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Mona OZOUF

historienne

L’image de la femme : la singularité française

jeudi 24 avril 1997 20h30


L’historienne Mona Ozouf, parlera de « l’image de la femme : la singularité française ». Dans un récent ouvrage, Mona Ozouf analyse les spécificité du féminisme « à la française ». Evitant un féminisme de type anglo-saxon qui conduit à la séparation et à la guerre des sexes, le modèle français « joue sur le clavier infini du romanesque ».




Le Télégramme de Brest 26 avril 1997

Mona Ozouf, le féminisme à la française

Public des grandes soirées pour Mona Ozouf, historienne et invitée de « La Liberté de l’Esprit », jeudi au Chapeau-Rouge, où 500 personnes ont suivi sa conférence sur « L’image de la femme : la singularité française ».
En effet, le féminisme à la française a ses spécificités, évitant le modèle anglo-saxon, qui conduit à la séparation et la guerre des sexes. La persistance d’une culture de la mixité (au moins depuis le XVIIIe siècle) explique cette particularité française.

Mona Ozouf citait des femmes marquantes qui ne se résignaient pas à la séparation des rôles : George Sand, qui prônait l’excellence de l’amitié hommes-femmes, Simone de Beauvoir qui trouvait mortelles les réunions et associations exclusivement féminines d’Outre-Atlantique. La Révolution « La Révolution française : dure période pour les femmes, qui l’ont subie comme un échec. Les clubs féminins sont fermés et l’héroïsme révolutionnaire s’affiche masculin. Ce sont les femmes qui ont rejeté les prêtres jureurs, leur préférant les réfractaires, qui ont boudé le calendrier révolutionnaire pour donner toujours sa signification au dimanche. On en a conclu à l’animosité des femmes pour la Révolution. Les révolutionnaires ont vu dans les femmes des agents du passé. Est née une méfiance durable envers elles, qui a traversé le XIXe siècle.

Ont-elles perdu pour autant leur « pouvoir » ? Non pas : il était simplement insidieux. Olympe de Gouge évoquait « notre influence nocturne ». Politique Mona Ozouf soulignait les spectaculaires avancées des femmes en France. 70 % des femmes mariées, avec un ou deux enfants, travaillent. 20 % ont des fonctions de direction (contre seulement 4 % aux Pays-Bas). En France, la réussite des filles est évidente. Les grandes écoles, les études supérieures leur sont acquises. Elles y réussissent souvent mieux que les garçons. Le domaine politique est l’exception : les femmes ne sont que 5,5 % à s’y investir. Paradoxe. Mauvaise grâce masculine à céder le terrain ? « L’explication est un peu courte » pour Mona Ozouf. Est-ce une réticence masculine ou féminine ?... Bonne question. Un public fourni, attentif aux propos de Mona Ozouf.



Ouest-France

Le féminisme selon Mona Ozouf

Devant 400 personnes, et pas seulement des femmes, l’historienne Mona Ozouf abordait jeudi soir à la salle du Chapeau Rouge, dans le cadre des conférences de la Liberté de l’esprit, le problème de la singularité du féminisme à la Française.

Native des Côtes-d’Armor, Mona Ozouf est aujourd’hui directeur de recherche au CNRS. Plus connue pour son travail sur la Révolution française, l’histoire de l’école et l’idée républicaine, elle a écrit en 1995 un ouvrage intitulé " Les Mots des femmes ". " Je ne suis pas spécialiste de l’histoire des femmes, ni du féminisme et mes prochains livres ne traiteront pas de ces sujets ". C’est par hasard en étudiant le portrait de Madame Rolland à travers sa correspondance, ses mémoires et en le confrontant aux portraits faits par Michelet et d’autres historien qu’elle remarque que l’intéressée avait dit elle-même ce que c’était que d’être une femme.

Pour les hommes, elle était trop femme ou pas assez. Entre le manque et l’excès, elle rencontra quand même la guillotine.

" J’ai choisi dix portraits en suivant mes goûts littéraires. De Mme Du Delfand à Simone de Beauvoir. Je voulais mettre en valeur des contrastes comme, par exemple, d’un côté Simone Weil, femme ascétique, et en face Simone de Beauvoir, la femme avide ", explique Mona Ozouf.

Mona Ozouf signale quelques signes de cette singularité à travers la situation de la femme au XVIIIè en Angleterre et en France. Dans un État où l’homme doit participer à la vie publique et civile, l’Angleterre, et n’a donc pas le temps de se consacrer aux plaisirs mondain, la femme est recluse, livrée aux tâches domestiques. En France, la monarchie absolue laisse les hommes libres. Ils peuvent donc se consacrer aux femmes qui ont la haute main sur les plaisirs, la conversation et peuvent faire et défaire les gouvernements.

