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Michel Desmurget (ANNULÉE)

Centre de Gestion Départementale, 7 Boulevard du Finistère - Quimper

La consommation du numérique.

vendredi 25 mars 2022 19h00

Organisé par le Centre des Abeilles de Quimper

Michel Desmurget est docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’Inserm. Il est l’auteur de TV Lobotomie (Max Milo, 2011) et de L’Antirégime (Belin, 2015), qui ont tous deux remporté un large succès public

ANNULÉE


La consommation du numérique sous toutes ses formes – smartphones, tablettes, télévision, etc. – par les nouvelles générations est astronomique. Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils frôlent les 6 h 45. En cumuls annuels, ces usages représentent autour de 1 000 heures pour un élève de maternelle (soit davantage que le volume horaire d’une année scolaire), 1 700 heures pour un écolier de cours moyen (2 années scolaires) et 2 400 heures pour un lycéen du secondaire (2,5 années scolaires).

Contrairement à certaines idées reçues, cette profusion d’écrans est loin d’améliorer les aptitudes de nos enfants. Bien au contraire, elle a de lourdes conséquences : sur la santé (obésité, développement cardio-vasculaire, espérance de vie réduite…), sur le comportement (agressivité, dépression, conduites à risques…) et sur les capacités intellectuelles (langage, concentration, mémorisation…). Autant d’atteintes qui affectent fortement la réussite scolaire des jeunes.

« Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle », estime Michel Desmurget. Ce livre, première synthèse des études scientifiques internationales sur les effets réels des écrans, est celui d’un homme en colère. La conclusion est sans appel : attention écrans, poisons lents !




Messages

  • L’œuf ou la poule ?
    Une étude qui me semble plus crédible que le bouquin de Michel Desmurget au titre accrocheur et caricatural de "La fabrique du crétin digital"
    Autre époque autre inquiétude. De mon temps... certains parents s’inquiétaient du temps passé par leurs enfants à lire des livres mais il est vrai que mon milieu social était plus populaire que ces auteurs qui aiment à voir le passé comme un age d’or 😁

    Les enfants menacés par trop d’écrans ? La science n’est pas si catégorique
    Le Télégramme
    4-5 minutes

    « La surexposition des enfants aux écrans pourrait être le mal du siècle », estimaient, en décembre, une centaine de députés dans une tribune publiée par « Le Monde ». Il s’agissait d’élus appartenant à la majorité présidentielle. Mais leur texte était également signé par des opposants de droite comme de gauche, tel l’ex-candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon, ainsi que par des personnalités, à l’image du chanteur du groupe Indochine, Nicola Sirkis.

    Ce panel témoigne du vaste retentissement d’une inquiétude : les enfants passent trop de temps devant les écrans - ordinateur, smartphone, télévision, etc. - et cela met en danger leur bon développement intellectuel.

    Régulièrement exprimée dans un contexte d’essor des nouvelles technologies, cette crainte a trouvé un nouvel écho avec la crise de la covid-19. La fermeture des écoles et les confinements ont particulièrement exposé les enfants aux écrans, que ce soit dans un cadre scolaire ou récréatif. Or, « les écrans ont une influence néfaste sur le sommeil, l’alimentation ou encore la gestion des émotions ». Ils menacent aussi « l’acquisition du langage et la mémorisation des savoirs », martelaient les signataires de la tribune, qui ont déposé, fin février, à l’Assemblée nationale, une proposition de loi pour mener des actions de sensibilisation.
    La rubrique « Santé »

    Pourtant, ces inquiétudes sont loin de faire l’unanimité chez les psychiatres et les spécialistes du développement de l’enfance. Les études sur le sujet sont nombreuses, mais leurs conclusions varient beaucoup et leur qualité est très inégale.

    Chez les enfants de moins de 12 ans, il existe bien un lien entre le temps passé devant les écrans et d’éventuels problèmes comportementaux, mais celui-ci est « faible », montre une étude publiée cette semaine dans le « JAMA Psychiatry », l’une des principales revues de recherche psychiatrique.
    Une « méta-analyse »

    Cette étude est importante car il ne s’agit pas d’un travail isolé parmi d’autres. C’est une « méta-analyse », qui reprend un grand nombre d’études préexistantes et évalue, notamment, leur niveau de sérieux. Ses conclusions sont donc, a priori, bien plus solides que ces travaux pris séparément.

