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Philippe Halimi

amphi hotel Mercure, av de la gare Quimper

Notre système de santé est-il malade ?

Cette conférence prévue initialement le 25 janvier est reportée à une date non encore définie.

8€ - 6€ pour les adhérents - gratuit pour les étudiants et chômeurs

Philippe Halimi est chef du service de radiologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris et président fondateur de l’association nationale Jean-Louis Mégnien. Il publie avec Christian Marescaux "Hôpital en détresse, patients en danger", et nous alerte sur les dérives du management appliqué à l’hôpital public français.


Plus de deux ans après le suicide du professeur Jean-Louis Mégnien à l’hôpital Georges-Pompidou, c’est un vibrant SOS que lancent les professeurs Philippe Halimi et Christian Marescaux, ardents défenseurs du service public hospitalier : « Nous ne sommes pas des incendiaires mais nous voulons alerter et dénoncer un mal insidieux qui divise les équipes et laisse à terre des gens qui perdent le goût de travailler, parfois même le goût de vivre… »
À travers de nombreux témoignages, souvent bouleversants, ce livre démontre les effets dévastateurs, pour les personnels comme pour les patients, d’un système qui contraint aujourd’hui les équipes hospitalières à soigner vite par souci de rentabilité et d’économies. Une logique financière qui pousse de nombreuses directions d’établissement à diminuer les effectifs et les moyens, puis à écarter violemment ceux qui s’opposent à ces stratégies mortifères ou décident d’en dénoncer les dérapages.
Abus de pouvoir, menaces de représailles, mises au placard, harcèlement moral, impunité pour les maltraitants, tous les moyens sont bons pour que l’ordre règne…
« L’heure est venue d’une véritable prise de conscience pour que cesse la destruction de l’hôpital public. »





Messages

  • Cash Investigation
    Implants : tous cobayes ?
    Elise Lucet propose de pénétrer dans les coulisses de l’industrie de la santé, qui échappe bien souvent au contrôle des autorités sanitaires. « Cash investigation » dévoile les secrets bien cachés d’un secteur qui génère des milliards d’euros de bénéfices au détriment parfois de la santé des Français. L’enquête a été menée dans la plus grande discrétion, jusqu’aux derniers jours précédant la diffusion. Elle montre comment certains produits implantés dans le corps des patients peuvent se révéler très dangereux. Après le documentaire, Elise Lucet reçoit sur le plateau de « Cash investigation » acteurs, experts et responsables politiques.

    https://www.france.tv/france-2/cash-investigation/802695-implants-tous-cobayes.html

  • Implants : « Le Monde » attaque en justice le manque de transparence des autorités

    Le journal va déposer un recours pour obtenir la communication de documents d’intérêt public liés aux dispositifs médicaux, protégés par le secret des affaires.

    Par Maxime Vaudano Publié 28 nov 2018

    L’adoption par la France d’une législation protégeant le secret des affaires, à l’été 2018, avait fait planer une menace sur la liberté d’informer. Quatre mois après la transposition de la très décriée directive européenne, Le Monde en a subi pour la première fois les conséquences, en se voyant refuser l’accès à des documents d’intérêt public réclamés au cours de l’enquête « Implant Files », menée en collaboration avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

    Dans un avis reçu par le quotidien, lundi 26 novembre – après la publication des premiers éléments de l’enquête internationale –, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) a invoqué pour la première fois les nouvelles dispositions sur le secret des affaires pour débouter Le Monde de sa demande d’accès à des documents d’intérêt public de LNE/G-MED, l’une des cinquante-huit sociétés commerciales européennes habilitées à contrôler les dispositifs médicaux (défibrillateurs, pompes à insuline, prothèses de hanche…).

    Notre journaliste Stéphane Horel avait réclamé, dès le 14 mai, la liste de tous les dispositifs ayant reçu un certificat de conformité de LNE/G-MED, sésame leur permettant d’être commercialisés, ainsi que la liste des dispositifs rejetés.
    Une fin de non-recevoir

    Le refus opposé à l’époque par cet organisme était d’autant plus étonnant qu’il ne s’agissait pas d’une société privée, mais d’un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) rattaché au ministère chargé de l’industrie – et le seul organisme certificateur de France. Le Monde avait alors saisi, le 30 mai, la CADA, une instance indépendante qui peut être saisie par tout citoyen confronté au refus d’une administration de lui communiquer ses documents.

    Six mois après, la CADA a donc opposé une fin de non-recevoir. Non pas parce que cette requête serait hors des clous de la loi de 1978 – la CADA reconnaît, après une longue démonstration, que ces listes revêtent « le caractère de documents administratifs », car LNE/G-MED assume une mission de service public. Mais parce que leur communication « serait susceptible de porter atteinte au secret des affaires ».
    Un recours devant le tribunal administratif

    Le Monde, qui conteste cette interprétation, a mandaté Me Patrice Spinosi pour déposer dans les prochains jours un recours contre cette décision devant le tribunal administratif de Paris. Compte tenu de l’urgence pour le public de pouvoir disposer de ces informations, ce recours sera assorti d’une demande de référé qui pourrait, le cas échéant, permettre au juge de se prononcer dans un délai restreint, d’environ trois semaines.

    L’invocation du secret des affaires est d’autant plus étonnante qu’il vise normalement à protéger une entreprise contre la divulgation de données confidentielles à ses concurrents, alors que LNE/G-MED se contente de certifier des dispositifs médicaux.

    Certains de ses cinquante-sept homologues européens proposent d’ailleurs une base de données publique de leurs certificats sur leur site Internet, comme TU Sud en Allemagne, BSI au Royaume-Uni ou encore Devra aux Pays-Bas.
    La liberté d’informer protégée par la loi

    En tout état de cause, Le Monde rappelle que la loi exclut le recours au secret des affaires lorsqu’il s’agit d’« exercer le droit à la liberté d’expression et de communication, y compris le respect de la liberté de la presse, et à la liberté d’information telle que proclamée dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ».

    Cette clause de protection des journalistes avait précisément été intégrée à la directive européenne, puis à la loi française, pour rassurer les détracteurs du projet, inquiets de ses conséquences sur le droit à l’information.

    Or, « il s’agit du cas typique d’une demande où le secret des affaires ne saurait être opposé à un journal qui cherche à se faire communiquer des informations dans le cadre d’une enquête internationale qui touche l’ensemble des citoyens, relève Me Spinosi. Nous sommes face à une autorité publique qui refuse de communiquer certaines données sans fournir de justification, alors qu’elles présentent un intérêt évident pour la santé publique. »

    Par le passé, l’administration disposait déjà d’autres armes pour empêcher la communication de documents liés à la santé publique. Mais le vote de la loi de juillet 2018 pourrait avoir de nouveau fragilisé le droit à l’information.

    En septembre, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait ainsi fait état du secret des affaires pour refuser la communication de documents liés au Levothyrox à Me Emmanuel Ludot, l’avocat d’une association de malades de la thyroïde. « Avant cette loi, ils n’auraient pas pu le faire », a-t-il estimé.
    Lire aussi Levothyrox : quand l’Agence du médicament se cache derrière le secret des affaires

    Le recours engagé par Le Monde sera le premier dossier emblématique à placer sur le terrain judiciaire cette législation controversée. « C’est à l’aune de ce type de litige que l’on verra si la loi sur le secret des affaires est effectivement équilibrée, comme le prétendent ceux qui l’ont édictée, et si elle ne va pas servir de paravent pour cacher au public des informations qu’il lui appartient de connaître, car elles touchent à sa sécurité », souligne Me Spinosi.
    « Implant Files » : Le « secret des affaires » et l’opacité

    Billet. Le « secret des affaires » contre le droit à l’information. L’intérêt particulier des industriels contre une transparence minimale sur les questions de santé publique. Dans ce débat, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) a tranché, répondant par une fin de non-recevoir à la demande, formulée par Le Monde, de consulter des documents dans le cadre de l’investigation sur les dispositifs médicaux portée par 59 médias internationaux.