C’est ce qui amène les Anglo-saxonnes à réclamer très tôt des droits égalitaires avec des manifestations spectaculaires. Outre-Manche, vigilance et méfiance règnent entre les deux sexes. Rien de comparable en France : " Il y a en France une culture de la mixité, des échanges entre les sexes depuis la période des Lumières surtout. Au XIXè siècle, George Sand, si peu mondaine, développe l’idée du bénéfice qu’il y a à tirer de l’échange entre hommes et femmes. Simone de Beauvoir, plus proche de nous, écrit un récit sur les femmes américaines au jour le jour et remarque la ségrégation des rôles, avec ces ventes de charité exclusivement féminines, ces dîners de femmes ".

Une des questions posées à Mona Ozouf portait sur la place de la femme en politique chez nous. Il ne semble pas qu’il y ait une solution satisfaisante. L’obstacle majeur étant le cumul des mandats : " Jusqu’à 45 ans, la femme est absorbée par sa vie professionnelle et sa vie de femme. Ce n’est que vers 45 ans qu’elle peut se lancer dans la politique, mais celle-ci est dominée par les hommes qui ont commencé beaucoup plus tôt. On ne peut nier l’agression masculine, il suffit de voir les parcours de Frédérique Bredin et Catherine Trautmann qui ont été envoyées au casse-pipe par leurs instances dirigeantes dans des villes difficiles pour la gauche (Fécamp et Strasbourg). Mais elles ont gagné ! "

Michèle SENANT,



Biographie

Mona Ozouf est un chercheur, philosophe de formation, qui s’est ensuite redirigé vers l’histoire.

Née en 1931, dans un contexte familial bien particulier, élevée en langue bretonne, elle est la fille de Yann Sohier, et de Anne Le Den, tous deux instituteur et institutrice militants de la cause bretonne. Élève à l’École normale supérieure (ENS), elle est agrégée en philosophie.

C’est par l’intermédiaire de son mari, Jacques Ozouf, qu’elle rencontre en 1954 et épouse en 1955, qu’elle fait connaissance avec les autres historiens Denis Richet, Emmanuel Le Roy Ladurie et François Furet. De nombreux ouvrages sont nés de la collaboration avec ce dernier. Membre du Centre de recherches politiques Raymond Aron à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle est, aujourd’hui, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle écrit également pour le Nouvel Observateur et participe à la revue Le Débat. Si elle s’est récemment intéressée à la figure du roman de l’univers démocratique, ses travaux ont surtout porté sur les questions se rapportant à l’école publique et à la Révolution française. Les rapports qu’entretiennent pédagogie, idéologie et politique semblent l’avoir particulièrement intéressée.

En 2003, elle est l’une des signataires de la pétition : « Avec Washington et Londres, pour le soutien du peuple irakien » qui soutenait la coalition anglo-américaine dans son intervention contre Saddam Hussein et récemment une initiatrice de la pétition Liberté pour l’histoire.


Le Télégramme de Brest 5 avril 2009

Mona Ozouf. Le retour au pays


Photo Gallimard En 2007, Mona Ozouf avait reçu le Prix mondial de la Fondation Simone et Cino del Duca pour l’ensemble de son oeuvre.

Historienne, spécialiste de l’éducation et de la Révolution, Mona Ozouf revient, dans son dernier ouvrage, « Composition française », sur l’enfance qu’elle a passée à Plouha (22) puis à Saint-Brieuc. Une enfance bercée par les livres.

Depuis combien de temps pensiez-vous à ce livre ? La première idée du livre a surgi il y a vingt-cinq ans, et elle ne vient pas de moi, mais d’un ami, Jean-Étienne Cohen-Séat, qui dirigeait alors les ÉditionsCalmann-Lévy. Il avait lu la préface que j’avais écrite pour un recueil d’articles, et qui comportait déjà une brève réflexion sur mon parcours, et il m’avait dit : « Il y a un livre à faire avec ça ». À cette époque, le bicentenaire de la Révolution s’annonçait, avec beaucoup de travaux en perspective pour les historiens, et je n’y ai plus pensé. Mais l’idée a longuement mûri.

Comment s’est fait sentir l’influence de votre père, Yann Sohier, militant de la langue bretonne, alors qu’il est décédé quand vous aviez 4 ans ?
Le souvenir de mon père était pieusement entretenu par ma mère comme un modèle, un exemple, et presque une légende. J’ai, pendant toute mon enfance et mon adolescence, puisé dans sa bibliothèque en tentant de l’y retrouver. L’entreprise était parfois facilitée par ses annotations sur les livres : j’ai toujours une édition de Renan soulignée par lui.

Quelles orientations vous a données votre mère dans votre éducation ?
Ce que ma mère m’a légué, c’est le goût du travail bien fait, le sentiment qu’on ne doit compter que sur soi dans la vie, et que l’indépendance matérielle est, pour les femmes, l’impératif essentiel de l’existence.

Avez-vous le sentiment d’avoir vécu et agi dans les sillons creusés par vos parents ?
Pas tout à fait, hélas ! J’aurais pu, en particulier, entretenir le trésor de la langue bretonne, reçu au berceau, et que j’ai laissé en friche. « Être ce que ton père aurait souhaité » était l’impératif moral qui a dominé toute mon enfance. Je crains bien d’avoir pris d’autres chemins : le simple fait de m’être, en priorité, intéressée à la Révolution française, un des épisodes de notre Histoire les moins amicaux envers la personnalité spécifique de la Bretagne, au point d’avoir solennellement prononcé la renonciation aux « libertés » de la province, suffit, je pense, à illustrer mon embardée, largement inconsciente d’elle-même, par rapport à l’idéologie paternelle.

