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Philippe Halimi

amphi hotel Mercure, av de la gare Quimper

Notre système de santé est-il malade ?

Cette conférence prévue initialement le 25 janvier est reportée à une date non encore définie.

8€ - 6€ pour les adhérents - gratuit pour les étudiants et chômeurs

Philippe Halimi est chef du service de radiologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris et président fondateur de l’association nationale Jean-Louis Mégnien. Il publie avec Christian Marescaux "Hôpital en détresse, patients en danger", et nous alerte sur les dérives du management appliqué à l’hôpital public français.


Plus de deux ans après le suicide du professeur Jean-Louis Mégnien à l’hôpital Georges-Pompidou, c’est un vibrant SOS que lancent les professeurs Philippe Halimi et Christian Marescaux, ardents défenseurs du service public hospitalier : « Nous ne sommes pas des incendiaires mais nous voulons alerter et dénoncer un mal insidieux qui divise les équipes et laisse à terre des gens qui perdent le goût de travailler, parfois même le goût de vivre… »
À travers de nombreux témoignages, souvent bouleversants, ce livre démontre les effets dévastateurs, pour les personnels comme pour les patients, d’un système qui contraint aujourd’hui les équipes hospitalières à soigner vite par souci de rentabilité et d’économies. Une logique financière qui pousse de nombreuses directions d’établissement à diminuer les effectifs et les moyens, puis à écarter violemment ceux qui s’opposent à ces stratégies mortifères ou décident d’en dénoncer les dérapages.
Abus de pouvoir, menaces de représailles, mises au placard, harcèlement moral, impunité pour les maltraitants, tous les moyens sont bons pour que l’ordre règne…
« L’heure est venue d’une véritable prise de conscience pour que cesse la destruction de l’hôpital public. »





Messages

  • Cash Investigation
    Implants : tous cobayes ?
    Elise Lucet propose de pénétrer dans les coulisses de l’industrie de la santé, qui échappe bien souvent au contrôle des autorités sanitaires. « Cash investigation » dévoile les secrets bien cachés d’un secteur qui génère des milliards d’euros de bénéfices au détriment parfois de la santé des Français. L’enquête a été menée dans la plus grande discrétion, jusqu’aux derniers jours précédant la diffusion. Elle montre comment certains produits implantés dans le corps des patients peuvent se révéler très dangereux. Après le documentaire, Elise Lucet reçoit sur le plateau de « Cash investigation » acteurs, experts et responsables politiques.

    https://www.france.tv/france-2/cash-investigation/802695-implants-tous-cobayes.html

  • Implants : « Le Monde » attaque en justice le manque de transparence des autorités

    Le journal va déposer un recours pour obtenir la communication de documents d’intérêt public liés aux dispositifs médicaux, protégés par le secret des affaires.

    Par Maxime Vaudano Publié 28 nov 2018

    L’adoption par la France d’une législation protégeant le secret des affaires, à l’été 2018, avait fait planer une menace sur la liberté d’informer. Quatre mois après la transposition de la très décriée directive européenne, Le Monde en a subi pour la première fois les conséquences, en se voyant refuser l’accès à des documents d’intérêt public réclamés au cours de l’enquête « Implant Files », menée en collaboration avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

    Dans un avis reçu par le quotidien, lundi 26 novembre – après la publication des premiers éléments de l’enquête internationale –, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) a invoqué pour la première fois les nouvelles dispositions sur le secret des affaires pour débouter Le Monde de sa demande d’accès à des documents d’intérêt public de LNE/G-MED, l’une des cinquante-huit sociétés commerciales européennes habilitées à contrôler les dispositifs médicaux (défibrillateurs, pompes à insuline, prothèses de hanche…).

    Notre journaliste Stéphane Horel avait réclamé, dès le 14 mai, la liste de tous les dispositifs ayant reçu un certificat de conformité de LNE/G-MED, sésame leur permettant d’être commercialisés, ainsi que la liste des dispositifs rejetés.
    Une fin de non-recevoir

    Le refus opposé à l’époque par cet organisme était d’autant plus étonnant qu’il ne s’agissait pas d’une société privée, mais d’un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) rattaché au ministère chargé de l’industrie – et le seul organisme certificateur de France. Le Monde avait alors saisi, le 30 mai, la CADA, une instance indépendante qui peut être saisie par tout citoyen confronté au refus d’une administration de lui communiquer ses documents.