    Pour justifier sa décision, qui vise à nous empêcher d’approfondir notre enquête sur la réalité des contrôles effectués sur les industriels du secteur, un des volets-clés des « Implant Files », la CADA se réfère à la loi sur le secret des affaires, adoptée en juillet 2018, malgré les protestations de nombreux journalistes et d’organisations de défense des libertés publiques.

    Cette application de la loi n’est pas anecdotique. Elle nous empêche, à court terme, d’obtenir des documents précieux dans notre enquête – nous utiliserons tous les recours juridiques pour infirmer cette décision. Elle contribue ainsi à renforcer le doute sur la réalité des contrôles effectués par les pouvoirs publics en matière de santé. Elle marque surtout un signal, malheureusement prévisible mais extrêmement négatif, sur les effets de cette disposition : la loi sur le secret des affaires contribue à renforcer l’opacité dans une société démocratique.

    Luc Bronner, directeur de la rédaction du « Monde »

  • Le thème de cette prochaine conférence est tristement en pleine actualité :
    Le parquet de Paris ouvre une enquête à la suite de la mort inexpliquée d’une femme aux urgences
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/12/19/le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-a-la-suite-de-la-mort-inexpliquee-d-une-femme-aux-urgences_5399828_1653578.html

    Sur France 5 dans l’émission C à vous le Dr Gérald KIERZEK, urgentiste, déplore le "Lean management" à l’hôpital : gérer des patients comme on gère des remontées mécaniques ? C’est ce qu’un consultant a conseillé au personnel hospitalier lors d’un séminaire.
    https://twitter.com/cavousf5/status/1075459335524884480://twtter.com/cavousf5/status/1075459335524884480https://twiter.com/cavousf5/status/107545933552488448

  • Le Conseil de surveillance de l’AP-HP contre la pression budgétaire : l’hôpital français est-il en danger ?

    Sur 28 minutes de la 5
    jeu., déc. 20, 2018 :

    Un déficit record, une dette abyssale, un personnel surmené : l’hôpital public français semble asphyxié. Le 6 décembre dernier, 105 médecins de l’AP-HP ont publié une tribune dans le Journal du Dimanche dans laquelle ils interpellent le gouvernement sur sa politique en matière de santé. Quinze jours plus tard, c’est la neurologue Sophie Crozier qui tirait la sonnette d’alarme dans Libération, en écrivant : « Je vois mes équipes effondrées, je vois des gens qui pleurent tous les jours. Ils arrivent la boule au ventre. » Ces revendications font écho au décès terrible d’une patiente des urgences de l’hôpital parisien Lariboisière, retrouvée morte sur un siège après douze heures sans avoir vu de médecins. Quels sont les maux de l’hôpital français ? Comment le sauver ? Nous en débattons avec Sophie Crozier, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, Frédéric Valletoux, président de la Fédération Hospitalière de France, et Mireille Weinberg, journaliste à L’Opinion et spécialiste de la protection sociale.

    REPLAY👉 https://t.co/tEENWgoFQx

    L’hôpital français est-il en danger ? Le point sur la situation par @sandrinlecalvez. #28min

    https://t.co/Q2VMknCF8i

  • Sophie Crozier : « Je ne peux me résigner à voir l’hôpital couler »
    Par Eric Favereau — 18 décembre 2018 à 19:46
    Témoignage
    https://www.liberation.fr/france/2018/12/18/sophie-crozier-je-ne-peux-me-resigner-a-voir-l-hopital-couler_1698628

    La neurologue et membre du Comité consultatif national d’éthique Sophie Crozier prend pour la première fois la parole sur le « naufrage » des hôpitaux de Paris. Elle dénonce le décalage entre le discours officiel et la situation déplorable sur le terrain, où le manque de lits et de personnels empêche des soignants à bout de faire correctement leur travail.

    Sophie Crozier : « Je ne peux me résigner à voir l’hôpital couler »

    Sophie Crozier, neurologue, est responsable de l’unité des urgences cérébro-vasculaires à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Ce n’est pas un médecin ordinaire. Membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), de la commission médicale d’établissement (CME) centrale des hôpitaux de Paris, elle n’est pas non plus une va-t-en-guerre. Mais là, pour la première fois, elle le dit, elle est au-delà de la colère sur la situation au sein de son service, son établissement, et l’hôpital public en général.

    A lire aussi Les CHU entre discours sinistre et ministre
    La fermeture continuelle de lits

    « Je ne sais pas si c’est trop tard, mais nous sommes arrivés à un point insupportable. Dans mon unité de prise en charge des AVC - qui sont censés être une priorité de santé publique -, notre quotidien est le suivant : ce sont tous les jours des heures passées à trouver des lits dans notre hôpital, des heures pour trouver des infirmiers et des aides-soignants. Tous les jours, nous cherchons. Alors que les lits de l’unité neurovasculaire sont encore insuffisants pour admettre tous les patients victimes d’AVC (seuls 50 % y ont accès), nous sommes obligés d’en fermer régulièrement depuis le mois de mai du fait d’un manque chronique et répété de personnel soignant.

    « Je vois mes équipes effondrées, je vois des gens qui pleurent tous les jours. Ils arrivent la boule au ventre, ils ne savent pas s’ils vont être remplacés. Ils enchaînent des heures supplémentaires, travaillent douze heures de suite. Ils n’ont pas de week-ends, ils ignorent quand ils en auront. Noël ? Ils ne savent pas s’ils pourront le fêter. On marche sur la tête, et à la fin, on risque de ne pas être bien traitants. Comment être bien traitant lorsque l’on se sent maltraité par l’institution ? Nos cadres infirmiers vivent un cauchemar quotidien pour trouver du personnel, appliquent des règles absurdes auxquelles ils n’adhèrent pas, et finissent par accepter des situations dégradées. Ils n’ont plus du tout le temps d’assurer leur travail d’encadrement ni d’aider et soutenir leurs équipes en grandes difficultés…
    Les primes à la non-embauche

    « Aujourd’hui, nous abîmons nos hôpitaux, nous abîmons les gens, et je ne peux me résigner à voir l’hôpital couler ainsi… Et là, je parle de la Pitié-Salpêtrière, qui est un des fleurons des hôpitaux de France. Savez-vous que pour tout le groupe hospitalier, il y a des jours où il y a seulement une infirmière intérimaire ? On nous dit que si on a besoin de personnel, il y a un pool de réserve, or celui-ci n’existe plus. Les intérims ? Les cadres ont des primes s’ils n’en embauchent pas. Voilà la réalité de notre gestion dite humaine. Une infirmière s’en va, on attend trois mois pour la remplacer. J’ai dans mon unité un aide-soignant qui est mort d’un infarctus, il n’a pas été remplacé. Chaque jour, nous sommes contraints de valider des situations inacceptables : ne pas pouvoir prendre des malades qui arrivent par les pompiers, par le Samu, des patients qui présentent un risque vital…

    « Dans notre hôpital, on jongle. S’il manque une infirmière aux urgences, on va en prendre une en pédopsychiatrie qui va devoir être confrontée à des situations cliniques auxquelles elle n’est pas préparée, c’est insupportable.
    La politique managériale déconnectée

    « On nous a dit qu’avec la réforme des 35 heures, on n’allait pas perdre de postes. C’est faux. Dans le pôle de neurologie nous en avons perdu vingt. La situation est devenue catastrophique. Et cela est ressenti dans tous les hôpitaux de Paris.

