parole en politique, nous vous la donnons à l’antenne », « Vous élisez des députés tous les quatre ans, nous vous donnons des sondages tous les jours », « La Justice est trop lente, nous trouvons tout de suite des coupables ». Démocratie « presse-bouton » Mais la démocratie n’est pas en panne : elle a des concurrents dans les média. Des concurrents qui lui font courir le danger d’une démocratie primitive avec la tentation du populisme. Pour Pierre Rosanvallon, la démocratie a besoin de la représentation afin que le pouvoir reste aux mains du peuple. Que serait une démocratie « presse-bouton » où l’on se passerait de représentants en votant tout nous-mêmes par télécommande. « On se rend compte que l’idéal de la démocratie, c’est la discussion, la délibération. Sans concertation, le pouvoir est au nombre, pas à la raison » dira-t-il.



Ouest-France

Rosanvallon : vive la discussion

L’historien Pierre Rosanvallon était invité par la Liberté de l’Esprit, le jeudi 13 mars afin de parler de la crise du politique. Pour lui, la solution au malaise actuel passe par une revalorisation de la discussion.

Pour Pierre Rosanvallon " notre démocratie souffre d’un malaise " dont les visages concrets et apparents sont la suspicion affichée envers les élites ou encore la progression du Front National.

La démocratie au sens étymologique sous entend que la parole soit donnée au peuple dans son entier. Tout le monde peut s’exprimer sur la vie de la cité, quelque soit sa compétence. Mais depuis la révolution, on se pose le problème : " comment faire du peuple un acteur réel ? "

Depuis la révolution, au fil de deux siècles agités, on a bricolé un modèle de démocratie qui est aujourd’hui en crise. Ce modèle est fondé sur " l’idée d’intérêt général qui implique le refus de manifestations trop particulières, mais qui engendre le risque de perte de substance de l’essence démocratique ".

Contrairement à l’Angleterre ou l’Allemagne où l’intérêt général procède de la confrontation d’intérêts particuliers, en France on a une conception technocratique de l’intérêt général : celui-ci s’impose de haut, et doit procéder d’une connaissance ; Du coup, en France, l’intérêt général est représenté par des députés indépendants des groupes, des professionnels ou des minorités nationales. " La Révolution a supprimé les associations, les partis et les corporations. Il ne devait y avoir aucun écran entre le citoyen et le député qui représente l’intérêt général ".

Toutefois, au fil du temps, les syndicats, associations et partis politiques se sont imposés comme lieux où pouvaient s’exprimer des intérêts particuliers. Mais " aujourd’hui les syndicats ont perdu leurs adhérents et les partis leur substance de représentation puisque l’électeur est à présent volage et que le vote n’est plus signe d’appartenance à une communauté ".

Du coup, le modèle démocratique français a perdu son équilibre et s’est effondré. Pierre Rosanvallon pense que " l’enjeu actuel est de rendre la société lisible alors que nous expérimentons une société fortement individualiste. Aujourd’hui, nous constatons un déficit de connaissances des problèmes de la société ".

Et ce ne sont pas les médias qui doivent prendre la place des politiques dans leur fonction de représentation. Ils ont déjà trop tendance à le faire : " Les politiques vous confisquent la parole, disent les médias, et bien nous vous donnons l’antenne ".

Pierre Rosanvallon met également en garde contre l’illusion de la démocratie directe qui court-circuitrait les élus du peuple. Pour lui, ce n’est pas seulement le vote qui fait la démocratie, mais la délibération entre les intérêts particuliers. " Il faut résister à la croyance que la décision est tout. La démocratie, c’est au contraire la discussion, et la croyance que celle-ci peut changer notre point de vue. Il faut toujours être près à changer d’avis ". Pierre Rosanvallon souhaite que le débat sur une nouvelle définition de la démocratie soit au cœur du débat politique.

N. B.,
La crise du politique selon P. Rosanvallon

Invité de " La liberté de l’Esprit " jeudi soir, au Chapeau-Rouge, Pierre Rosanvallon, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, a donné, devant 400 personnes, son point de vue sur la " crise du politique ". Avec son regard d’historien, partant bien sûr de la Révolution française, il a expliqué la spécificité d’une démocratie à la française : " Nos ancêtre ont bricolé un modèle de démocratie qui est aujourd’hui en crise ", dira-t-il.

Représentation

Insistant sur l’importance de la notion d’intérêt général, il soulignait un point sensible, la représentation : dans la démocratie française, il existe une résistance très forte à faire exister les groupes, les entités. Autrefois, les partis traduisaient les identités sociales (il existait des régions rouges …).

Aujourd’hui, ceci est de moins en moins vrai. L’électeur calcule joue les statèges (vote de confiance, vote en fonction d’intérêts personnels) avec une logique plus difficile à cerner. L’utilité de la représentation ne lui apparaît-elle plus ? Les média peuvent le lui faire croire.

Pierre Rosanvallon citait ces émissions de seconde partie de soirée : la nouvelle représentation est-ce " ces 30 personnes qui s’empoignent dans les émissions de Pradel " et dont les plateaux vont jusqu’à copier la forme d’un hémicycle ?

