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Camille Peugny

sociologue

Les jeunes
Quel avenir par temps de crise ?

jeudi 4 juin 2015 20h00

 

Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris-VIII, ses travaux portent sur les inégalités entre les générations et leurs conséquences politiques. Il a publié Le Déclassement (Grasset, 2009), dans lequel il décrit l’expérience vécue par les générations nées dans les années 1960, confrontées à de sévères trajectoires de déclassement alors même que leur niveau d’éducation est sans précédent. En 2013, il étudie la reproduction sociale en France dans son ouvrage Le destin au berceau : inégalités et reproduction sociale.


Les jeunes sont inquiets pour leur avenir ; ils ont l’impression que l’ascenseur social est bloqué, ce qui est vrai pour une grande majorité d’entre eux (environ 70%).

Ils ont aussi très nombreux à penser que la société française ne leur fait pas de place et que leur situation sera plus difficile que celle de leurs parents. En outre, le le taux de chômage des jeunes est élevé (24% des moins de 25 ans en France, et plus de 50 % dans de nombreux pays européens comme l’Espagne, la Grèce…) ; l’accès au travail est plus difficile et l’emploi plus précaire (CDD). Et cette situation s’est encore aggravée avec la crise économique depuis quelques années.

Avec le sociologue Camille Peugny, nous chercherons à mieux comprendre cette situation et à dégager les pistes d’action :

  • Comment les jeunes vivent leur place dans la société ?
  • Quel est l’impact de la crise ?
  • Pourquoi l’école ne réussit pas à favoriser la mobilité sociale ?
  • Que peut-on et doit-on faire (au niveau français et européen) ?

Le sociologue Camille Peugny a analysé l’expérience des jeunes confrontées à leurs trajectoires de déclassement, typique des « classes moyennes », alors même que le niveau d’éducation général s’élève. En 2013, il étudie la reproduction sociale en France dans son dernier ouvrage et dresse un bilan sévère de l’école en matière de mobilité sociale. Recherches en cours

Repenser les inégalités entre les générations

Dans les années 1990, de nombreux travaux empiriques soulignent l’importance de la prise en compte des inégalités entre les générations dans le processus de stratification sociale. Ces travaux mettent en évidence des inégalités importantes (en termes de salaire, d’accès au salariat d’encadrement ou à la propriété du logement, etc.) au détriment des générations nées dans les années 1960 comparées à celles nées dans les années 1940. Vingt ans après, et alors que les inégalités sociales augmentent à nouveau sensiblement au sein de la société française, il convient d’articuler inégalités inter et intragénérationnelles pour rendre compte des clivages qui traversent la structure sociale.

La stratification interne aux classes populaires au prisme des attitudes politiques

Souvent utilisée pour désigner les individus et les groupes faiblement dotés en ressources économiques, culturelles et politiques, la catégorie des « classes populaires » est néanmoins diverse. Il s’agit ici d’explorer la stratification interne aux classes populaires au prisme des attitudes politiques des différents groupes qui les composent, grâce au cumul de plusieurs vagues d’enquêtes comparatistes européennes.

Poids et persistance de la reproduction sociale

A rebours des discours du mérite que la société française se plaît à tenir sur elle-même, la compilation des enquêtes Emploi de l’Insee depuis le début des années 1980 montre que l’intensité de la reproduction sociale n’a que peu diminué au cours des Trente dernières années.


Voir en ligne : Camille Peugny sur Wikipédia




Messages

  • Le Monde | 18.05.2015

    Contre l’école inégalitaire, vive le collège du XXIe siècle
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/18/contre-l-ecole-inegalitaire-vive-le-college-du-xxie-siecle_4634997_3232.html#aucyqarsReZHhEIw.99

    Le collège actuel n’est ni unique, ni juste et encore moins efficace. L’organisation de la formation, avec ses options facultatives et ses classes « bilangues », conduit à la création de classes différenciées socialement et même, dans certains territoires, marquées ethniquement. Comment convaincre notre jeunesse des valeurs de notre République – liberté, égalité, fraternité et laïcité – alors que le collège lui offre tous les jours le spectacle de l’injustice, de l’exclusion et de la séparation ?

    L’adhésion aux valeurs de la République ne passera pas par le seul enseignement moral et civique, il passera par un collège plus équitable, plus juste ainsi que par des établissements et des classes plus mixtes, socialement et scolairement. Nous ne partageons pas cette curieuse conception de la République qui consiste à considérer toute politique pour ouvrir les chemins de la réussite au plus grand nombre comme un « nivellement par le bas ».