    Six mois après, la CADA a donc opposé une fin de non-recevoir. Non pas parce que cette requête serait hors des clous de la loi de 1978 – la CADA reconnaît, après une longue démonstration, que ces listes revêtent « le caractère de documents administratifs », car LNE/G-MED assume une mission de service public. Mais parce que leur communication « serait susceptible de porter atteinte au secret des affaires ».
    Un recours devant le tribunal administratif

    Le Monde, qui conteste cette interprétation, a mandaté Me Patrice Spinosi pour déposer dans les prochains jours un recours contre cette décision devant le tribunal administratif de Paris. Compte tenu de l’urgence pour le public de pouvoir disposer de ces informations, ce recours sera assorti d’une demande de référé qui pourrait, le cas échéant, permettre au juge de se prononcer dans un délai restreint, d’environ trois semaines.

    L’invocation du secret des affaires est d’autant plus étonnante qu’il vise normalement à protéger une entreprise contre la divulgation de données confidentielles à ses concurrents, alors que LNE/G-MED se contente de certifier des dispositifs médicaux.

    Certains de ses cinquante-sept homologues européens proposent d’ailleurs une base de données publique de leurs certificats sur leur site Internet, comme TU Sud en Allemagne, BSI au Royaume-Uni ou encore Devra aux Pays-Bas.
    La liberté d’informer protégée par la loi

    En tout état de cause, Le Monde rappelle que la loi exclut le recours au secret des affaires lorsqu’il s’agit d’« exercer le droit à la liberté d’expression et de communication, y compris le respect de la liberté de la presse, et à la liberté d’information telle que proclamée dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ».

    Cette clause de protection des journalistes avait précisément été intégrée à la directive européenne, puis à la loi française, pour rassurer les détracteurs du projet, inquiets de ses conséquences sur le droit à l’information.

    Or, « il s’agit du cas typique d’une demande où le secret des affaires ne saurait être opposé à un journal qui cherche à se faire communiquer des informations dans le cadre d’une enquête internationale qui touche l’ensemble des citoyens, relève Me Spinosi. Nous sommes face à une autorité publique qui refuse de communiquer certaines données sans fournir de justification, alors qu’elles présentent un intérêt évident pour la santé publique. »

    Par le passé, l’administration disposait déjà d’autres armes pour empêcher la communication de documents liés à la santé publique. Mais le vote de la loi de juillet 2018 pourrait avoir de nouveau fragilisé le droit à l’information.

    En septembre, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait ainsi fait état du secret des affaires pour refuser la communication de documents liés au Levothyrox à Me Emmanuel Ludot, l’avocat d’une association de malades de la thyroïde. « Avant cette loi, ils n’auraient pas pu le faire », a-t-il estimé.
    Lire aussi Levothyrox : quand l’Agence du médicament se cache derrière le secret des affaires

    Le recours engagé par Le Monde sera le premier dossier emblématique à placer sur le terrain judiciaire cette législation controversée. « C’est à l’aune de ce type de litige que l’on verra si la loi sur le secret des affaires est effectivement équilibrée, comme le prétendent ceux qui l’ont édictée, et si elle ne va pas servir de paravent pour cacher au public des informations qu’il lui appartient de connaître, car elles touchent à sa sécurité », souligne Me Spinosi.
    « Implant Files » : Le « secret des affaires » et l’opacité

    Billet. Le « secret des affaires » contre le droit à l’information. L’intérêt particulier des industriels contre une transparence minimale sur les questions de santé publique. Dans ce débat, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) a tranché, répondant par une fin de non-recevoir à la demande, formulée par Le Monde, de consulter des documents dans le cadre de l’investigation sur les dispositifs médicaux portée par 59 médias internationaux.

    Pour justifier sa décision, qui vise à nous empêcher d’approfondir notre enquête sur la réalité des contrôles effectués sur les industriels du secteur, un des volets-clés des « Implant Files », la CADA se réfère à la loi sur le secret des affaires, adoptée en juillet 2018, malgré les protestations de nombreux journalistes et d’organisations de défense des libertés publiques.

    Cette application de la loi n’est pas anecdotique. Elle nous empêche, à court terme, d’obtenir des documents précieux dans notre enquête – nous utiliserons tous les recours juridiques pour infirmer cette décision. Elle contribue ainsi à renforcer le doute sur la réalité des contrôles effectués par les pouvoirs publics en matière de santé. Elle marque surtout un signal, malheureusement prévisible mais extrêmement négatif, sur les effets de cette disposition : la loi sur le secret des affaires contribue à renforcer l’opacité dans une société démocratique.