    Or, ce sont justement les études les moins sérieuses qui tendent à être les plus alarmistes. Selon les auteurs, ces travaux ont fréquemment tendance à « exagérer les effets des écrans à cause d’un manque de rigueur méthodologique ».
    Un symptôme plutôt qu’une cause

    Ils constatent aussi que les études les plus récentes font, dans l’ensemble, de moins en moins état d’un lien marqué entre exposition aux écrans et troubles du comportement.

    Certes, cette étude admet qu’il existe un rapport entre les deux phénomènes, mais « les liens trouvés sont vraiment légers, ce qui est rassurant », commente le psychiatre britannique Russell Viner, qui n’a pas participé à ce travail.

    Surtout, il est très difficile de dire dans quelle direction va le rapport de cause à effet.

    Les enfants rencontrent-ils des problèmes parce qu’ils ont trop regardé les écrans… ou passent-ils trop de temps devant ces derniers parce qu’ils ont déjà des problèmes, par exemple liés à des difficultés dans leur foyer ou à un manque de vie sociale ? En ciblant les écrans, on risque donc de s’attaquer au symptôme plutôt qu’à la cause.

    « C’est un sujet très complexe et on ne peut pas conclure que c’est l’exposition aux écrans qui crée des problèmes », estime Russell Viner. « Pour de nombreux enfants, comme pour nous les adultes, (…) les écrans peuvent être une source positive d’éducation et de distraction », fait-il remarquer.

    https://www.letelegramme.fr/sante/les-enfants-menaces-par-trop-d-ecrans-la-science-n-est-pas-si-categorique-20-03-2022-12952500.php

  • A la différence de la lecture qui enferme, l’article ci-dessous montre que le numérique sociabilise. Démurget comme beaucoup aujourd’hui, hier et demain, démontre leur incompréhension de la jeunesse

    letelegramme.fr
    « Oui, les ados ont besoin de leurs écrans », pointe une enquête bretonne
    Sophie Prévost

    https://www.letelegramme.fr/france/oui-les-ados-ont-besoin-de-leurs-ecrans-pointe-une-enquete-bretonne-28-03-2021-12726193.php

    Philippe Denis et Nolwenn Le Marec, de l’association lorientaise Camp’Tic, ont travaillé avec Rozenn Decret-Rouillard (sur l’écran), maître de conférences à Rennes 2, sur les pratiques numériques des élèves de cinquième, interrogés dans 25 établissements bretons. (Photo S. P.)

    L’association lorientaise Camp’Tic et la sociologue rennaise Rozenn Décret-Rouillard ont interrogé 2 575 élèves de cinquième en Bretagne sur leurs pratiques numériques. Une première qui en dit long, même si c’était avant la crise sanitaire et les confinements.

    Elle est sociologue de l’école, maître de conférences à l’université de Rennes-2 et membre du Centre de recherche sur l’éducation (CREAD). Ils sont bénévoles d’une association lorientaise, centrée sur les bons usages du numérique. Rozenn Décret-Rouillard et Camp’TIC ont commencé une enquête inédite sur la pratique des écrans des élèves de cinquième, « car ils sont en pleine construction identitaire et rentrent dans l’adolescence ».
    50 entrées par questionnaire

    2 575 questionnaires sont passés dans 25 collèges publics et privés de quatre départements bretons, en 2018-2019. Quels réseaux sociaux, quels jeux vidéo, quel équipement, quelle durée, avec quel contrôle parental ? « Il y avait cinquante entrées. Nous avons complété avec 56 entretiens en groupes ».