    Lire aussi : Réforme du collège : les enseignants reprennent en main la contestation
    Le collège actuel creuse les écarts

    L’actuelle réforme du collège marque un pas important en réduisant la part des dispositifs facultatifs suivis par une minorité, en instituant des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) dans lesquels les élèves apprendront à coopérer pour mener ensemble un projet plutôt qu’à s’affronter dans une compétition individualiste, en renforçant le suivi personnalisé.

    Le collège actuel creuse les écarts entre les élèves. Après quatre ans de collège, un quart d’entre eux ne maîtrisent pas les compétences les plus simples en français alors qu’ils sont 12 % dans ce cas à la fin du CM2. Ce n’est pas étonnant car le collège actuel consacre beaucoup plus de moyens aux 15 % qui réussissent déjà (enseignement de la deuxième langue vivante dès la classe de 6e, latin, option européenne) qu’aux 15 % les plus fragiles (deux heures d’aide au travail personnel en classe de 6e).

    Les comparaisons internationales montrent pourtant que c’est en s’attachant à augmenter les performances des plus faibles qu’on fait progresser l’ensemble d’une génération. « La fabrique des meilleurs », telle qu’elle existe aujourd’hui, produit 150 000 sorties sans diplôme ou qualification chaque année.

    Lire aussi : Ce que prévoit la réforme du collège prévue pour la rentrée 2016

    La réforme du collège réoriente les moyens consacrés à 15 % des élèves au profit de tous. L’EPI « Langues et culture de l’Antiquité » pourra être suivi par de très nombreux élèves, et même tous les élèves d’un collège. L’option européenne se transforme en EPI « Culture et langues étrangères » pour tous. Et les « bilangues » qui ne profitaient qu’à 10 % des élèves, se généralisent pour 100 % des élèves à partir de la classe de 5e.
    Accompagnement personnalisé des élèves

    Les moyens qui accompagnent la réforme permettent de multiplier le travail en petits groupes – de 8 heures, on passe à 48 heures pour un collège moyen – et de développer l’accompagnement personnalisé des élèves – on passe de 2 heures maximum à 6 heures au minimum sur les quatre ans. Quant aux EPI, ils permettent de développer des pratiques pédagogiques variées afin de permettre à tous les élèves d’accéder au sens des disciplines scolaires et de mieux entrer dans les apprentissages.

    Dans un monde hyperconnecté, où sciences et techniques sont omniprésentes, et dans une économie qui n’offre plus guère d’avenir professionnel à ceux qui sortent de l’école sans diplôme, la mission du collège est de plus en plus exigeante. Il ne s’agit plus seulement de faire acquérir quelques repères patrimoniaux qui créent une communauté culturelle.

    Il faut que tous les élèves quittent le collège en ayant acquis le goût du savoir et puissent, à partir de l’acquisition d’un socle commun, continuer à se former tout au long de leur vie. Il faut que chacun ait les moyens de comprendre le monde pour pouvoir y agir en citoyen autonome et responsable.

    Or, comprendre le monde nécessite des regards pluri et interdisciplinaires, parce qu’il faut faire appel à des savoirs de nature différente et les mobiliser pour appréhender une situation. Les EPI (qui représentent 9 % des horaires) sont l’espace privilégié de ce croisement des regards sur le monde et, loin de « dissoudre » les disciplines, ils pourront permettre aux élèves d’identifier la nature, les spécificités et la portée de chacune d’entre elles.
    Formation humaine

    Enfin, parce qu’il est, aujourd’hui impossible de tout apprendre avant l’âge de 15 ans, l’important est de permettre à tous les élèves de développer une attitude réflexive. Pour cela, il faut organiser, au moins en partie, leur formation autour de problèmes à résoudre, de tâches complexes et de choix à faire. Les faiblesses de l’élève en France par rapport à ses camarades d’autres pays comparables sont connues : pas de prise de risque, moins de confiance en soi, créativité plus faible, difficulté d’expression orale et d’expression écrite élaborée.

    Apprendre à repérer les ressources dont on a besoin pour résoudre un problème et apprendre à se les approprier sont devenues des compétences indispensables. Apprendre à travailler en équipe sont aussi des compétences qui seront travaillées dans les EPI. C’est une dimension essentielle de la formation humaine : elle répond aux défis contemporains de la formation personnelle, citoyenne et professionnelle.