    Luc Bronner, directeur de la rédaction du « Monde »

  • Le thème de cette prochaine conférence est tristement en pleine actualité :
    Le parquet de Paris ouvre une enquête à la suite de la mort inexpliquée d’une femme aux urgences
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/12/19/le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-a-la-suite-de-la-mort-inexpliquee-d-une-femme-aux-urgences_5399828_1653578.html

    Sur France 5 dans l’émission C à vous le Dr Gérald KIERZEK, urgentiste, déplore le "Lean management" à l’hôpital : gérer des patients comme on gère des remontées mécaniques ? C’est ce qu’un consultant a conseillé au personnel hospitalier lors d’un séminaire.
    https://twitter.com/cavousf5/status/1075459335524884480://twtter.com/cavousf5/status/1075459335524884480https://twiter.com/cavousf5/status/107545933552488448

  • Le Conseil de surveillance de l’AP-HP contre la pression budgétaire : l’hôpital français est-il en danger ?

    Sur 28 minutes de la 5
    jeu., déc. 20, 2018 :

    Un déficit record, une dette abyssale, un personnel surmené : l’hôpital public français semble asphyxié. Le 6 décembre dernier, 105 médecins de l’AP-HP ont publié une tribune dans le Journal du Dimanche dans laquelle ils interpellent le gouvernement sur sa politique en matière de santé. Quinze jours plus tard, c’est la neurologue Sophie Crozier qui tirait la sonnette d’alarme dans Libération, en écrivant : « Je vois mes équipes effondrées, je vois des gens qui pleurent tous les jours. Ils arrivent la boule au ventre. » Ces revendications font écho au décès terrible d’une patiente des urgences de l’hôpital parisien Lariboisière, retrouvée morte sur un siège après douze heures sans avoir vu de médecins. Quels sont les maux de l’hôpital français ? Comment le sauver ? Nous en débattons avec Sophie Crozier, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, Frédéric Valletoux, président de la Fédération Hospitalière de France, et Mireille Weinberg, journaliste à L’Opinion et spécialiste de la protection sociale.

    REPLAY👉 https://t.co/tEENWgoFQx

    L’hôpital français est-il en danger ? Le point sur la situation par @sandrinlecalvez. #28min

    https://t.co/Q2VMknCF8i

  • Sophie Crozier : « Je ne peux me résigner à voir l’hôpital couler »
    Par Eric Favereau — 18 décembre 2018 à 19:46
    Témoignage
    https://www.liberation.fr/france/2018/12/18/sophie-crozier-je-ne-peux-me-resigner-a-voir-l-hopital-couler_1698628

    La neurologue et membre du Comité consultatif national d’éthique Sophie Crozier prend pour la première fois la parole sur le « naufrage » des hôpitaux de Paris. Elle dénonce le décalage entre le discours officiel et la situation déplorable sur le terrain, où le manque de lits et de personnels empêche des soignants à bout de faire correctement leur travail.

    Sophie Crozier : « Je ne peux me résigner à voir l’hôpital couler »

    Sophie Crozier, neurologue, est responsable de l’unité des urgences cérébro-vasculaires à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Ce n’est pas un médecin ordinaire. Membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), de la commission médicale d’établissement (CME) centrale des hôpitaux de Paris, elle n’est pas non plus une va-t-en-guerre. Mais là, pour la première fois, elle le dit, elle est au-delà de la colère sur la situation au sein de son service, son établissement, et l’hôpital public en général.

    A lire aussi Les CHU entre discours sinistre et ministre
    La fermeture continuelle de lits

    « Je ne sais pas si c’est trop tard, mais nous sommes arrivés à un point insupportable. Dans mon unité de prise en charge des AVC - qui sont censés être une priorité de santé publique -, notre quotidien est le suivant : ce sont tous les jours des heures passées à trouver des lits dans notre hôpital, des heures pour trouver des infirmiers et des aides-soignants. Tous les jours, nous cherchons. Alors que les lits de l’unité neurovasculaire sont encore insuffisants pour admettre tous les patients victimes d’AVC (seuls 50 % y ont accès), nous sommes obligés d’en fermer régulièrement depuis le mois de mai du fait d’un manque chronique et répété de personnel soignant.