    Quels sont les enseignements ? « D’abord que l’entrée des outils numériques est de plus en plus précoce dans la vie de nos jeunes. En cinquième, les trois quarts ont déjà un téléphone. Les écrans font partie intégrante de leur vie et de leur construction adolescente. C’est un fait indiscutable ! », souligne Philippe Denis. Pour autant, les élèves interrogés reconnaissent souhaitable qu’il y ait une limite et un contrôle parental ». Autre point d’étonnement : « Sur ce sujet, la parole des adolescents est très libre. Ils adorent parler du numérique, ils l’associent à des émotions positives, note la sociologue. Ils évoquent une habitude, pas une dépendance. Contrairement à nous, adultes, qui sommes davantage préoccupés par les dangers (cyberharcèlement, suicide) ».
    150 jeux et 20 messageries cités

    La majorité des élèves déclare gérer correctement leur identité numérique et faire attention. « Nous avons été surpris par leur vocabulaire d’experts. Il y a également beaucoup d’entraide autour des outils numériques. » Pendant l’enquête, les jeunes ont cité 150 jeux vidéo et 20 messageries différentes. « On est loin de l’acculturation ! », mentionne Rozenn Décret-Rouillard.

    Moins de surprise sur les usages des réseaux sociaux. « Les filles sont plus sur Snapchat pour échanger avec leurs amies, les garçons profiteront de Fortnite pour discuter avec d’autres avatars ». Mais en creusant, une autre donnée a émergé : « Les collégiens de milieu rural ont des pratiques assez proches des filles situées en milieu urbain. Ce serait une des multiples pistes à explorer. »

  • Une chercheuse qui à la différence de Desmurget, a rencontré des jeunes... Desmurget a essentiellement fait une recherche bibliographique principalement anglo-saxonne. Il est à se demander si les jeunes qu’il a rencontré sont ceux qui étaient en classe avec lui ;-)

    ouest-france.fr
    POINT DE VUE. « Les jeunes et les réseaux sociaux : n’importe quoi ! Vraiment ? »

    Anne Cordier (*)

    https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/point-de-vue-les-jeunes-et-les-reseaux-sociaux-n-importe-quoi-vraiment-6706669

    Et si l’on cessait de fantasmer les usages et pratiques juvéniles des réseaux sociaux numériques (RSN) pour les considérer dans leur réalité effective ?

    Twitter, Facebook, Instagram… que font les plus jeunes sur les réseaux sociaux ?

    Ah, les jeunes et les réseaux sociaux ! Combien d’heures perdues à ne rien faire ! À ne pas vivre la vraie vie ! À se gargariser d’images violentes et de sous-informations ! À chercher à faire mal aux autres par des insultes ! À s’exposer et parler de tout et surtout n’importe quoi ! Voilà bien des discours répandus, n’est-ce pas ?

    Et si l’on cessait de fantasmer les usages et pratiques juvéniles des réseaux sociaux numériques (RSN) pour les considérer dans leur réalité effective ?

    Il ne s’agit pas, surtout pas, de balayer d’un revers de main des inquiétudes, légitimes, quant aux comportements de harcèlement existant sur les réseaux, la gestion personnelle de l’identité numérique ni quant aux stratégies marchandes reposant sur la captation et l’exacerbation des émotions. Bien sûr que non. Mais il s’agit de prendre en considération véritablement ces enfants et adolescents aux prises avec ces objets qui ont intégré leur quotidien (qui est aussi le nôtre) et de comprendre le sens que l’usage des RSN a pour eux, sans les juger ni – encore moins – les condamner.

    Succès de Youtube

    Les chiffres sont sans appel : 71 % des 15-34 ans utilisent quotidiennement les réseaux sociaux pour accéder à l’information (1). Cela signifie aussi que ce sont les publications d’amis qui constituent grandement le réservoir informationnel dans lequel puisent les jeunes. Quoi qu’il en soit, ils s’y informent, et pas uniquement – comme on veut trop souvent le laisser croire – à grands coups d’images ou vidéos sensationnalistes. À ce titre, le succès de la plateforme YouTube doit retenir notre attention : que ce soit pour apprendre pour ses loisirs, son développement personnel, pour s’amuser et se détendre, mais aussi pour les apprentissages académiques, YouTube est convoqué quotidiennement.