    « Aujourd’hui, tout le monde souffre. Et la politique managériale est totalement déconnectée. Cela fait plusieurs mois, voire des années, que l’on alerte sur la situation extrêmement tendue, sur le nombre de lits disponibles et sur le personnel. Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, dit nous entendre, mais rien ne se passe. Quant aux professeurs de médecine, ils se taisent, bien souvent on leur promet des postes dans les départements universitaires. Quand, lors de la réunion de la commission médicale d’établissement, nous faisons ce constat au directeur général, il nous répond que tout cela est un problème de management. Un jour, un service faisait état d’un manque criant de moyens, on lui a dit de faire du… fundraising [« levée de fonds », ndlr]. Mais où est-on ? Se rend-on compte de ce qu’on nous dit ?
    L’aide aux plus vulnérables

    « Le personnel demande juste à être reconnu, remercié. Comment alerter au plus haut niveau et éviter le naufrage de l’AP-HP si c’est encore possible ? Que peut-on encore faire pour changer cette catastrophe programmée ? Il devient chaque jour plus difficile d’être fidèle à nos valeurs et principes. Nous n’arrivons plus à apporter une réponse aux plus vulnérables, aux plus fragiles. Les valeurs d’une société ne se mesurent-elles pas au regard de ses capacités à s’occuper des plus vulnérables ? Dans quel monde voulons nous vivre ? »
    Eric Favereau

  • Les CHU entre discours sinistre et ministre
    Par Eric Favereau — 18 décembre 2018 à 19:46
    Analyse

    https://www.liberation.fr/france/2018/12/18/les-chu-entre-discours-sinistre-et-ministre_1698630

    D’un côté le personnel soignant à cran, de l’autre Agnès Buzyn et la direction de l’AP-HP qui disent n’avoir aucune inquiétude… Le fossé se creuse de plus en plus.

    Les CHU entre discours sinistre et ministre

    Les centres hospitaliers universitaires (CHU), fleurons de la médecine hospitalière française ? Pas si sûr, à lire le rapport de la Cour des comptes sur le rôle de ces centres dans l’offre de soins, rendu public le 12 décembre. « Alors que les CHU sont présentés par beaucoup comme un lieu d’excellence médicale, ils ne figurent pas parmi les meilleurs établissements au regard de la certification de la qualité des actes mise en œuvre par la Haute Autorité de santé », écrivent les magistrats. A cela s’ajoute selon eux « une situation financière, caractérisée par un déséquilibre installé depuis plusieurs années », avec une nette aggravation en 2017.

    La semaine dernière, pourtant, lors de la conférence des directeurs généraux de CHU, qui s’est tenue à Poitiers (Vienne), la ministre de la Santé s’est montrée optimiste. « Je n’ai pas d’inquiétude pour l’avenir des CHU, a-t-elle assuré. Le modèle français est totalement d’actualité, il a une très forte valeur ajoutée et la seule question qui doit se poser est : comment augmenter encore cette valeur ajoutée ? »

    Le décalage est saisissant dans les discours, entre ceux d’en haut et ceux d’en bas. Et ce fossé est encore plus marqué quand on s’attarde sur la situation actuelle de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Comme deux mondes qui n’ont plus les mots pour se parler. En interne, à l’image des propos du Dr Sophie Crozier, neurologue (lire page 12), le navire est en train de couler. Et nombreux sont ceux qui partagent ce diagnostic. Comme le confirme le professeur Noël Garabédian, chirurgien pédiatrique, et surtout président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP : « On n’en peut plus. On manque d’anesthésistes, d’infirmiers et infirmières spécialisés ou en blocs opératoires. J’ai quarante ans d’Assistance publique derrière moi et on est à bout. »

    « Concurrence »

    Le professeur Yves Cohen, qui préside la collectivité médicale de l’hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), pousse le même cri d’alarme. Début décembre, il a déjà alerté sur le manque d’infirmiers en anesthésie ou en blocs opératoires, obligeant à retarder, voire à réduire, le nombre d’interventions. On dirait que tout s’effiloche. « Ce qui est terrible, c’est qu’en plus, il y a une concurrence interne entre les hôpitaux parisiens, il n’y a même plus de solidarité. » Et de citer ces cinq hôpitaux parisiens qui, pour retenir des infirmières, leur paient les heures supplémentaires, ce qui n’est pas réglementaire. La situation est aujourd’hui si tendue qu’en 2017, l’AP-HP a dépensé près de 7 millions d’euros en missions d’intérim pour des postes d’infirmiers anesthésistes et en blocs opératoires.

    « On touche à la moelle de nos exercices. Ce sont 800 à 1 000 postes paramédicaux en moins dans les hôpitaux de Paris », ajoute Yves Cohen. Cette analyse est partagée par les syndicats, en particulier SUD santé. « Depuis dix ans, cela se dégrade continuellement, analyse Olivier Youinou, secrétaire général du syndicat. Aujourd’hui, tout est à cran. » D’abord il dresse un constat général : « Le niveau des rémunérations est un scandale. Nous avons des aides-soignantes qui vivent dans leur voiture, certaines habitent à des centaines de kilomètres, il n’y a pas de prise de conscience de la tutelle. Pour les salaires, nous sommes au 26e rang sur 29 dans le classement de l’OCDE… Une infirmière, avec les gardes et les week-ends, gagne moins de 1 600 euros par mois. » Et maintenant la pénurie touche des infirmières hautement spécialisées, indispensables pour les blocs chirurgicaux. « Les infirmières anesthésistes ? C’est cinq ans d’études. Il nous en manque des dizaines… Rien n’a été anticipé. »

    Dans ce contexte de tensions, la nouveauté est que le secteur privé devient attractif, y compris chez les infirmières. « Dans ces établissements, les infirmières spécialisées peuvent gagner le double, avec des perspectives de carrière. Chez nous, rien n’est clair, cela dépend des hôpitaux. Il n’y a aucune visibilité, martèle Olivier Youinou. Nous sommes en train de perdre la concurrence avec les établissements privés à but non lucratif. Pour les infirmières qui débutent, le privé à but non lucratif paie 300 euros de plus au premier échelon. A l’hôpital Bichat ou à Pompidou, entre autres, elles doivent travailler en sous-effectif majeur. »

    Langage

    Les exemples de lieux sous haute tension s’accumulent. Au Kremlin-Bicêtre, c’est l’hémorragie : sur les soixante médecins anesthésistes, treize vont partir à la fin du mois. Nul ne sait comment les remplacer. Un peu partout, des interventions chirurgicales sont repoussées. Et l’épidémie de grippe n’est pas encore arrivée… A la direction de l’AP-HP comme au ministère, on insiste sur « le virage ambulatoire », c’est-à-dire des hospitalisations avec intervention chirurgicale de moins de vingt-quatre heures. On concède que le moment est difficile à passer. « La direction de l’AP-HP nous dit qu’elle ne peut rien faire. On lui dit que cela ne peut plus durer, qu’il faut arrêter de subir et qu’elle doit nous défendre. Ce n’est pas le cas… Ils répètent toujours que cela ne relève pas de leur responsabilité. »

    Il peut y avoir des cas dramatiques. Le professeur David Cohen dirige le plus important service de pédopsychiatrie de France, avec cent lits, et il a la seule unité fermée à Paris, pour les ados les plus gravement atteints. « Pour faire simple, la pédopsychiatrie est en détresse absolue, explique-t-il. Vivre à flux tendu, on l’a toujours fait. Mais là il y a des rééquilibrages qui deviennent insupportables. On ferme des lits dans des unités de soins intensifs pour autisme ; l’hôpital Robert-Debré a dû fermer onze lits en pédopsy la semaine dernière, faute de personnel. Tous les centres de consultations à Paris sont exsangues. Dans le service de pédopsy de Necker, le chef de service n’a toujours pas été remplacé. Et pendant ce temps, on nous dit que la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent est une priorité nationale. » Il lâche, sans vouloir en dire plus : « Des drames, on en a. »

    Le ministère comme la direction générale de l’AP-HP nient cet état de fait. Insistant sur les changements, avec un vocabulaire qui paraît loin des préoccupations décrites. La Cour des comptes note fermement que « les conditions de l’exercice de la triple mission - les soins, la recherche et l’enseignement - des CHU doivent être réinventées ». Et propose une organisation en réseau. Pourquoi pas ? Encore faudrait-il que les uns et les autres parlent un même langage… « Si l’objectif est de casser le service public, cela peut durer, lâche le syndicaliste de SUD. Mais si on pense que le service public doit avoir un rôle important, alors… »

    Eric Favereau

  • Dans la video "l’hôpital en état d’urgence" sur le site web de la "liberté de l’esprit" nous assistons à un débat entre plusieurs professionnels de santé . Un infirmier exerçant dans les services d’urgence nous apprend qu’il ne peut pas remplir consciencieusement son travail au service des patients . La Direction leur demande de faire toujours davantage avec moins de moyens . Il manque des lits d’hospitalisation .Beaucoup d’hospitalisés passent la nuit sur des brancards . Les techniques managériales causent une telle oppression sur les personnels que cet infirmier après s’être investi à fond dans son métier a démissionné .