    « Je vois mes équipes effondrées, je vois des gens qui pleurent tous les jours. Ils arrivent la boule au ventre, ils ne savent pas s’ils vont être remplacés. Ils enchaînent des heures supplémentaires, travaillent douze heures de suite. Ils n’ont pas de week-ends, ils ignorent quand ils en auront. Noël ? Ils ne savent pas s’ils pourront le fêter. On marche sur la tête, et à la fin, on risque de ne pas être bien traitants. Comment être bien traitant lorsque l’on se sent maltraité par l’institution ? Nos cadres infirmiers vivent un cauchemar quotidien pour trouver du personnel, appliquent des règles absurdes auxquelles ils n’adhèrent pas, et finissent par accepter des situations dégradées. Ils n’ont plus du tout le temps d’assurer leur travail d’encadrement ni d’aider et soutenir leurs équipes en grandes difficultés…
    Les primes à la non-embauche

    « Aujourd’hui, nous abîmons nos hôpitaux, nous abîmons les gens, et je ne peux me résigner à voir l’hôpital couler ainsi… Et là, je parle de la Pitié-Salpêtrière, qui est un des fleurons des hôpitaux de France. Savez-vous que pour tout le groupe hospitalier, il y a des jours où il y a seulement une infirmière intérimaire ? On nous dit que si on a besoin de personnel, il y a un pool de réserve, or celui-ci n’existe plus. Les intérims ? Les cadres ont des primes s’ils n’en embauchent pas. Voilà la réalité de notre gestion dite humaine. Une infirmière s’en va, on attend trois mois pour la remplacer. J’ai dans mon unité un aide-soignant qui est mort d’un infarctus, il n’a pas été remplacé. Chaque jour, nous sommes contraints de valider des situations inacceptables : ne pas pouvoir prendre des malades qui arrivent par les pompiers, par le Samu, des patients qui présentent un risque vital…

    « Dans notre hôpital, on jongle. S’il manque une infirmière aux urgences, on va en prendre une en pédopsychiatrie qui va devoir être confrontée à des situations cliniques auxquelles elle n’est pas préparée, c’est insupportable.
    La politique managériale déconnectée

    « On nous a dit qu’avec la réforme des 35 heures, on n’allait pas perdre de postes. C’est faux. Dans le pôle de neurologie nous en avons perdu vingt. La situation est devenue catastrophique. Et cela est ressenti dans tous les hôpitaux de Paris.

    « Aujourd’hui, tout le monde souffre. Et la politique managériale est totalement déconnectée. Cela fait plusieurs mois, voire des années, que l’on alerte sur la situation extrêmement tendue, sur le nombre de lits disponibles et sur le personnel. Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, dit nous entendre, mais rien ne se passe. Quant aux professeurs de médecine, ils se taisent, bien souvent on leur promet des postes dans les départements universitaires. Quand, lors de la réunion de la commission médicale d’établissement, nous faisons ce constat au directeur général, il nous répond que tout cela est un problème de management. Un jour, un service faisait état d’un manque criant de moyens, on lui a dit de faire du… fundraising [« levée de fonds », ndlr]. Mais où est-on ? Se rend-on compte de ce qu’on nous dit ?
    L’aide aux plus vulnérables

    « Le personnel demande juste à être reconnu, remercié. Comment alerter au plus haut niveau et éviter le naufrage de l’AP-HP si c’est encore possible ? Que peut-on encore faire pour changer cette catastrophe programmée ? Il devient chaque jour plus difficile d’être fidèle à nos valeurs et principes. Nous n’arrivons plus à apporter une réponse aux plus vulnérables, aux plus fragiles. Les valeurs d’une société ne se mesurent-elles pas au regard de ses capacités à s’occuper des plus vulnérables ? Dans quel monde voulons nous vivre ? »
    Eric Favereau

  • Les CHU entre discours sinistre et ministre
    Par Eric Favereau — 18 décembre 2018 à 19:46
    Analyse

    https://www.liberation.fr/france/2018/12/18/les-chu-entre-discours-sinistre-et-ministre_1698630

    D’un côté le personnel soignant à cran, de l’autre Agnès Buzyn et la direction de l’AP-HP qui disent n’avoir aucune inquiétude… Le fossé se creuse de plus en plus.

    Les CHU entre discours sinistre et ministre

    Les centres hospitaliers universitaires (CHU), fleurons de la médecine hospitalière française ? Pas si sûr, à lire le rapport de la Cour des comptes sur le rôle de ces centres dans l’offre de soins, rendu public le 12 décembre. « Alors que les CHU sont présentés par beaucoup comme un lieu d’excellence médicale, ils ne figurent pas parmi les meilleurs établissements au regard de la certification de la qualité des actes mise en œuvre par la Haute Autorité de santé », écrivent les magistrats. A cela s’ajoute selon eux « une situation financière, caractérisée par un déséquilibre installé depuis plusieurs années », avec une nette aggravation en 2017.