    Ces travaux inter et pluridisciplinaires ont d’ailleurs été introduits dans les classes préparatoires en 1995, dans toutes les voies du lycée en 2000 et au collège en 2002 (itinéraires de découverte) et 2006 (enseignement intégré des sciences et technologies). Quant à la partie très modeste des activités laissée à l’initiative des équipes locales, elle concrétise à la fois la liberté pédagogique des enseignants et la nécessité de mettre en œuvre selon des modalités locales des finalités nationales.
    Enfants d’un même pays

    Le collège actuel n’est pas celui de tous les enfants d’un même pays. Depuis la création du collège « unique », la France n’a pas voulu choisir entre un collège qui permet aux élèves de conforter les savoirs de base et d’élargir leur culture pour poursuivre leur formation et un collège qui reste la zone de tri du lycée, entérinant ainsi des hiérarchies sociales inacceptables.

    Les enseignants ne sont pas responsables de cette situation. Ils ont, jusqu’à présent, répondu comme ils le pouvaient à une commande ambiguë de la Nation. C’est cette commande qu’il faut changer, dans l’esprit de la loi de refondation et de programmation de l’école de la République.

    Que celles et ceux qui veulent conserver l’ancien modèle assument alors leurs responsabilités et en admettent les conséquences : celles d’un pays qui, de fait, sépare ses enfants et ne les prépare pas à vivre et agir ensemble dans un monde commun. Pour notre part, nous faisons le choix du nouveau collège. Parce que c’est la voie d’une République qui tient ses promesses. C’est la seule qui permettra à notre pays de relever les défis du XXIe siècle.

    Sont notamment signataires de ce texte : Jean Baubérot (historien, sociologue), Laurent Berger (secrétaire général de la CFDT), Luc Bérille (secrétaire général de l’UNSA), François Chérèque (président de Terra Nova), Boris Cyrulnik (psychiatre et psychanalyste), Hervé Hamon (écrivain), Philippe Joutard (historien, ancien recteur), Philippe Lazar (directeur de recherche honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale), Pierre Léna (président d’honneur de la fondation La main à la pâte), Philippe Meirieu (pédagogue), Pierre Merle (sociologue), Camille Peugny (sociologue), Jean-Marc Roirant (secrétaire général de la Ligue de l’enseignement), Joël Roman (philosophe), Agnès Van Zanten (directrice de recherche au CNRS). Retrouvez la liste complète des signataires sur le site de la revue les Cahiers pédagogiques : cahiers-pedagogiques.com

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/18/contre-l-ecole-inegalitaire-vive-le-college-du-xxie-siecle_4634997_3232.html#aucyqarsReZHhEIw.99

  • Camille Peugny, Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale

    Lectures de Delphine Moraldo
    https://lectures.revues.org/11102

    Après Le déclassement en 2009, où il analysait la réalité sociale et statistique du « déclassement », fait d’appartenir à un groupe social inférieur à celui de ses parents, Camille Peugny reste dans la même veine sociologique avec cet ouvrage centré sur la question de la reproduction sociale dans la France d’aujourd’hui.

    2L’introduction donne le ton : même si, sur le long terme, la société française s’est considérablement ouverte, « dans la France d’aujourd’hui, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après la fin de leurs études. À l’inverse, sept enfants d’ouvriers sur dix demeurent cantonnés à des emplois d’exécution. » (p. 9). Depuis les années 1980, la mobilité sociale n’a pas poursuivi son évolution passée. Camille Peugny aborde la question de la reproduction sociale au travers de quatre chapitres, allant du constat statistique à la préconisation politique pour « l’égalité tout au long de la vie » (chapitre 4).

    3Dans le premier chapitre – « le mirage des sociétés « moyennes » » – l’auteur commence par remettre en cause l’idée d’une moyennisation de la société française. Revenant sur les théories de la moyennisation (corollaire de la fin des classes sociales) portées par des sociologues comme Henri Mendras en France, élaborées dans le contexte social et politique particulier des Trente Glorieuses qui favorisait une certaine mobilité sociale, Camille Peugny y apporte des nuances importantes : d’une part la progression de la mobilité sociale s’arrête dans les années 1970 ; d’autre part les trajectoires de mobilité sont de faible amplitude et traversent rarement l’espace social. Il montre également la faible pertinence de certains indicateurs statistiques utilisés pour appuyer l’hypothèse de la moyennisation (p. 28). Mais le principal argument à l’encontre de ces théories est surtout qu’elles cessent de fonctionner après les Trente Glorieuses, avec un déclassement croissant dès les années 1970 allant de pair avec une polarisation accrue de la structure sociale, dans le cadre d’une économie mondialisée, entre classe moyenne, groupes favorisés et classes populaires. D’un point de vue subjectif, coexistent paradoxalement une « peur du déclassement » (pour reprendre le titre de l’ouvrage d’Eric Maurin publié en 2009) et un sentiment d’appartenance aux « classes moyennes » partagé par 60% des Français au début des années 2000.