    Ces pratiques d’information sur les réseaux sociaux se caractérisent par des émotions très positives confiées par les jeunes : plaisir d’assouvir une curiosité, plaisir d’un choix de format d’information qui les séduit (la vidéo, notamment), plaisir de découvertes. Elles se caractérisent aussi par le partage et le sens social donné à l’information ainsi accédée : des sociabilités informationnelles par le numérique s’instaurent, qui donnent sens à la pratique personnelle mais aussi responsabilisent (plusieurs expliquent qu’ils font attention de ne pas relayer d’informations qui leur paraissent suspectes, car d’autres vont les lire et ils s’en sentent responsables).

    Toutefois, ces enfants et adolescentes confient aussi leur crainte face au flux informationnel qui se déverse sur les réseaux sociaux numériques. Comment faire confiance à l’information ? Comment être certain de ne pas relayer une information fausse ? Comment réguler son activité de façon à ne pas dépendre des notifications constantes ?

    Toutes ces questions, nous ne pouvons les laisser se les poser seuls ou entre eux. Il nous revient de les accompagner, de les aider à aborder sereinement ce flux et la multitude de canaux d’information, de les outiller cognitivement et émotionnellement pour mettre à distance les stratégies de séduction des plateformes. Il nous revient aussi de nous appuyer sur ce plaisir ressenti et confié par les enfants et adolescents à propos de leurs pratiques sur les RSN, car en s’appuyant sur cette sensation de plaisir, on le sait bien, l’éducation a d’autant plus de chance d’être efficace et constructive.

    (1) Ministère de la Culture, 2018.

    (*) Maîtresse de conférences HDR en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Rouen-Normandie, Autrice de Grandir Connectés : Les adolescents et la recherche d’information.

  • Une interrogation salutaire sur ces réponses toutes faites comme "La fabrique du crétin digital". A noter que digital en français désigne ce qui appartient aux doigts. Les crétins numériques feraient-ils un doigt d’honneur aux crétins d’avant le numérique ?
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    franceinter.fr
    https://www.franceinter.fr/emissions/le-code-a-change/sommes-nous-vraiment-en-train-de-fabriquer-des-cretins-digitaux

    Sommes-nous vraiment en train de fabriquer des “crétins digitaux" ?
    par Xavier de La Porte

    J’ai l’impression que le discours sur les jeunes et les écrans est en train de changer. Alors qu’il y a quelques années, on vantait les compétences de ces digital natives - certes un peu accro à leurs écrans, mais tellement habiles à les manipuler - aujourd’hui, ce qu’on entend, ce sont le plus souvent des discours très alarmistes.

    Pour ne prendre qu’un exemple, en septembre dernier, un livre a connu un gros succès commercial et médiatique “La fabrique du crétin digital”, d’un neuroscientifique du nom de Michel Desmurget. Sa thèse : les écrans sont un danger pour les jeunes - enfants et ados -, les études neuroscientifiques le prouvent.

    On est en train de fabriquer une génération perdue, qui aura le choix entre l’obésité, l’addiction, et toutes sortes de troubles émotionnels et cognitifs.

    Evidemment, ce discours me parle. Parce que je regarde le monde autour de moi, je vois bien que les jeunes passent beaucoup de temps devant leurs écrans, dès tout petits parfois. Je me dis que ça ne doit pas être sans conséquence… D’autant qu’on sait bien que les acteurs économiques du numérique créent des outils pour séduire les plus jeunes, pour capter leur attention…

    Et puis, j’expérimente le désarroi qu’on peut avoir en tant que parents envers le goût d’un enfant pour le jeu vidéo, ou envers l’ado qui, dès qu’il le peut, s’affale sur le canapé et scrolle dans les réseaux sociaux. On ne sait pas bien quoi faire de ça….

    Pourtant, ce discours très alarmiste, qui s’appuie essentiellement sur les neurosciences pour dire qu’on est en train de fabriquer des crétins et des addicts, ne me satisfait pas totalement. Il y a des choses qui ne me vont pas. En fait, j’ai l’impression que, sans être forcément faux, il ne nous informe que sur une partie du problème...