    La semaine dernière, pourtant, lors de la conférence des directeurs généraux de CHU, qui s’est tenue à Poitiers (Vienne), la ministre de la Santé s’est montrée optimiste. « Je n’ai pas d’inquiétude pour l’avenir des CHU, a-t-elle assuré. Le modèle français est totalement d’actualité, il a une très forte valeur ajoutée et la seule question qui doit se poser est : comment augmenter encore cette valeur ajoutée ? »

    Le décalage est saisissant dans les discours, entre ceux d’en haut et ceux d’en bas. Et ce fossé est encore plus marqué quand on s’attarde sur la situation actuelle de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Comme deux mondes qui n’ont plus les mots pour se parler. En interne, à l’image des propos du Dr Sophie Crozier, neurologue (lire page 12), le navire est en train de couler. Et nombreux sont ceux qui partagent ce diagnostic. Comme le confirme le professeur Noël Garabédian, chirurgien pédiatrique, et surtout président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP : « On n’en peut plus. On manque d’anesthésistes, d’infirmiers et infirmières spécialisés ou en blocs opératoires. J’ai quarante ans d’Assistance publique derrière moi et on est à bout. »

    « Concurrence »

    Le professeur Yves Cohen, qui préside la collectivité médicale de l’hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), pousse le même cri d’alarme. Début décembre, il a déjà alerté sur le manque d’infirmiers en anesthésie ou en blocs opératoires, obligeant à retarder, voire à réduire, le nombre d’interventions. On dirait que tout s’effiloche. « Ce qui est terrible, c’est qu’en plus, il y a une concurrence interne entre les hôpitaux parisiens, il n’y a même plus de solidarité. » Et de citer ces cinq hôpitaux parisiens qui, pour retenir des infirmières, leur paient les heures supplémentaires, ce qui n’est pas réglementaire. La situation est aujourd’hui si tendue qu’en 2017, l’AP-HP a dépensé près de 7 millions d’euros en missions d’intérim pour des postes d’infirmiers anesthésistes et en blocs opératoires.

    « On touche à la moelle de nos exercices. Ce sont 800 à 1 000 postes paramédicaux en moins dans les hôpitaux de Paris », ajoute Yves Cohen. Cette analyse est partagée par les syndicats, en particulier SUD santé. « Depuis dix ans, cela se dégrade continuellement, analyse Olivier Youinou, secrétaire général du syndicat. Aujourd’hui, tout est à cran. » D’abord il dresse un constat général : « Le niveau des rémunérations est un scandale. Nous avons des aides-soignantes qui vivent dans leur voiture, certaines habitent à des centaines de kilomètres, il n’y a pas de prise de conscience de la tutelle. Pour les salaires, nous sommes au 26e rang sur 29 dans le classement de l’OCDE… Une infirmière, avec les gardes et les week-ends, gagne moins de 1 600 euros par mois. » Et maintenant la pénurie touche des infirmières hautement spécialisées, indispensables pour les blocs chirurgicaux. « Les infirmières anesthésistes ? C’est cinq ans d’études. Il nous en manque des dizaines… Rien n’a été anticipé. »

    Dans ce contexte de tensions, la nouveauté est que le secteur privé devient attractif, y compris chez les infirmières. « Dans ces établissements, les infirmières spécialisées peuvent gagner le double, avec des perspectives de carrière. Chez nous, rien n’est clair, cela dépend des hôpitaux. Il n’y a aucune visibilité, martèle Olivier Youinou. Nous sommes en train de perdre la concurrence avec les établissements privés à but non lucratif. Pour les infirmières qui débutent, le privé à but non lucratif paie 300 euros de plus au premier échelon. A l’hôpital Bichat ou à Pompidou, entre autres, elles doivent travailler en sous-effectif majeur. »

    Langage

    Les exemples de lieux sous haute tension s’accumulent. Au Kremlin-Bicêtre, c’est l’hémorragie : sur les soixante médecins anesthésistes, treize vont partir à la fin du mois. Nul ne sait comment les remplacer. Un peu partout, des interventions chirurgicales sont repoussées. Et l’épidémie de grippe n’est pas encore arrivée… A la direction de l’AP-HP comme au ministère, on insiste sur « le virage ambulatoire », c’est-à-dire des hospitalisations avec intervention chirurgicale de moins de vingt-quatre heures. On concède que le moment est difficile à passer. « La direction de l’AP-HP nous dit qu’elle ne peut rien faire. On lui dit que cela ne peut plus durer, qu’il faut arrêter de subir et qu’elle doit nous défendre. Ce n’est pas le cas… Ils répètent toujours que cela ne relève pas de leur responsabilité. »