    4Le deuxième chapitre – « vingt-cinq ans de reproduction sociale » – revient sur la fin du « progrès générationnel » amorcé pendant les Trente Glorieuses, dans la lignée des travaux de Louis Chauvel (par exemple, Le Destin des générations, 1998) ou de Christian Baudelot et Roger Establet (Avoir trente ans en 1968 et1998, 2000) : à plusieurs niveaux (emploi, salaire, carrière, mobilité sociale, logement), les inégalités entre générations se renforcent, au détriment de celles nées après les années 1950 (et en particulier des jeunes générations, qui se précarisent), faisant des baby-boomers une génération singulière plus qu’un point de comparaison pertinent. Camille Peugny dénonce notamment « l’extraordinaire dualisation des emplois qui plonge des millions de salariés d’exécution (…) dans une précarisation croissante de leurs conditions de vie » (p. 61). Avec l’exemple des inégalités sociales, culturelles, et économiques entre les « jeunes », l’auteur montre également que les inégalités intragénérationnelles sont tout aussi importantes que les inégalités intergénérationnelles plus souvent pointées du doigt (p. 45-46). L’analyse est ensuite consacrée au phénomène complexe de reproduction sociale (« par le bas » et « par le haut ») et à ses évolutions depuis les années 1980, pour aboutir à la conclusion d’un maintien quasi constant des forces de la reproduction sociale (p. 55), avec des inégalités au niveau du type d’emploi qui demeurent presque inchangées entre les différents groupes sociaux. Le constat est pire lorsqu’on étudie la reproduction à l’aune des diplômes : l’auteur conclut alors à une intensification de la reproduction.

    5Dans le troisième chapitre – « les angles morts de la démocratisation scolaire » – Camille Peugny se penche sur le rôle de l’école, censée offrir « un principe de régulation de la compétition sociale autour duquel peuvent se retrouver des individus issus de toutes les origines sociales » (p. 63). Après un retour historique sur le processus de massification scolaire enclenché dans les années 1960, il en montre les limites : un nombre important de jeunes sortent encore du système scolaire sans qualification, le pourcentage de bacheliers au sein d’une génération stagne depuis plus de quinze ans (autour de 65%), et le taux de poursuite d’études dans l’enseignement supérieur a diminué dans les années 2000. À chaque fois, les jeunes issus de milieux défavorisés sont surreprésentés parmi les « vaincus » de la compétition scolaire, amenant la question (au-delà de la massification) de la démocratisation des chances scolaire. Là encore, l’auteur dresse un constat négatif : la démocratisation scolaire a surtout fonctionné pour les catégories intermédiaires. En outre, il s’agit avant tout d’une démocratisation « ségrégative » (pour reprendre l’expression forgée par Pierre Merle) liée à un système éducatif proposant des filières aux rendements et prestiges inégaux. Par ailleurs, le lien entre diplôme et mobilité social est complexifié par le fait que si le niveau de diplôme constitue le meilleur passeport vers l’emploi, à diplôme égal, les enfants d’ouvriers ont moins de chance d’obtenir un emploi de cadre que les enfants de cadres : l’origine sociale joue encore, voire tend à s’intensifier. « Même une démocratisation parfaite ne transformerait pas la société française en un paradis de la méritocratie et de la fluidité sociale » (p. 82).