    L’invitée

    Anne Cordier est maîtresse de conférences HDR en sciences de l’Information et de la communication à l’Université de Rouen. Elle est spécialiste des usages et pratiques numériques, particulièrement des "jeunes", ainsi que de leurs usages et a réalisé de nombreuses enquêtes de terrain auprès des publics jeunes.

  • franceinter.fr

    Le mythe du geek autiste - épisode 1 : la grande Histoire

    par Xavier de La Porte

    Un jour où Xavier de la Porte traînait sur Twitter sans rien y chercher de particulier, il est tombé sur un tweet très énervé de Marion Coville...

    "Marion, je ne la connais pas vraiment - on s’est juste croisé une fois il y a des années -, mais je la suis parce qu’elle fait partie d’une petite tribu de jeunes chercheurs sur le numérique qui m’intéresse : elle arrive à mêler dans son travail l’intérêt pour le féminisme, le jeu vidéo, la programmation, le corps. Et je la suis aussi parce qu’elle raconte sa vie dans Twitter, avec plein de photos. Sans jamais lui avoir parlé, je sais où elle vit, je connais son appartement, ses chats, son amour du tricot, ses moments de joie et ses chutes. Ça me la rend très familière.

    Et donc, un jour, elle a fait une série de tweets très énervés. La cible de son énervement, c’était un article du Monde Diplomatique qui faisait une critique des relations humaines à l’ère numérique sur le mode “les geeks sont des autistes. Ce sont eux qui ont fabriqué les plateformes sur lesquelles nous communiquons. Nous vivons donc dans un monde d’autistes, nous devenons asociaux.” Marion avait l’air hyper énervée par ce raisonnement. En quelques tweets, elle donnait des arguments, des références, des expériences. J’ai appris à cette occasion qu’elle était autiste.

    Ni une ni deux, j’ai envoyé un message à Marion en lui demandant si elle voulait bien venir m’expliquer tout ça. Parce que je crois que j’y ai souvent succombé à ce lieu commun du geek autiste, et que j’aimerais qu’elle m’explique pourquoi je me suis trompé. C’est comme ça que notre discussion en ligne a commencé, mais elle nous a emmenés beaucoup plus loin que je ne le pensais. Dans les messages qu’elle m’a écrits avant qu’on ne se voie, Marion s’est mise à me raconter sa vie : “Parfois, j’ai l’impression d’être cette espèce de stéréotype sur pattes qui serait passée par tous les "mauvais exemples" des usages d’internet. Mon éducation, mes sociabilités, mes amours, mon identité, et même mon travail : j’ai tout construit grâce à Internet.” Voilà le genre de choses qu’elle m’a écrites.

    Donc, je me suis dit que j’avais besoin de faire deux épisodes : que Marion démonte dans le premier ce lieu commun qui associe la geekitude à l’autisme. Mais aussi qu’elle me raconte dans le second sa vie de jeune fille autiste qui “s’est construite grâce à Internet”, comme elle me l’écrit. J’ai besoin des deux parce que je suis sûr qu’ils vont se répondre, mais surtout parce que je suis certain que c’est en allant dans le biographique, que, paradoxalement, on touchera à ce qui est le plus commun dans l’expérience numérique, commun aux autistes et à toutes les personnes non-autistes qui sont derrière leurs écrans.

    Mais pour arriver là, il faut partir du début.

    Et le début, c’est ce texte du Monde diplomatique.

    Son titre : “La société des asociaux”, et il est signé par Pierre Rimbert, un des directeurs du Diplo. J’en relis quelques passages avant qu’on ne se mette à discuter avec Marion :

    “La sous-culture geek, écrit Rimbert, teintée d’introversion et d’une masculinité frustrée endémique sur les forums de jeux vidéo, valorise l’absence d’empathie. Elle révère un panthéon peuplé de dieux atteints d’une forme légère d’autisme, tels les milliardaires libertariens Elon Musk, patron de Tesla, Peter Thiel, cofondateur de Paypal, et bien d’autres non officiellement diagnostiqués. Au point qu’un journaliste du magazine Wired, alors bible mensuelle de la Silicon Valley, rebaptisa en 2001 le syndrome d’Asperger « syndrome du geek »”

    Plus loin, le journaliste du Diplo écrit aussi : “Contre l’ambiguïté de l’implicite et des sous-entendus qui tissent les conversations de face-à-face, la vie numérique offre au geek qui la développait la brutale autant que rassurante rationalité des indicateurs chiffrés, où l’émotion occupe la portion congrue.”