    Il peut y avoir des cas dramatiques. Le professeur David Cohen dirige le plus important service de pédopsychiatrie de France, avec cent lits, et il a la seule unité fermée à Paris, pour les ados les plus gravement atteints. « Pour faire simple, la pédopsychiatrie est en détresse absolue, explique-t-il. Vivre à flux tendu, on l’a toujours fait. Mais là il y a des rééquilibrages qui deviennent insupportables. On ferme des lits dans des unités de soins intensifs pour autisme ; l’hôpital Robert-Debré a dû fermer onze lits en pédopsy la semaine dernière, faute de personnel. Tous les centres de consultations à Paris sont exsangues. Dans le service de pédopsy de Necker, le chef de service n’a toujours pas été remplacé. Et pendant ce temps, on nous dit que la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent est une priorité nationale. » Il lâche, sans vouloir en dire plus : « Des drames, on en a. »

    Le ministère comme la direction générale de l’AP-HP nient cet état de fait. Insistant sur les changements, avec un vocabulaire qui paraît loin des préoccupations décrites. La Cour des comptes note fermement que « les conditions de l’exercice de la triple mission - les soins, la recherche et l’enseignement - des CHU doivent être réinventées ». Et propose une organisation en réseau. Pourquoi pas ? Encore faudrait-il que les uns et les autres parlent un même langage… « Si l’objectif est de casser le service public, cela peut durer, lâche le syndicaliste de SUD. Mais si on pense que le service public doit avoir un rôle important, alors… »

    Eric Favereau

  • Dans la video "l’hôpital en état d’urgence" sur le site web de la "liberté de l’esprit" nous assistons à un débat entre plusieurs professionnels de santé . Un infirmier exerçant dans les services d’urgence nous apprend qu’il ne peut pas remplir consciencieusement son travail au service des patients . La Direction leur demande de faire toujours davantage avec moins de moyens . Il manque des lits d’hospitalisation .Beaucoup d’hospitalisés passent la nuit sur des brancards . Les techniques managériales causent une telle oppression sur les personnels que cet infirmier après s’être investi à fond dans son métier a démissionné .

    Un médecin président du SAMU Urgences pour la France confirme les nombreuses difficultés à hospitaliser les gens . Il tient lui-même un inventaire des gens qui passent les nuits sur des brancards . Sur les 650 services d’urgence qui existent en France 140 services ont accepté de communiquer chaque jour le nombre d’hospitalisés qui passent une nuit entière sur des brancards . Depuis le 1er janvier 2018 l’évaluation est portée à 29000 patients privés de lits d’hospitalisation . Donc en 2018 en France nos professionnels de santé font face à cette situation scandaleuse connue du Ministère de la Santé qui excelle dans l’indifférence .

    De plus en plus des patients âgés ou très âgés atteints de polypathologies passent par le service des urgences . Dans cette tranche d’âge une infection quelconque peut déclencher d’autres réactions négatives comme une montée brusque du diabète,des arythmies cardiaques,des problèmes respiratoires . Aujourd’hui nos hôpitaux publics français manquent de personnels et de moyens matériels pour affronter ces nouveaux cas . Il y a une telle saturation des urgences chaque jour que l’on a tendance à s’y habituer . Nous devons refuser de nous mettre dans cette accoutumance . On hospitalise des gens qui restent trop longtemps ou qui n’ont pas à y être. Il est donc nécessaire de rationaliser le séjour hospitalier .

    Pour le docteur Halimi le harcèlement se pratique dans de nombreux hôpitaux et dans la plupart de leurs services . La cause principale est la dictature du chiffre imposée par le Ministère de la Santé aux directeurs d’Etablissements qui le répercutent sur les chirurgiens,les médecins,les infirmiers,les aides-soignantes . Les techniques managériales réduisent les acteurs hospitaliers à des pions qu’il faut organiser pour en tirer le maximum de productivité . Le nouveau management public ou N.M.P se réfère au principe fondamental de l’efficience dont le contenu est essentiellement économique et financier .
    Autrement-dit chaque année suivante il faut faire toujours mieux et davantage avec moins de moyens . Or ce mode de gestion appelé aujourd’hui "le libéralisme autoritaire" met à l’écart volontairement la déontologie médicale prônée par le "Serment d’Hippocrate" . Sa norme fondamentale est exprimée dans cette phrase : "Mon premier souci sera de rétablir,de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments physiques et mentaux,individuels et sociaux . "

    Or pour faire des économies de gestion on a recours à la mutualisation des services . L’encadrement devient de plus en plus rigide . Le Directeur ou ses collaborateurs directs n’hésitent pas à humilier les professionnels de santé de différents niveaux à tel point qu’il est demandé à un chirurgien d’aller plus vite dans ses opérations pour augmenter la rentabilité de l’Etablissement .