    6Que faire alors pour « desserrer l’étau de la reproduction sociale » ? (p. 83). C’est l’objet du dernier chapitre de l’ouvrage, intitulé « l’égalité tout au long de la vie », où l’auteur propose des pistes pour lutter contre la fixation précoce des destins sociaux. « Faire en sorte, autant que possible, que rien ne soit définitivement joué : telle pourrait être la définition de l’égalisation des conditions dans des sociétés écartelées par la mondialisation. » (p. 111). La première piste concerne l’école. La précocité des inégalités et leur caractère cumulatif incitent à agir dès l’école maternelle, et à combler le retard de la France sur les autres pays de l’OCDE en matière de dépenses d’éducation pour les premiers niveaux. Il s’agit ensuite de rompre avec l’élitisme qui caractérise le système éducatif français (comme le montrent par exemple Christian Baudelot et Roger Establet dans L’Elitisme Républicain, 2009), dont les enquêtes PISA montrent qu’il est celui dans lequel l’origine sociale pèse le plus sur la réussite scolaire. Une solution ici serait de redistribuer plus équitablement les dépenses entre classes préparatoires et universités. Le deuxième volet porte sur la formation, pas assez développée en France, où le poids du diplôme continue de peser pendant toute la carrière professionnelle. Sur ce point, Camille Peugny appelle de ses vœux un dispositif universel d’accès à la formation, sur le modèle des « bons mensuels à tirer » danois, et pour les jeunes une « allocation d’autonomie » telle qu’elle existe dans les pays scandinaves. Ces dispositifs seraient essentiels pour lutter contre le sentiment de désenchantement et d’impuissance face l’avenir des jeunes français, mesuré par diverses enquêtes, et permettraient de restaurer une conscience politique et citoyenne et une confiance dans les institutions qui fait défaut à une grande partie de la jeunesse aujourd’hui.

    7En 111 pages, Camille Peugny parvient à dresser un bilan solide, illustré par de nombreuses analyses statistiques et tableaux, de l’état de la reproduction sociale en France. Le propos est clair et la conclusion sans appel : depuis la fin des Trente Glorieuses, le système éducatif et de formation n’est plus en mesure de garantir l’égalité des chances. Les solutions proposées, inspirée du modèle scandinave, sont audacieuses en tant qu’elles supposent une refonte du système éducatif méritocratique (mais également du système fiscal, évoqué très rapidement p. 105), afin que les destins des individus ne soient pas fixés dès le plus jeune âge. Un ouvrage véritablement stimulant.

  • Le Télégramme 30 mai 2015 / Propos recueillis par Gilles Carrière /

    Liberté de l’esprit. La jeunesse sacrifiée ?

    Propos recueillis par Gilles Carrière « Les jeunes : quel avenir par temps de crise ? ». Le sociologue Camille Peugny répondra à la question jeudi, dans le cadre d’une conférence proposée par la Liberté de l’esprit.
    Interview.

    Vous constatez, à juste titre, que la France peine à faire une place à sa jeunesse dans la sphère économique. N’y a-t-il, par cynisme, une volonté de faire des 18-34 ans une variable d’ajustement ?
    Je ne sais pas s’il faut parler de cynisme mais, ce qui est certain, c’est que nous semblons considérer cette situation finalement comme normale. Il faut dire que les difficultés des jeunes sur le marché du travail ne sont pas récentes : déjà, au début des années 1980, le taux de chômage des jeunes était trois fois plus élevé que celui observé pour les autres classes d’âge. Trente ans après, tout se passe comme si ce sort réservé aux jeunes était une fatalité face à laquelle les politiques se montrent bien impuissants.

    La France favorise la rente à l’investissement, les vieux aux jeunes. Ce « culte du patrimoine » dont parle Pierre Nora, n’est-il pas en fin de compte suicidaire pour l’avenir du pays ?
    C’est en tout cas un pari très risqué. Dans des sociétés qui vieillissent, les jeunes devraient faire l’objet de toutes les attentions. C’est en effet sur eux que va reposer, et de plus en plus, la prise en charge des conséquences du vieillissement. Les fractions les plus démunies de la jeunesse ? car beaucoup de jeunes vont très bien, ne noircissons pas le tableau inutilement ? ne peuvent pas rester abandonnées de la sorte : se priver de tous ces jeunes, dans une économie ouverte à la concurrence internationale, c’est effectivement suicidaire.

    Les sociétés scandinaves ? la Suède tout particulièrement ? font de l’intégration des jeunes une priorité. Ne croyez-vous pas que la France serait inspirée de suivre ce que les responsables politiques ont mis en place dans le nord de l’Europe ?
    Pour accompagner les jeunes vers l’autonomie, il y a trois possibilités. On peut faire confiance au marché, comme au Royaume-Uni où les étudiants travaillent tous et s’endettent parfois à vie pour financer leurs études. On peut faire confiance à la famille, comme dans les pays du Sud de l’Europe où le poids de l’accès à l’autonomie est supporté par les parents. On peut, enfin, considérer, comme dans les pays scandinaves, que c’est à l’État de garantir un égal accès à l’autonomie avec des dispositifs publics de financement de la période de formation. Dans les faits, le modèle scandinave est beaucoup plus efficace car beaucoup moins injuste socialement.