Il en expliquait la logique, cette nouvelle forme de la parole et ses limites : " On nous confisque la parole en politique, nous vous la donnons à l’antenne " " Vous élisez des députés tous les quatre ans, nous vous donnons des sondages tous les jours ", " La justice est trop lente, nous trouvons tout de suite des coupables ".

Démocratie " presse-bouton "

Mais la démocratie n’est pas en panne : elle a des concurrents dans les média. Des concurrents qui lui font courir le danger d’une démocratie primitive avec la tentation du populisme. Pour Pierre Rosanvallon, la démocratie a besoin de la représentation afin que le pouvoir reste aux mains du peuple.

Que serait une démocraie " presse-bouton " où l’on se passerait de représentants en votant tout nous-mêmes par télécommande.

" On se rend compte que l’idéal de la démocratie, c’est la discussion, la délibération. Sans concertation, le pouvoir est au nombre, pas à la raison ", dira-t-il.

La démocratie, c’est la discussion

Notre démocratie a des ratés, elle broute comme un vieux moulin. Invité jeudi soir par la Liberté de l’esprit, l’historien Pierre Rosanvallon a décrit le malaise qui frappe la politique, ce qu’il nomme " la crise de la représentation ". Pour revivifier la démocratie, explique-t-il, nous n’avons pas besoin d’experts. Mais de discussions.

La démocratie française n’est pas sortie toute nue de la cuisse de Robespierre un beau matin de 1789. Pour Pierre Rosanvallon, elle est le résultat d’un " bricolage ", construit au fil des décennies. C’est une construction fragile qui garde les traces des tensions politiques du passé.

La France a choisi de mettre ses députés au service de l’intérêt général. Les groupes, les professionnels ou les minorités sociales ne sont pas représentés au Parlement.

" La Révolution française a supprimé les associations, les corporations et les partis. Il ne devait y avoir aucun écran entre le citoyen et le député qui représente l’intérêt général ". Ce système, trop absolu, n’a pas résisté. Il a fallu inventer es lieux et des institutions où les intérêts particuliers puissent s’exprimer. Ce sont les associations, les partis politiques, les syndicats.

" Aujourd’hui, ce système se défait ". Les syndicats perdent leurs adhérents, le système politique sa substance. Les partis ne représentent plus des identités sociales ou régionales, des intérêts particuliers capables de s’opposer à l’intérêt général. L’électeur, devenu volatil, vote au gré de ses intérêts du moment. " Nous … d’équilibre de la démocratie française."

La politique en panne

Pierre Rosanvallon pense que nous expérimentons pour la première fois des sociétés pleinement individualistes. Les groupes se dissolvent. La tentation est grande, dès lors, d’organiser " le repli sur les dimensions les plus archaïques de l’identité ", comme l’origine ethnique ou le niveau de revenus. C’est ce qui se passe aux État-Unis.

Le système français est différent. Pour Pierre Rosanvallon, l’objet de la politique doit être ici de " rendre la société lisible " en … de ses difficultés et de ses souhaits. La représentation politique permise par la démocratie doit se doubler d’un droit de porter ses problème à la connaissance de tous, d’un droit à la parole, d’un droit d’être écouté.

Si la politique est en panne, c’est que les média monopolisent la parole publique. Les politiques perdent leur fonction de représentation au profit de la télé. " Beaucoup d’émissions singent les hémicycles. Ce n’est plus le député qui sait, c’est Jacques Pradel. Les politiques vous confisquent la parole, disent les média, et bien nous vous donnons l’antenne ! "

La phase ultime de cette évolution est " une démocratie presse-bouton ", d’où le citoyen voterait au fil des émissions avec sa télécommande. Image d’une démocratie directe qui serait la fin de la démocratie.

" C’est une illusion de penser que la démocratie est confisquée par une caste d’hommes politiques et qu’un retour à la démocratie directe serait l’idéal. "

Pour Rosanvallon, ce n’est pas le vote qui fait la démocratie, mais la délibération, la discussion entre les intérêts particuliers. " Le nerf de la démocratie, c’est d’écouter, de s’informer, de développer des arguments et de pouvoir changer d’avis. C’est le contraire d’un système d’experts. "

Pierre Rosanvallon attend des hommes politiques qu’ils fassent naître une réflexion de fond sur ces questions. Qu’ils mettent la démocratie au cœur de leurs agendas.

Jean-Luc COCHENNEC,



Biographie

Pierre Rosanvallon, né à Blois en 1948, est un historien et intellectuel français. Ses travaux portent principalement sur l’histoire de la démocratie, et du modèle politique français, et sur le rôle de l’État et la question de la justice sociale dans les sociétés contemporaines.

Il occupe depuis 2001 la chaire d’histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France[1] tout en demeurant directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Il a été l’un des principaux théoriciens de l’autogestion associée à la CFDT. Dans son livre , L’âge de l’autogestion, il défend un héritage philosophique savant, venu à la fois de Marx et de Tocqueville, et annonce une « réhabilitation du politique » par la voie de l’autogestion.






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