  • Une aide-soignante dans une EHPAD en Île de France témoigne des mauvaises conditions de travail qui leur sont imposées . Il s’ensuit des répercussions fâcheuses sur les personnes âgées dépendantes qui sont bousculées dans leur séjour . Le personnel se retrouve dans un mal-être social. Malgré tous leurs efforts les aides-soignantes ne peuvent pas dispenser correctement les soins nécessaires . Dans cet Etablissement trois aides-soignantes de jour sont présentes pour s’occuper de quarante résidents . Une seule est prévue pour la garde de nuit . Là aussi il est demandé aux aides-soignantes de travailler plus sans augmentation de salaire .

    A son tour interviewé un directeur d’hôpital psychiatrique affirme qu’il arrive à assurer la quantité d’effectifs nécessaires face à la quantité de travail hospitalier à fournir . En psychiatrie des contraintes financières très fortes ont été ordonnées par le Ministère de la Santé . En 2016 un accord cadre a été instauré pour appliquer un plan de prévention de risques psychosociaux de même qu’un plan de promotion de qualité de service . Si des problèmes d’organisation et de fonctionnement de certains services émergent,une nouvelle ligne managériale doit être mise en oeuvre . Il y a toujours des solutions à trouver . Comme à tous les professionnels de l’hôpital on demande aux directeurs de faire toujours mieux . La compétence du directeur est valorisée sur la base des résultats financiers . Néanmoins un management peut être correct dans sa conception sur le plan économique et social et ne pas résoudre les problèmes humains . Pourtant la médecine française est reconnue sur le plan mondial . La polypathologie fait appel à plusieurs spécialistes de disciplines médicales différentes . L’intervention harmonisée des différents acteurs n’a pas encore été mise au point .

  • Selon le professeur Halimi le corps médical hospitalier est confronté à la maltraitance managériale . On déplore le suicide d’un jeune neurologue talentueux sans cesse harcelé par sa direction dans le CHU de Grenoble classé pourtant le septième hôpital de France . Dans ce même Etablissement plusieurs professionnels de santé sont tombés en dépression . L’enquête du médiateur national a prouvé la culpabilité de l’administration . Une dizaine de services sont ainsi en souffrance .

    La loi de 2009 sur les hôpitaux publics portée par Roselyne Bachelot a donné des pouvoirs exorbitants aux directeurs et aux managers avec pour seule ambition l’équilibre financier voire le profit . Celle-ci s’avère être dangereuse pour les patients . Mais la pression des champions du management basé sur la performance est devenue insupportable . Cette volonté de pousser les soignants à accomplir le plus grand nombre d’actes tarifés est contraire à la déontologie médicale qui commande de rendre prioritaire le bon traitement des patients . Le Ministère de la Santé applique donc la dialectique anglo-saxone du lean management (lean signifiant mincir,dégraisser) .

    Avant 2004 le système de financement de l’hôpital public était basé sur le nombre de lits,c’était la" dotation globale" . Depuis 2004 le financement de tous les Etablissements de soins publics et privés dépend du nombre de séjours enregistrés et des actes pratiqués par les médecins . Ainsi à chaque acte médical correspond un prix bien spécifique . C’est ce qu’on appelle la tarification à l’acte (T2A) qui est déterminé chaque année par la Sécurité Sociale .

    Mais la T2A a eu un effet pervers . Elle a incité les services à multiplier les actes onéreux pour augmenter leurs ressources financières . Il y a eu par exemple une inflation de prostatectomies ou d’ablations de la thyroïde .

  • Les réformes de 2004 et de 2009 ont entraîné progressivement l’apparition et le développement de la maltraitance institutionnelle . Dans un objectif de rentabilité financière,on oublie le patient . Aujourd’hui les urgentistes ne peuvent pas faire correctement leur travail .

    Des médecins urgentistes rentrent chez eux en pleurant à cause du manque de moyens en matériels et en effectifs . Un lien indéfectible se noue entre le patient et le soignant qui déplore de rester impuissant devant les souffrances . Cette situation lamentable augmente la morbidité pathologique qui retarde le retour vers la guérison .

    Depuis le 22 novembre 2018 sept médecins urgentistes de l’hôpital d’Ajaccio ont adressé à leur direction une lettre de démission . Le motif invoqué et dûment justifié est "le sous-effectif chronique ayant des conséquences sur notre sécurité et celle des patients" . Si aucune négociation n’aboutit au bout de trois mois c’est à dire le 22 janvier 2019 leur démission prendra effet selon leurs souhaits . De plus en plus de médecins d’hôpitaux publics démissionnent pour aller faire carrière dans des cliniques privées . Dans celles-ci les conditions de travail pour le corps médical sont bien meilleures .