    Un médecin président du SAMU Urgences pour la France confirme les nombreuses difficultés à hospitaliser les gens . Il tient lui-même un inventaire des gens qui passent les nuits sur des brancards . Sur les 650 services d’urgence qui existent en France 140 services ont accepté de communiquer chaque jour le nombre d’hospitalisés qui passent une nuit entière sur des brancards . Depuis le 1er janvier 2018 l’évaluation est portée à 29000 patients privés de lits d’hospitalisation . Donc en 2018 en France nos professionnels de santé font face à cette situation scandaleuse connue du Ministère de la Santé qui excelle dans l’indifférence .

    De plus en plus des patients âgés ou très âgés atteints de polypathologies passent par le service des urgences . Dans cette tranche d’âge une infection quelconque peut déclencher d’autres réactions négatives comme une montée brusque du diabète,des arythmies cardiaques,des problèmes respiratoires . Aujourd’hui nos hôpitaux publics français manquent de personnels et de moyens matériels pour affronter ces nouveaux cas . Il y a une telle saturation des urgences chaque jour que l’on a tendance à s’y habituer . Nous devons refuser de nous mettre dans cette accoutumance . On hospitalise des gens qui restent trop longtemps ou qui n’ont pas à y être. Il est donc nécessaire de rationaliser le séjour hospitalier .

    Pour le docteur Halimi le harcèlement se pratique dans de nombreux hôpitaux et dans la plupart de leurs services . La cause principale est la dictature du chiffre imposée par le Ministère de la Santé aux directeurs d’Etablissements qui le répercutent sur les chirurgiens,les médecins,les infirmiers,les aides-soignantes . Les techniques managériales réduisent les acteurs hospitaliers à des pions qu’il faut organiser pour en tirer le maximum de productivité . Le nouveau management public ou N.M.P se réfère au principe fondamental de l’efficience dont le contenu est essentiellement économique et financier .
    Autrement-dit chaque année suivante il faut faire toujours mieux et davantage avec moins de moyens . Or ce mode de gestion appelé aujourd’hui "le libéralisme autoritaire" met à l’écart volontairement la déontologie médicale prônée par le "Serment d’Hippocrate" . Sa norme fondamentale est exprimée dans cette phrase : "Mon premier souci sera de rétablir,de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments physiques et mentaux,individuels et sociaux . "

    Or pour faire des économies de gestion on a recours à la mutualisation des services . L’encadrement devient de plus en plus rigide . Le Directeur ou ses collaborateurs directs n’hésitent pas à humilier les professionnels de santé de différents niveaux à tel point qu’il est demandé à un chirurgien d’aller plus vite dans ses opérations pour augmenter la rentabilité de l’Etablissement .

  • Une aide-soignante dans une EHPAD en Île de France témoigne des mauvaises conditions de travail qui leur sont imposées . Il s’ensuit des répercussions fâcheuses sur les personnes âgées dépendantes qui sont bousculées dans leur séjour . Le personnel se retrouve dans un mal-être social. Malgré tous leurs efforts les aides-soignantes ne peuvent pas dispenser correctement les soins nécessaires . Dans cet Etablissement trois aides-soignantes de jour sont présentes pour s’occuper de quarante résidents . Une seule est prévue pour la garde de nuit . Là aussi il est demandé aux aides-soignantes de travailler plus sans augmentation de salaire .

    A son tour interviewé un directeur d’hôpital psychiatrique affirme qu’il arrive à assurer la quantité d’effectifs nécessaires face à la quantité de travail hospitalier à fournir . En psychiatrie des contraintes financières très fortes ont été ordonnées par le Ministère de la Santé . En 2016 un accord cadre a été instauré pour appliquer un plan de prévention de risques psychosociaux de même qu’un plan de promotion de qualité de service . Si des problèmes d’organisation et de fonctionnement de certains services émergent,une nouvelle ligne managériale doit être mise en oeuvre . Il y a toujours des solutions à trouver . Comme à tous les professionnels de l’hôpital on demande aux directeurs de faire toujours mieux . La compétence du directeur est valorisée sur la base des résultats financiers . Néanmoins un management peut être correct dans sa conception sur le plan économique et social et ne pas résoudre les problèmes humains . Pourtant la médecine française est reconnue sur le plan mondial . La polypathologie fait appel à plusieurs spécialistes de disciplines médicales différentes . L’intervention harmonisée des différents acteurs n’a pas encore été mise au point .

  • Selon le professeur Halimi le corps médical hospitalier est confronté à la maltraitance managériale . On déplore le suicide d’un jeune neurologue talentueux sans cesse harcelé par sa direction dans le CHU de Grenoble classé pourtant le septième hôpital de France . Dans ce même Etablissement plusieurs professionnels de santé sont tombés en dépression . L’enquête du médiateur national a prouvé la culpabilité de l’administration . Une dizaine de services sont ainsi en souffrance .

    La loi de 2009 sur les hôpitaux publics portée par Roselyne Bachelot a donné des pouvoirs exorbitants aux directeurs et aux managers avec pour seule ambition l’équilibre financier voire le profit . Celle-ci s’avère être dangereuse pour les patients . Mais la pression des champions du management basé sur la performance est devenue insupportable . Cette volonté de pousser les soignants à accomplir le plus grand nombre d’actes tarifés est contraire à la déontologie médicale qui commande de rendre prioritaire le bon traitement des patients . Le Ministère de la Santé applique donc la dialectique anglo-saxone du lean management (lean signifiant mincir,dégraisser) .

    Avant 2004 le système de financement de l’hôpital public était basé sur le nombre de lits,c’était la" dotation globale" . Depuis 2004 le financement de tous les Etablissements de soins publics et privés dépend du nombre de séjours enregistrés et des actes pratiqués par les médecins . Ainsi à chaque acte médical correspond un prix bien spécifique . C’est ce qu’on appelle la tarification à l’acte (T2A) qui est déterminé chaque année par la Sécurité Sociale .

    Mais la T2A a eu un effet pervers . Elle a incité les services à multiplier les actes onéreux pour augmenter leurs ressources financières . Il y a eu par exemple une inflation de prostatectomies ou d’ablations de la thyroïde .

  • Les réformes de 2004 et de 2009 ont entraîné progressivement l’apparition et le développement de la maltraitance institutionnelle . Dans un objectif de rentabilité financière,on oublie le patient . Aujourd’hui les urgentistes ne peuvent pas faire correctement leur travail .

    Des médecins urgentistes rentrent chez eux en pleurant à cause du manque de moyens en matériels et en effectifs . Un lien indéfectible se noue entre le patient et le soignant qui déplore de rester impuissant devant les souffrances . Cette situation lamentable augmente la morbidité pathologique qui retarde le retour vers la guérison .