Entre l’enseignement reçu à l’école et l’éducation à la maison, le fossé était grand : comment cela se manifestait-il ?
Le fossé, en effet, était profond, et cet écart est le sujet central de mon livre. Il se manifestait d’abord par une indifférence mutuelle : la Bretagne qui vivait à la maison, à travers les livres et les propos de ma mère, était ignorée à l’école, où il n’était jamais question d’histoire et de géographie bretonnes. Et la France enseignée à l’école était de son côté ignorée par la maison. Mais il y avait davantage encore, un véritable antagonisme, surtout visible dans la manière d’enseigner l’Histoire : les héros bretons honorés à la maison n’avaient pas cours dans la classe. Et les grandes figures honorées dans nos livres de classe étaient contestées à la maison : celle-ci tenait « nos ancêtres les Gaulois » pour une imposture, abominait Colbert pour avoir été le persécuteur de nos « bonnets rouges » et Madame de Sévigné pour avoir célébré la persécution. L’enfant que j’étais en était vaguement consciente, persuadée, en tout cas, qu’il y avait là deux histoires que rien ne reliait.

Le statut des régions par rapport au centralisme parisien occupe une bonne part dans votre livre...
Oui, le destin du régionalisme en France est une question qui m’a constamment intéressée. Celui-ci, dans la France centralisée, dans « l’une et indivisible », a toujours été, dans notre histoire, l’objet d’une présentation méfiante, comme s’il était lourd d’une menace d’éclatement. Or, ce que l’Histoire nous montre aussi, c’est la longue résistance de la spécificité régionale, notamment bretonne. Le très beau livre de Joël Cornette (*) l’a récemment montré : malgré son rattachement à la France en 1532, malgré l’action nivelante de l’école et du service militaire sous la IIIeRépublique, l’esprit du lieu est resté vivace. Le livre de Cornette fait comprendre qu’un pays peut se fondre dans une unité plus grande, mais sans abandonner ses droits à la singularité.

La France n’a pas ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires : le breton et la Bretagne feraient-ils toujours peur à Paris ?
Le feuilleton jamais clos de la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires illustre, en effet, la mauvaise grâce que la France montre à l’expression de la diversité culturelle. En proclamant que « la langue de la République est le français », en refusant les amendements qui auraient permis de manifester le respect dû aux langues minoritaires, en criant à la balkanisation du territoire français dès qu’une proposition de reconnaissance de ces langues, fût-elle modeste, voit le jour, la France révèle sa vieille allergie à la particularité, son goût constant pour l’uniformité. * « Histoire de la Bretagne et des Bretons » (Seuil et en poche chez Points).

* Propos recueillis par Yves Loisel

La Bretagne ? « Une mémoire et un imaginaire »

C’est - on le sent - un grand regret, mais MonaOzouf ne possède pas de maison en Bretagne ! Ce n’est pourtant pas faute d’en avoir beaucoup rêvé. Mais ainsi va la vie... Cela ne l’empêche pas de revenir dans notre région dès qu’elle en a l’occasion. Ses goûts la portent de façon naturelle vers les paysages marins et, notamment, la baie de Morlaix, qu’elle place très haut dans son estime. « Ces paysages bretons, explique-t-elle, leurs couleurs, leur ossature particulière, ont sûrement façonné ma sensibilité ».

Les contes celtiques.
Comme Mona Ozouf le raconte dans « Composition française », elle a été bercée par les contes des répertoires français et celtique. Quand elle les compare, elle se rend compte que « le merveilleux de ce qu’on appelle, au sens large, la "matière de Bretagne", avec la présence permanente du monde invisible dans le monde visible, m’a influencée de façon décisive ». Le contenu de la bibliothèque paternelle était d’une grande richesse et la petite Mona y a puisé sans réserve, ce qui lui fait dire aujourd’hui : « La Bretagne est, tout à la fois, une mémoire (mon livre le raconte tout au long) et un imaginaire ».

Louis et Renée Guilloux.
Élève au collège Ernest-Renan de Saint-Brieuc, où elle est entrée en sixième à l’âge de dix ans, Mona Ozouf a eu le privilège de connaître l’écrivain briochin, auteur, entre autres, du « Sang noir » (1935), et son épouse, Renée, qui a été son professeur de français en troisième. L’un comme l’autre ont été, de façon différente, des guides littéraires sûrs pour la jeune fille : « Louis Guilloux ne dédaignait pas de me donner des conseils de lectures, de me mettre en garde contre les réputations qu’il jugeait usurpées, tout cela avec un mélange d’ironie et de tendresse. Quant à Renée Guilloux, c’était un merveilleux professeur de français qui avait, en particulier, le génie de l’explication de texte. D’autre part, par son ouverture sur les littératures étrangères, russe et anglaise notamment, elle était aussi originale et précieuse ».






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