    Puis vient le coeur de sa thèse : “Que des réseaux sociaux pensés par des asociaux en viennent à structurer les relations en ligne d’une moitié des habitants de la planète reflète en creux la mutilation des rapports humains, source d’une frustration insondable au sein d’un monde parcellisé, pressé, peureux.”

    Et donc, quand on s’est retrouvé enfin tous les deux dans un studio, pour entrer dans le vif du sujet, j’ai demandé à Marion ce qui l’énervait là-dedans.

  • Mercredi 2 février 2022, l’École alsacienne a eu le plaisir de recevoir Grégoire Borst, directeur du laboratoire de recherche du CNRS, LaPsyDÉ, pour une conférence consacrée au cerveau et aux écrans.

    Grégoire Borst

    Le cerveau des enfants et des adolescents face aux écrans : mythes et réalités

    vidéo Youtube

    Les écrans ont envahi notre quotidien. Nous passons plus de 5 heures par jour en moyenne devant nos écrans en augmentation de plus de 50 % sur ces dix dernières années. Ce phénomène touche aussi les enfants et les adolescents qui sont exposés de plus en plus massivement et de plus en plus jeunes aux écrans.

    Les effets de cette exposition intensive aux écrans sur des cerveaux en pleine croissance et particulièrement sensibles à l’environnement posent évidemment question et soulèvent des craintes plus ou moins fondées mais largement relayées dans les médias.

    L’enjeu de cette conférence est de dresser un état des lieux le plus objectif possible, sur la base des données dont nous disposons aujourd’hui, des effets, positifs ou négatifs, de l’exposition aux écrans sur le développement cognitif, social et émotionnel et le cerveau de l’enfant mais aussi de l’adolescent.

    Grégoire Borst est professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation (Université de Paris) et directeur du Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’éducation de l’enfant (LaPsyDÉ – CNRS).

    Au cours de l’année 2020, l’École alsacienne a signé une convention avec LaPsyDÉ (Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Education de l’enfant).

  • franceculture.fr
    — 

    Bien utilisés et régulés, les écrans peuvent être bénéfiques pour les enfants

    Isabelle Lassalle

    Ordinateurs, téléphones, tablettes ou consoles de jeux... les écrans se sont multipliés avec le développement du numérique. Et l’évolution est permanente. Ces nouveaux outils peuvent être tout à fait bénéfiques pour les enfants, à condition d’apprendre à les utiliser, selon les préconisations de l’Académie des sciences qui sort mardi 29 janvier en librairie.
    — 
    L’avis, plutôt positif, de l’Académie des sciences sur les effets des écrans sur les enfants insiste sur la nécessité d’un usage adapté à chaque tranche d’âge et encadré par les parents et les enseignants. Loin de stigmatiser les écrans, les experts de l’Académie ont choisi d’en analyser aussi les effets bénéfiques. « On voit trop souvent les aspects négatifs, les inquiétudes que les écrans suscitent, mais il existe aussi beaucoup d’aspects positifs », a précisé Jean-François Bach, secrétaire perpétuel de l’Académie.

    L’écran, un mode de pensée plus fluide et plus rapide

    - Avant deux ans , tous les écrans non interactifs n’ont aucun effet positif. Mais les tablettes visuelles et tactiles correspondent au développement sensori-moteur de l’enfant.

    - De 2 à 6 ans , l’enfant expérimente le « faire semblant », c’est donc l’âge pour l’éduquer à l’alternance entre le virtuel et le réel.

    - Entre 6 et 12 ans , les logiciels éducatifs peuvent permettre d’améliorer des compétences de calcul ou de lecture. Mais c’est aussi la période pour apprendre l’autorégulation face aux écrans.