    Depuis le 22 novembre 2018 sept médecins urgentistes de l’hôpital d’Ajaccio ont adressé à leur direction une lettre de démission . Le motif invoqué et dûment justifié est "le sous-effectif chronique ayant des conséquences sur notre sécurité et celle des patients" . Si aucune négociation n’aboutit au bout de trois mois c’est à dire le 22 janvier 2019 leur démission prendra effet selon leurs souhaits . De plus en plus de médecins d’hôpitaux publics démissionnent pour aller faire carrière dans des cliniques privées . Dans celles-ci les conditions de travail pour le corps médical sont bien meilleures .

    Le président Sarkozy durant son mandat présidentiel avait osé formuler l’expression " Hôpital-Entreprise" . Certainement Hôpital-Entreprise" pour les autres mais pas pour lui qui sera toujours soigné dans l’hôpital privé américain de Neuilly .

    Les hôpitaux sont limités dans leur masse salariale . L’Etat néo-libéral plus favorable aux grands patrons du CAC 40 a réduit considérablement son enveloppe financière annuelle . Durant ces dix dernières années il a été réalisé sept milliards d’euros d’économies sur l’hôpital dont trois milliards ces trois dernières années . C’est un niveau jamais atteint . Pour 2018 l’Assurance Maladie avait prévu des économies de l’ordre de 1,6 milliard d’euros . On connaîtra certainement le chiffre exact dans les jours ou les semaines qui viennent . Cette politique économique réactionnaire contre la santé de tous les français surtout ceux faisant partie des classes populaires et de la classe moyenne aboutit à un apartheid médical et social en faveur des plus riches . Ces derniers peuvent toujours choisir des cliniques de luxe.

    Dans beaucoup d’EHPAD on assiste à un glissement des tâches de l’aide-soignante vers l’infirmière . Le nouveau management public se préoccupe surtout de baisser les coûts variables salariaux . La stratégie managériale consiste à transférer certaines compétences concernant les infirmières aux aides-soignantes . Cette tactique mesquine permet de diminuer le nombres de postes d’infirmières et par voie de conséquence la masse salariale .

    En attendant,les patients subissent dans ces EHPAD une baisse du capital de compétences des soins infirmiers ou d’IDE (infirmières diplômées d’état ) . Dans une vaine générosité insignifiante la ministre a dégagé cinquante millions d’euros pour les EHPAD . Ceci correspond à 80E par an pour chaque résident . Cette mesure pusillanime ne pourra pas empêcher la dégradation des conditions de vie des patients dans les EHPAD . Depuis le passage aux 35 heures l’emploi d’infirmière de garde de nuit a été supprimé. A sa place veille une aide-soignante pour quarante résidents .

  • Selon le professeur Halimi, l’hôpital public ne peut réaliser des interfaces entre les services . Chacun de ces services est la plupart du temps saturé et ne peut échanger entre eux . L’ensemble du système hospitalier est à repenser . Son organisation obsolète entraîne des dysfonctionnements . Depuis qu’il y a des managers, des déficits se multiplient . La recherche incessante de la baisse des coûts du travail a pour conséquence une baisse de la qualité de service auprès des patients . Le système public est en danger . Bientôt les patients ne voudront plus aller à l’hôpital .

    Selon le directeur présent au débat il y a des caricatures à éviter . Contrairement à ce qui a été dit, le directeur n’est pas omnipotent . D’après les textes, le directeur prend ses décisions après une réunion délibérative au sein de l’assemblée du directoire . Celle-ci est une instance de gouvernance qui apprécie et conseille le directeur de l’Etablissement public hospitalier dans la gestion et la conduite de l’Etablissement .

    Le directeur de l’Etablissement est d’office le président du directoire .

    Le président de la Commission médicale d’établissement ou CME est d’office le vice-président .

    4 membres ou 6 dans les CHU sont nommés par le directeur .

    Le mode de désignation des membres du Directoire et les attributions réservées au directeur en font une simple chambre d’enregistrement qui conforte le pouvoir exécutif du directeur . Il s’agit donc d’une collégialité factice qui n’a pas la capacité d’influencer les décisions du directeur et à plus forte raison de s’opposer à lui sur la base d’arguments justifiés . Le débat contradictoire en est donc très limité voire impossible . La bonne marche de l’hôpital dépend donc de la personnalité du directeur .

    Le directeur présent au débat de Médiapart décline de bonnes convictions de gestion hospitalière . Selon lui l’hôpital est un projet continuel de stratégie pour construire un grand Collectif de Soins assurant un service toujours amélioré auprès des patients . Le système de financement actuel a montré ses défaillances . Il doit être remplacé . La comptabilité devrait prendre en compte tous les soins qu’effectue l’ensemble du personnel . Se baser uniquement sur les T2A ou les activités les plus rentables empêche d’appliquer la déontologie médicale . Souhaitons que les édifiantes assertions de ce directeur soient prochainement mises en pratique .

  • Réforme de l’organisation du système de santé : l’hôpital va t-il reprendre son souffle ?

    Madame la ministre de la Santé va bientôt présenter le rapport Aubert ainsi appelé du nom de son rédacteur . Notre gouvernement a fini par s’apercevoir que l’hôpital public ne remplissait plus sa noble mission de Service Public de Santé . Depuis 2002,les gouvernements successifs jusqu’à aujourd’hui ont mis les hôpitaux dans une logique de financiarisation . Cette recherche prioritaire de rentabilité avait tendance à écarter plus ou moins la déontologie médicale . Le rapport Aubert a pour but de préparer un projet de loi pour mettre fin à cette obsession de réaliser des performances financières .

    Depuis longtemps, la plupart des élus tels que les maires,les députés,les sénateurs,se plaignaient d’un manque de concertation avec l’Etat. Les hôpitaux de proximité sont de plus en plus à la peine . Les divers acteurs concernés ont beau faire tout ce qu’ils peuvent sur place,ils n’ont pas pu empêcher cette commercialisation de la Santé Publique .

    Peut on s’opposer, en particulier dans les villes moyennes, à une fermeture d’un hôpital public ? Au niveau local,des mobilisations ponctuelles,éphémères se réalisent pour finalement n’aboutir à aucun résultat . Au niveau national les manifestations sont moins importantes,n’infléchissent donc pas la politique du gouvernement . En 2014,il y avait 1457 hôpitaux . En 2019,on en compte 1363 soit 94 de moins en cinq ans .

    On met davantage de lits là où c’est le plus rentable . On développe au maximum l’ambulatoire pour diminuer les frais d’hébergement . On fait en sorte qu’un patient opéré dans la journée reparte chez lui le soir ; peu importe si son état peut inspirer de l’inquiétude . Les services d’urgence manquent de lits . Entre 2003 et 2016 soit en 13 ans,on constate 13% de lits en moins .

  • Réforme de l’organisation du système de Santé .

    Une réforme proposée par Mme Buzyn,ministre de la santé sera bientôt présentée au Parlement . Ce projet de loi concerne essentiellement la réforme des études de santé,la révision de la carte hospitalière,l’accès élargi aux données,la régularisation des médecins étrangers .

    Le fameux "numérus clausus" limitant le nombre d’étudiants admis en 2ème année de médecine,dentaire,pharmacie et maïeutique (sage femme) sera supprimé à la rentrée 2020 . Objectif : "augmenter de 20%" environ le nombre de médecins formés,selon Agnès Buzyn .

    Le projet de loi habilite le gouvernement à réviser la carte hospitalière par ordonnances . Il s’agira surtout de labelliser entre 500 et 600 "hôpitaux de proximité" recentrés sur la médecine générale,la gériatrie et la réadaptation,mais sans chirurgie ni maternité .

    Là encore Mr Macron réduit le Parlement à des Chambres d’enregistrement . Il emploie la même méthode qu’il a déjà appliqué pour faire passer les nouvelles lois néo-libérales du Code du Travail . Dans le Grand Débat National ,Mr Macron veut soi-disant redonner une représentativité aux corps intermédiaires . Pour faire passer des lois qui lui conviennent,il infériorise ces mêmes corps intermédiaires .