    Il y a une quinzaine d’années, le sociologue Louis Chauvel constatait déjà que la génération qui avait 30 ans en 1998 vivrait moins bien que la génération précédente. Ceux nés en 1998 sont-ils condamnés à un déclassement social pire encore ?
    C’est surtout la transmission des inégalités qui est forte ! En effet, les jeunes nés en 1998 sont les enfants de ceux qui avaient 30 ans à l’époque. Or, dans un contexte de crise prolongée, les ressources des parents sont fondamentales. Aujourd’hui, 70 % des enfants d’ouvriers exercent un emploi d’ouvrier ou d’employé quelques années après la fin de leurs études, tandis que 70 % des enfants de cadres exercent un emploi d’encadrement à leur tour !

    Les plus fortunés (ou les plus entreprenants) des jeunes Français votent avec leurs pieds en allant tenter leur chance à l’étranger. Quant aux autres, ils se réfugient dans l’abstention ou le vote FN. Peut-on parler de véritable bombe à retardement ?
    Il faut rester prudent sur les départs à l’étranger car on ne dispose d’aucun chiffre qui permettrait de montrer que le phénomène est en hausse. Pour le reste, il est vrai que le FN réalise des scores élevés parmi certaines franges de la jeunesse, parmi les jeunes ruraux ou périurbains peu diplômés et déclassés, tandis que d’autres se réfugient dans l’abstention. Dans une enquête récente, réalisée avec une collègue, plus de 60 % des jeunes interrogés se déclaraient prêts à participer à un mouvement social de grande ampleur. Une raison, peut-être, pour les écouter ?

    Pratique
    Conférence jeudi, à 20 h, à l’hôtel Mercure (face à la gare). De 3 € à 8 €.

    © Le Télégramme - Plus d’information sur http://www.letelegramme.fr/finistere/quimper/liberte-de-l-esprit-la-jeunesse-sacrifiee-30-05-2015-10647080.php

  • Jeunesse. « La compétition est faussée » pour Camille Peugny

    Le Télégramme 8 juin 2015 / Gilles Carrière /

    Quel avenir pour les jeunes en temps de crise ?

    Le sociologue Camille Peugny s’est livré, jeudi, à un exposé synthétique et brillant, dans le cadre de la Liberté de l’esprit.
    Dans la France d’aujourd’hui, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après la fin de leurs études. À l’inverse, sept enfants d’ouvriers sur dix restent cantonnés à des emplois d’exécution.
    On doit à Camille Peugny un essai éclairant, « Le destin au berceau ? inégalités et reproduction sociale » (Seuil, 2013), dans lequel il traite la question de la mobilité sociale. « Les conditions de la naissance demeurent décisives sur les parcours de vie », constate-t-il. À en croire les données de l’OCDE, l’origine sociale pèse, en France, sur la réussite scolaire plus que dans tout autre pays (à égalité avec la République Tchèque).

    Une paupérisation croissante

    Peut-on parler de jeunesse uniforme ?
    « La jeunesse n’existe pas en ce sens qu’il y a des jeunesses. La jeunesse est un abus de langage, elle re coupe un continent très divers ».
    Aux âmes bien nées, un avenir tout tracé. Quant aux gosses des classes populaires, il leur faut se battre à armes inégales. Camille Peugny réfute d’ailleurs le qualificatif de « moyennisation » de la société chère à Henri Mendras (1927-2003). Même si la société française s’est considérablement ouverte au cours du XXe siècle, la mobilité sociale n’a cessé de diminuer au cours des 30 dernières années.

    « La compétition est faussée dès le début », s’alarme-t-il. Au fil de son analyse, Camille Peugny s’inquiète d’un « risque de latinisation de la jeunesse française ». En d’autres termes, d’une paupérisation croissante des 15-34 ans comme en Espagne et en Italie. C’est d’ailleurs parmi les jeunes que se concentrent, dans l’Hexagone, les taux de pauvreté les plus importants. Une pente dangereuse, assurément, pour la cohésion sociale du pays.

    L’issue, pour autant, n’est pas forcément fatale à condition de changer au plus vite de paradigme. Le chercheur plaide, à ce titre, pour « un système universel de formation garantie par l’État à partir de l’âge de 18 ans », à l’image de ce qui se fait avec succès au Danemark. Il faut, martèle-t-il, « un accompagnement à un âge fragile de la vie ».

    G. Ca.

    © Le Télégramme - Plus d’information sur http://www.letelegramme.fr/finistere/quimper/jeunesse-la-competition-est-faussee-pour-camille-peugny-08-06-2015-10657812.php



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