    Et si les écrans sont de plus en plus adaptés à une approche intuitive, l’autorégulation se révèle d’autant plus nécessaire, selon Olivier Houdé , professeur de psychologie cognitive à l’université Paris-Descartes et coauteur du rapport :

    - Pour les adolescents , l’outil numérique favorise une pensée plus rapide, fluide et multitâche. Elle permet d’explorer plusieurs possibilités et de faire des expériences. Mais le développement d’une pensée trop rapide et superficielle peut appauvrir les capacités d’analyse et de distanciation qui correspondent à une forme de pensée plus traditionnelle, plus linéaire et véhiculée par la littérature. Pour Olivier Houdé , il faut apprendre à combiner ces deux formes d’intelligence :

    — 
    Les effets positifs des écrans et jeux vidéo

    La culture numérique se caractérise d’abord par l’interactivité et le fait de pouvoir interagir avec une base de données ou un logiciel ou d’autres usagers. Et cette interactivité de l’outil numérique est à la fois un danger mais aussi une formidable opportunité comme le précise Serge Tisseron , coauteur du texte, psychiatre pour les enfants et adolescents et directeur de recherches à Paris-Ouest :

    Un autre aspect positif des outils numériques, c’est de permettre une découverte à son propre rythme suivant son propre parcours, c’est la motivation intrinsèque comme l’explique Serge Tisseron :

    — 
    La construction d’ordinateurs et la programmation pourraient être enseignées à l’école selon le neuroscientifique et psychologue cognitif Stanislas Dehaene , également membre de l’Académie des sciences. L’enfant apprendrait ainsi à devenir un producteur et non pas seulement un consommateur de nouvelles technologies, « pour comprendre finement le monde du numérique, il faut que l’enfant développe des représentations mentales de ce que fait l’ordinateur ».

    Et si les jeux vidéo sont souvent évoqués de manière assez négative, des recherches en sciences cognitives ont montré que « les adolescents qui jouent aux jeux vidéo peuvent développer des compétences exceptionnelles » précise Stanislas Dehaene :

    Devant le fort développement des nouvelles technologies, l’objectif est donc d’apprendre à s’en servir pour en optimiser au mieux leurs capacités. L’avis de l’Académie est d’ailleurs accompagné d’un module pédagogique destiné aux enseignants du primaire pour apprendre aux élèves à faire un usage raisonné des écrans. Il a été réalisé par la fondation La main à la pâte, créée par l’Académie des sciences pour l’éducation à la science.

    — 

    Filles et garçons, mêmes pratiques sur Internet

    Les nouvelles technologies semblent rassembler les intérêts des jeunes, qu’ils soient filles ou garçons. Les plus fortes évolutions des dernières années concernent d’une part l’explosion des réseaux sociaux et la très forte participation des jeunes et d’autre part le développement du mobile et l’équipement en smart phones. Une étude d’Ipsos rendue publique jeudi dernier révèle qu’en terme d’usage et d’équipement le facteur de l’âge est beaucoup caractéristique que celui du genre. Les explications de Bruno Schmutz , directeur général d’Ipsos :

    Bilan sur les effets des écrans ? Les avis restent très partagés. Ce mois-ci dans Psychologies magazine, cinquante experts de la santé psychique lancent un appel à la prise de conscience des risques liés à l’abus d’écrans. Un sondage IFOP vient compléter cette déclaration avec 69% des Français qui se disent préoccupés par la place prise par les écrans dans la vie de leurs enfants. La distanciation et l’autorégulation semblent bien s’imposer comme des conditions nécessaires pour un bon usage des écrans.

    A écouter > Samedi 2 février, l’émission Rue des écoles revient sur cet avis de l’Académie des sciences.> Vendredi 8 février, dans la première partie de la Grande table , Du bon usage des écrans pour les enfants. Rapport annuel 2012 consacré aux droits de l’enfant

    Synthèse du rapport « Enfants et écrans : grandir dans le monde numérique » par le Défenseur des droits (document pdf).



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