    Cette attitude de girouette du Président de la République dégrade la dignité de la fonction exécutive . Pourtant il avait dit pendant sa campagne électorale qu’il voulait rehausser la dignité de cette même fonction par une conduite exemplaire . On ne se moque jamais impunément de son peuple . Il déclenche au contraire une crise de confiance qui finit par devenir permanente .

  • Réforme de l’organisation du système de santé .

    Le corps médical avait pourtant insisté pour qu’on garde les petites structures de proximité d’urgence au moment de la prise de décision de les supprimer . Les gouvernants à parti de 2002 ont trop orienté le système de santé vers l’hospitalo-centrisme . Depuis que les médecins libéraux n’assurent plus des tours de garde de nuit,trop de patients vont aux urgences . Les urgentistes se voient réduits à faire de la bobologie à des patients qui ne trouvent plus de médecin de ville ou de village à partir d’une certaine heure .

    Pour cette raison,Madame la Ministre de la Santé souhaite rétablir une meilleure collaboration entre la médecine de ville et la médecine de l’hôpital.
    Elle souhaite instaurer des tours de garde dans la médecine libérale . L’accès à l’hôpital ne devrait être permis qu’aux ambulances et aux patients pouvant présenter un courrier du médecin .

    A l’heure actuelle,il y a un manque patent de personnel soignant ( aides-soignantes,infirmières,médecins,chirurgiens) . Les soignants travaillent à flux tendu . Chaque année,on leur demande de faire plus avec moins de moyens .

  • Réforme de l’organisation du système de santé .

    Il est question dans le projet Aubert de créer 500 ou 600 hôpitaux de proximité . Cependant tous les acteurs hospitaliers se méfient car les gouvernants adorent annoncer des chiffres qui au bout du compte ne sont jamais réalisés .

    Un médecin raconte son désappointement . L’administration lui avait promis qu’une maison médicale de nuit pour délester l’hôpital pourrait bénéficier du tiers payant . Une fois cette maison médicale de nuit en fonction,l’administration lui a refusé le tiers payant . Ce refus a entraîné une baisse de fréquentation à la maison médicale . Par voie de conséquence,l’hôpital situé dans le voisinage n’a pas connu une baisse de fréquentation aux urgences .

    Entre 2006 et 2016 soit en 10 ans,le nombre de passages aux urgences a augmenté de 50% . Le service d’urgence devient souvent un service d’accueil de la misère pour des personnes défavorisées . Non seulement dans la Creuse,l’Ardèche,la Corrèze mais aussi en Île de France on assiste à une baisse de 20% des médecins libéraux . Cette diminution de médecins en exercice a pour cause le numerus clausus institué à la faculté de médecine depuis 1971 c’est à dire depuis 48 ans . La Ministre de la Santé a enfin présenté en Conseil des Ministres le mercredi 1" février 2019 un projet de loi
    où il est question d’annuler ce numerus clausus à partir de la rentrée 2020 .

  • Réforme de l’organisation du système de santé

    De plus en plus la sécurité est invoquée pour justifier une fermeture . L’Etat stratège commence à réduire progressivement le personnel dans tous les services d’un hôpital ciblé au nom d’un manque de rentabilité . Les ressources de l’hôpital,mis volontairement au départ en sous-effectifs, commencent à baisser . Au bout de quelque temps,il n’est plus possible de maintenir le niveau de fiabilité humaine et matérielle . Dès ce moment-là,la décision est prise pour fermer le service de santé visé préalablement par le ministère . Ce mouvement de désertification des villes moyennes se fait d’autant plus facilement que les professionnels sont attirés par les grands établissements avec des plateaux techniques très élaborés .

    L’offre de soins de proximité est à organiser rapidement pour éviter une médecine à deux vitesses . L’accès aux soins est déjà difficile pour certaines catégories de la population . Dans les CHU présents dans la capitale nationale et les capitales régionales,il y a des problèmes, en particulier le manque d’effectifs et le non-renouvellement de matériels anciens .

    Dans le projet de loi de réforme de l’organisation du système de santé présenté par la Ministre de la Santé,il est question d’appliquer d’autres modes de financement fondés sur la qualité de service . Des indicateurs de qualité vont être institués . Quels seront les critères de référence ? Pour assurer la qualité de service aux patients,il faut donner les moyens en personnel et en matériels .

    Le forfait sera généralement établi pour traiter les maladies chroniques .
    Pour l’instant il y a un déficit de l’humain dans la psychiatrie . L’hôpital aujourd’hui sert de variable d’ajustement pour la dette publique . Cette dette publique a été mise sur les marchés financiers en 1971 par la loi Pompidou-Giscard-Rothschild,courtiers serviles des grands groupes financiers internationaux . Chaque année,il est demandé à l’hôpital de rendre des postes . Il y a quelque temps,une fermeture de 15000 lits a été décidée en psychiatrie .

  • Harcèlement à l’hôpital : « Des plaintes vont être déposées »

    Le Parisien 12 février 2019

    Antoine Reydellet dirige un syndicat d’étudiants en médecine qui va lancer une campagne sur le problème, encore tabou, du harcèlement sexuel chez les soignants.

    Pour Antoine Reydellet, président depuis octobre de l’Intersyndicale nationale des internes (Isni), « les lignes bougent ». En 2017, ce syndicat avait révélé que 61 % des étudiantes en médecine étaient victimes de sexisme, quand ce n’était pas de harcèlement avec… contacts physiques.

    Où en est le tabou du harcèlement sexuel à l’hôpital ?

    ANTOINE REYDELLET. La parole est en train de se libérer, c’est déjà un grand pas. Dès le printemps prochain, nous allons remonter au créneau : nous allons placarder dans tous les CHU une série d’affiches. Il s’agit de rappeler à tous les soignants où sont clairement les limites. L’une d’elles, par exemple, expliquera qu’une main aux fesses, ce n’est pas être lourd, c’est du harcèlement ! Et dans chaque cas type décrit, les peines encourues seront mentionnées.

    Où l’effort de sensibilisation doit-il porter en priorité ?

    Dans l’univers des blocs opératoires. Le bloc est par définition un lieu clos où s’exercent de fortes tensions de temps, d’efficacité, mais aussi de contrôle. Dans ce lieu confiné, de grande promiscuité, où le chirurgien est maître à bord, les tensions hiérarchiques peuvent s’exacerber et déraper : un interne m’a raconté qu’il s’était vu demander, un jour, en pleine intervention, de faire un strip-tease et il s’est exécuté. C’était la condition posée pour qu’il ait le droit de pratiquer certains actes. C’était sur le ton de la blague. Sauf que là, on n’était plus dans l’esprit carabin, mais dans l’abus de pouvoir.

    Les plaintes sont pourtant rarissimes, les suites judiciaires inexistantes. Qu’est-ce qui bloque encore ?

    Il y a la honte, la volonté de ne pas faire de vagues par crainte pour sa carrière. Dans certaines spécialités, tout le monde se connaît : parler peut coûter cher ! Pour casser ce cercle vicieux, les hospices civils de Lyon viennent de mettre en place un dispositif intéressant : en cas de plainte pour harcèlement, l’auteur présumé fera désormais l’objet d’une mutation provisoire ; il changera de service, le temps que la justice passe. Avant, il continuait d’exercer là où il était, comme si de rien n’était. On verra si c’est efficace, mais cela va dans le bon sens.

    Que conseillez-vous aux victimes ?

    De ne pas hésiter à témoigner ! Si elles ne le font pas pour elles-mêmes, qu’elles le fassent pour les étudiants à venir ! À l’Isni, nous leur venons régulièrement en aide : on leur fournit les services d’un avocat, on intervient pour qu’elles puissent rebondir professionnellement. Trois d’entre elles s’apprêtent d’ailleurs à porter plainte pour harcèlement sexuel contre l’ex-président de la CME (NDLR : commission médicale d’établissement) d’un hôpital public.