    Le président Sarkozy durant son mandat présidentiel avait osé formuler l’expression " Hôpital-Entreprise" . Certainement Hôpital-Entreprise" pour les autres mais pas pour lui qui sera toujours soigné dans l’hôpital privé américain de Neuilly .

    Les hôpitaux sont limités dans leur masse salariale . L’Etat néo-libéral plus favorable aux grands patrons du CAC 40 a réduit considérablement son enveloppe financière annuelle . Durant ces dix dernières années il a été réalisé sept milliards d’euros d’économies sur l’hôpital dont trois milliards ces trois dernières années . C’est un niveau jamais atteint . Pour 2018 l’Assurance Maladie avait prévu des économies de l’ordre de 1,6 milliard d’euros . On connaîtra certainement le chiffre exact dans les jours ou les semaines qui viennent . Cette politique économique réactionnaire contre la santé de tous les français surtout ceux faisant partie des classes populaires et de la classe moyenne aboutit à un apartheid médical et social en faveur des plus riches . Ces derniers peuvent toujours choisir des cliniques de luxe.

    Dans beaucoup d’EHPAD on assiste à un glissement des tâches de l’aide-soignante vers l’infirmière . Le nouveau management public se préoccupe surtout de baisser les coûts variables salariaux . La stratégie managériale consiste à transférer certaines compétences concernant les infirmières aux aides-soignantes . Cette tactique mesquine permet de diminuer le nombres de postes d’infirmières et par voie de conséquence la masse salariale .

    En attendant,les patients subissent dans ces EHPAD une baisse du capital de compétences des soins infirmiers ou d’IDE (infirmières diplômées d’état ) . Dans une vaine générosité insignifiante la ministre a dégagé cinquante millions d’euros pour les EHPAD . Ceci correspond à 80E par an pour chaque résident . Cette mesure pusillanime ne pourra pas empêcher la dégradation des conditions de vie des patients dans les EHPAD . Depuis le passage aux 35 heures l’emploi d’infirmière de garde de nuit a été supprimé. A sa place veille une aide-soignante pour quarante résidents .

  • Selon le professeur Halimi, l’hôpital public ne peut réaliser des interfaces entre les services . Chacun de ces services est la plupart du temps saturé et ne peut échanger entre eux . L’ensemble du système hospitalier est à repenser . Son organisation obsolète entraîne des dysfonctionnements . Depuis qu’il y a des managers, des déficits se multiplient . La recherche incessante de la baisse des coûts du travail a pour conséquence une baisse de la qualité de service auprès des patients . Le système public est en danger . Bientôt les patients ne voudront plus aller à l’hôpital .

    Selon le directeur présent au débat il y a des caricatures à éviter . Contrairement à ce qui a été dit, le directeur n’est pas omnipotent . D’après les textes, le directeur prend ses décisions après une réunion délibérative au sein de l’assemblée du directoire . Celle-ci est une instance de gouvernance qui apprécie et conseille le directeur de l’Etablissement public hospitalier dans la gestion et la conduite de l’Etablissement .

    Le directeur de l’Etablissement est d’office le président du directoire .

    Le président de la Commission médicale d’établissement ou CME est d’office le vice-président .

    4 membres ou 6 dans les CHU sont nommés par le directeur .

    Le mode de désignation des membres du Directoire et les attributions réservées au directeur en font une simple chambre d’enregistrement qui conforte le pouvoir exécutif du directeur . Il s’agit donc d’une collégialité factice qui n’a pas la capacité d’influencer les décisions du directeur et à plus forte raison de s’opposer à lui sur la base d’arguments justifiés . Le débat contradictoire en est donc très limité voire impossible . La bonne marche de l’hôpital dépend donc de la personnalité du directeur .

    Le directeur présent au débat de Médiapart décline de bonnes convictions de gestion hospitalière . Selon lui l’hôpital est un projet continuel de stratégie pour construire un grand Collectif de Soins assurant un service toujours amélioré auprès des patients . Le système de financement actuel a montré ses défaillances . Il doit être remplacé . La comptabilité devrait prendre en compte tous les soins qu’effectue l’ensemble du personnel . Se baser uniquement sur les T2A ou les activités les plus rentables empêche d’appliquer la déontologie médicale . Souhaitons que les édifiantes assertions de ce directeur soient prochainement mises en pratique .



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