  • Réforme de l’organisation du système de santé

    Les partisans de la radicalité néo-libérale reprochent à la France de consacrer 11,5% du PIB à l’hôpital parce que la moyenne dans l’OCDE des 35 états est de 8,8% . Par contre,ils ne disent pas que l’Allemagne subventionne l’hôpital pour le même chiffre de 11,5% de son PIB . Il faut toujours se méfier des arguties des radicaux néo-libéraux .

    En 2002 sous la présidence Chirac,le parc immobilier hospitalier en état de vieillissement a rendu nécessaire de grands travaux de rénovation . Malheureusement les personnes de confiance nommées pour réaliser ces investissements ont utilisé des emprunts toxiques . Pourtant les premiers produits financiers toxiques sont apparus au vu et au su de tous les milieux informés à partir de 1981 dans l’enceinte de la première bourse mondiale de Wall-Street à New-York . Il est déconcertant que des agents du gouvernement issus de Bercy commettent une pareille erreur qui a coûté très cher à notre Santé Publique .

  • Réforme de l’organisation du système de la santé

    De grands médecins d’hôpitaux ont déclaré que la désobéissance civile se justifiait pour empêcher une dégradation de plus en plus grande des services publics de santé . Une union de tous les médecins de ville,hospitaliers et personnels de santé s’impose pour s’opposer aux projets abstraits des technocrates,bons apôtres inconditionnels de la radicalité néo-libérale .

    Pour Mr Marcel Gauchet,un de nos célèbres philosophes,la priorité a été exagérément donnée à la logique de l’entreprise privée . Cette reconfiguration des critères d’évaluation copiant l’entreprise privée s’est perdue dans l’unique recherche de l’efficacité économique . Or l’efficacité publique,en particulier dans la dispensation de soins aux hospitalisés, est d’une autre nature . Son rôle est de soulager des personnes qui souffrent de maladies ou de blessures et de les accompagner vers la guérison .

    Pour redonner du moral aux patients,il faut avoir le temps de leur parler tout en évitant de longs et inutiles bavardages . Il est évident que les personnels de santé déjà à la peine savent qu’il y a une juste mesure de réconfort et de convivialité à exprimer aux hospitalisés .

  • La Réforme de l’organisation du système de santé passée à la
    moulinette de la radicalité néo-libérale .

    Monsieur Olivier Dussopt,secrétaire d’Etat chargé de la réforme de la fonction publique,a présenté le jeudi 14 février 2019 les principales mesures de son avant-projet de loi,mesures abusivement inspirées du privé . Cet avant-projet de loi doit être présenté fin mars en Conseil des Ministres .

    La fonction publique hospitalière va recourir davantage à des contractuels issus du privé qui n’ont pas de statut de fonctionnaires . Le dialogue social sera davantage bridé . Les commissions administratives paritaires seront restreintes aux situations exceptionnelles et ne donneront plus leur avis préalable sur les mutations et mobilités . Les syndicats y ont tout de suite vu la tentative d’un dégagisme à leur encontre . Sept fédérations syndicales sur neuf ont quitté la table des négociations quelque temps après le début de cette réunion .

    Concernant les revenus,des parts de rémunérations variables et l’intéressement seront aussi adossées à "la qualité du service rendu" . Cette disposition laisse la porte ouverte au favoritisme .

    Cet avant-projet de loi entend avantager la mobilité au sein de l’administration hospitalière ou vers le privé . Des "détachements d’office" arbitraires pourront alors être réalisés .

  • Monsieur Olivier Dussopt introduit la radicalité néo-libérale
    dans la réforme de l’organisation du système de santé .

    Monsieur Olivier Dussopt a confirmé que la suppression progressive de 120 000 emplois de fonctionnaires sera faite d’ici à 2022 .

    D’un côté,la Ministre de la Santé nous annonce un projet de réforme pour améliorer l’organisation du système de santé,de l’autre le Secrétaire d’Etat chargé de la réforme de la fonction publique rabaisse la situation juridique des personnels de santé . L’Etat macronien a l’art inné de promener les Français .

    Monsieur Olivier Dussopt,adhérent du parti socialiste à partir de 2000,est nommé le 24 novembre 2017 secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics,au sein du gouvernement Edouard Philippe . Le jour même,le parti socialiste annonce qu’il n’est plus membre .

  • Réforme de l’organisation du système de santé

    Congrès des Internes de Médecine à l’hôpital de Tours

    Les internes de l’hôpital de médecine et de chirurgie ont tenu un Congrès à Tours le vendredi 15/02/19 et le samedi 16/02/19 . Madame la Ministre de la Santé s’est rendue à leur invitation . Le règlement intérieur des hôpitaux publics stipule que les internes peuvent être obligés de travailler jusqu’à 48 heures par semaine au maximum . La plupart d’entre eux travaillent plus de soixante heures par semaine . En chirurgie,il arrive assez fréquemment qu’on oblige l’interne à travailler 100 heures par semaine . Les temps de repos prévus ne sont pas appliqués . Les internes exercent donc leur art dans des conditions de fatigue et d’épuisement ce qui présente un danger pour les patients .

    Les internes servent de variables d’ajustement en cas de manque de personnel . Ils ont donc présenté leurs doléances à Madame la Ministre de la Santé qui a acquiescé mais n’a pas présenté de solutions . Madame Agnès Buzyn faisant partie d’un gouvernement caractérisé par une radicalité néo-libérale laisse ces situations se pourrir .

    Sa préférence pour le privé dont elle est issue lui fait espérer que les meilleurs des internes quitteront l’hôpital public pour les cliniques qui ne sont pas assujetties à une obligation de service public jour et nuit pendant toute l’année . De nombreux précédents de cette sorte se sont déjà réalisés .

  • « Grand débat » à l’hôpital : « Se parler, c’est déjà extraordinaire, ça n’arrive jamais »

    Médiapart 21 février 2019 Par Mathilde Goanec

    Alors que la santé ne figure pas en tant que telle dans les questions du « grand débat », le personnel de l’AP-HP s’est rassemblé, dans plusieurs hôpitaux parisiens, pour discuter du service public. Un débat plutôt sage, imaginé pour « remobiliser » des équipes épuisées par l’absence de moyens.

    À la manœuvre, Sophie Crozier, un peu dépassée par le succès de son entreprise. Cette médecin a pris la parole publiquement, pour la première fois fin décembre, pour dénoncer « le naufrage » des hôpitaux publics parisiens. La neurologue d’ordinaire discrète, membre du Comité consultatif national d’éthique, a parlé haut et fort, et ne compte plus se taire, quitte à utiliser le cadre très politique du « grand débat » national voulu par Emmanuel Macron. Avec plusieurs collègues de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), elle organise une série de discussions sur le devenir de l’hôpital public. Mardi 19 février, le grand amphithéâtre Charcot de la Pitié-Salpêtrière, « aimablement prêté par le doyen », est plein, après deux réunions de plus petite envergure organisées la semaine passée dans d’autres établissements de l’assistance publique parisienne.

    La direction de l’AP-HP, très frileuse (compte tenu de la situation sociale explosive en interne), a finalement choisi de « laisser faire », explique un professeur de médecine présent. Sans pour autant aller jusqu’à l’œcuménisme : aucun membre de la direction n’est présent dans la salle, et une poignée d’administratifs seulement sont assis sur les antiques strapontins. Les gradins de Charcot, ce jour-là, sont aux mains des soignants, des médecins, des paramédicaux et de quelques usagers. Et sur l’affichette placardée à divers endroits de la Pitié, le message est sans ambiguïté. « Il ne s’agit pas d’organiser un débat sur l’AP-HP, mais sur l’hôpital public. »

    Le personnel a joué le jeu, sans être dupe : « Ce qu’on est en train de se dire là, c’est dans tous les tracts que les syndicats distribuent le matin avant notre prise de poste, il n’y a rien de vraiment nouveau », relève une infirmière. « Les constats épouvantables ont été faits, et sont relayés, par la presse notamment, concède Sophie Crozier. Je ne me fais pas énormément d’illusions. Si on s’est saisis de cette opportunité, c’est pour sortir de la résignation, et remobiliser nos collègues. » D’autant plus que formellement, la question de la santé n’est pas posée au sein des quatre champs ouverts par le président de la République dans la lettre qu’il a adressée aux Français le 13 janvier, en ouverture du grand débat national, ce qui choque nombre de participants. « Je suis très inquiet, comme médecin, comme consommateur de soins, sur l’avenir de la santé publique. Et je ne veux pas rester seul dans cette inquiétude », déclare l’un d’eux.

    Aucune diatribe contre Martin Hirsch, le directeur pourtant fort critiqué de l’AP-HP, pas de cris ni de colère tapageuse, les professionnels de santé sont manifestement des gens très bien élevés. Le format choisi et le tampon « grand débat » ont sûrement joué un rôle dans cette ambiance policée et studieuse, au cours des trois heures qu’a duré la rencontre.

    Deux garantes, une ancienne médecin ainsi qu’une représentante des usagers à l’hôpital, étaient chargées de faire respecter le cahier des charges du débat public et la neutralité des organisateurs, tout en poussant à la sincérité dans les échanges : « Vous n’êtes pas soumis ici au devoir de réserve, vous êtes libres de vos propos, malgré vos blouses blanches, exprimez-vous en citoyens. » Il n’est d’ailleurs pas permis d’enregistrer quoi que ce soit ni de prendre des photos. Les garantes prennent leur rôle au sérieux. Une proposition sur la fin des mutuelles au profit de la Sécurité sociale, envoyée par SMS par un membre éminent de l’hôpital, est retoquée… Pour proposer, il faut être présent.

    Trois professionnels exerçant hors du périmètre de l’AP-HP se sont chargés d’organiser « cette conversation collective », en divisant l’amphithéâtre en sous-groupes et en suggérant des rôles, « l’abeille », « le bourdon », « le papillon », s’attirant quelques remarques moqueuses. Au bout de 40 minutes, à l’aide d’un paperboard et de quelques scribes bénévoles, il s’agit d’aboutir à des « préconisations », qui seront versées au grand débat. Un système de « production d’intelligence collective » plutôt efficace, même s’il présente le risque d’affadir l’ensemble : « Ce dont chacun a besoin, c’est d’être écouté. Cela permettra déjà de passer une bonne après-midi », déclare la porteuse de micro, rabattant quelque peu l’ambition du moment.

    Les prises de parole et les questions s’enchaînent donc sans temps mort, en plénière dans un premier temps. Comment concilier la rentabilité que l’on demande à l’hôpital et la qualité des soins pour tous ? Est-il possible de réfléchir à une meilleure articulation entre la médecine de ville et l’hôpital ? Comment faire pour être entendus par la direction de l’hôpital, et redonner du pouvoir aux médecins et aux soignants ? Faut-il revaloriser les salaires pour pouvoir vivre décemment, à Paris notamment ? Est-il possible de soigner avec les effectifs présents aujourd’hui dans l’hôpital ?

    Les usagers ne sont pas en reste : « Je viens voir comment les choses vont tourner parce que nous, gens de province, nous sommes inquiets. Les déserts médicaux existent, nous vivons avec », dit l’un d’eux, résidant à deux cents kilomètres de la capitale. Un paramédical, manipulateur radio récemment formé à l’échographie, en profite pour mettre les pieds dans le plat : « J’ai un diplôme en plus, je forme des internes, je suis toujours payé pareil. On fait quoi ? »

    La crudité du quotidien à l’hôpital public ainsi que la souffrance au travail reviennent surtout par la bande, dans les conversations menées par petits groupes, difficiles à suivre en raison du brouhaha. « Moi, j’utilise la médecine à 5 % de mon temps, explique cette praticienne hospitalière. Le reste du temps, je fais de la coordination autour du patient. » « Nous sommes submergés par les malades, on n’a même pas le temps de s’occuper de leur suivi en ville », lui répond une médecin d’un autre service.

    « Moi, je m’en fous de faire des trucs qui ne sont pas dans mes missions mais à un moment, il faut de la reconnaissance », insiste une secrétaire hospitalière, qui explique à ses collègues qu’elle travaille presque quotidiennement neuf heures par jour, en étant rétribuée pour 7 h 30, faute de personnel. L’infirmière qui lui fait face est effarée : « Je suis hallucinée par ce que j’entends, on n’a pas ce genre d’intensité dans nos services. » Une autre renchérit : « Le pire, c’est le glissement des tâches. Je suis aide-soignante, mais comme il manque toujours quelqu’un, je me retrouve à brancarder par exemple, laissant ma collègue infirmière seule. En cas d’urgence vitale, elle fait comment ? » Dans ce groupe sur l’accès aux soins, les histoires racontées par l’assistante sociale hospitalière font froid dans le dos : « Un patient atteint d’un cancer peut voir sa prise en charge décalée de plusieurs mois parce qu’il est à la CMU. » CMU, la couverture maladie universelle des plus précaires…

    En fin de journée, quarante propositions sont projetées sur l’écran de la salle. Les organisateurs invitent alors à voter pour les trois principales. Sortent en tête la demande « de cogouvernance avec les acteurs de soins, en laissant place à la créativité du terrain », la fin de la « suppression des postes » fondée sur des critères exclusivement « quantitatifs », puis « la reconnaissance ministérielle des pratiques avec une nouvelle grille salariale ». Une chercheuse, présente dans la salle, ne cache pas son trouble : « Le vocabulaire employé est vraiment proche de la novlangue managériale dont usent les directions. Comme si, pour se faire entendre, les soignants se sentaient obligés d’utiliser les mots de l’ennemi, si je puis dire… » Un médecin, en début de séance, ne s’y est pas trompé. Invité à reformuler sa revendication en question, il ironise : « Vous la voulez comment ma phrase, format langue de bois ? »

    La journée reste néanmoins largement plébiscitée, peignant en creux l’absence de plus en plus criante de lieux collectifs de discussion au travail, surtout dans l’univers très hiérarchisé de l’hôpital : « Se parler, c’est déjà extraordinaire, parce que ça n’arrive jamais, à part entre collègues d’une même équipe ou à la machine à café », soulignent un grand nombre de débatteurs. « Cela manque terriblement, nous sommes cloisonnés dans nos services, et même selon nos fonctions », font remarquer la plupart des personnes interrogées à la sortie.

    « Une réunion, comme ça, gratuite d’une certaine manière, ça n’existe pas, confie une pédopsychiatre. Je ne suis pas sûre de l’originalité de tout ce processus, mais au moins on échange sur ce qui nous révolte. » Une autre médecin fait le même constat, à demi désabusée : « Actuellement, on prend tout ce qui passe, c’est tellement violent ce que nous faisons vivre aux soignants et aux patients. Les gens ne se rendent pas compte de ce qu’est devenu l’hôpital public. » Beaucoup évoquent spontanément, alors qu’ils rendent leur petit carton de participation à la sortie de la salle, la surdité de leur direction, et le décalage croissant entre l’administratif et le soin.

    « Oui, les diagnostics sont connus, et on le sait tous que c’est d’abord une question de moyens, confiait avant les débats un professeur de médecine de la Pitié-Salpêtrière. Mais si l’amphithéâtre est plein à craquer aujourd’hui, peut-être qu’on va enfin se rendre compte que nous sommes puissants, et en mesure de nous opposer à ce qui est déjà à l’œuvre, la désintégration de l’hôpital public. » En mars, l’Assemblée nationale examinera la loi santé, présentée par Agnès Buzyn, qui ambitionne de réorganiser le système de soins sans pour autant lâcher du lest pour les finances de l’hôpital. L’occasion de mesurer le passage de la théorie à la pratique pour le personnel de l’AP-HP.



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