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René NOUAILHAT

professeur au Centre Universitaire Catholique de Bourgogne

Religion et laïcité à l’école

lundi 14 décembre 1998 20h30


René Mouailhat, professeur d’histoire au centre universitaire de Dijon est l’invité de cette soirée. Le Conseil national des programme du ministère de l’Education (présidé par le philosophe Luc Ferry) a introduit depuis quelques années l’histoire du fait religieux dans les programmes d’histoire en collège et lycée. Centré essentiellement sur les trois religions monothéistes (judaïsme, christianisme, Islam) cet enseignement vise à combler une lacune, à savoir l’inculture religieuse. Une commission en 1984 (Savary), puis une mission de réflexion sur l’enseignement de l’histoire, de la géographie et des sciences sociales (Jospin), présidée par Philippe Joutard, secteur de Besançon ont formé un groupe de travail qui a remis son rapport en septembre 1989 au ministre. En voici un extrait : « C’est donc un pan entier de notre mémoire collective qui est menacé. L’ignorance du religieux risque d’empêcher les esprits contemporains, spécialement ceux qui n’appartiennent à aucune communauté religieuse, d’accéder aux oeuvres majeures de notre patrimoine artistique, littéraire et philosophique, jusqu’au XIXe siècle au moins. Il suffit, par exemple, de parcourir les salles de peinture du musée du Louvre pour se rendre compte de l’importance des sujets religieux, et on peut évoquer pêle-mêle Racine, Descartes, Rousseau ou Victor Hugo, parmi bien d’autres : tous s’inscrivent dans une culture à forte composante religieuse. Cette ignorance ne permet pas non plus d’appréhender nombre de réalités contemporaines dont on mesure de plus en plus l’importance (cf : le Moyen-Orient ou les Etats-Unis). Enfin une diversité religieuse plus grande en France avec le développement d’une importante communauté musulmane, rend plus urgente encore, une large information ». Mais cette implication de l’histoire des religions n’est pas sans poser de problèmes dans une république qui revendique la laïcité. Définie par Jules Ferry comme « neutralité de l’école au point de vue confessionnel », cette laïcité a parfois aussi été interprétée comme une lutte contre la religion. La laïcité d’abstention de Jules Ferry s’est métamorphosée en laïcité d’opposition. Comment donc aujourd’hui enseigner l’histoire des religions sans porter atteinte à la laïcité ? Quelles stratégies mettre en place pour respecer la liberté de conscience ? Autant de questions importantes que René Mouailhat abordera dans sa conférence




Le Télégramme de Brest 16 décembre 1998

Trois enjeux majeurs

La conférence de la Liberté de l’esprit avait pour thème, lundi soir au Chapeau-Rouge, " Religion et laïcité à l’aide ". René Nouailhat, universitaire à Dijon, s’est livré pendant plus d’une heure à une sorte de cours magistral, dense et complexe.

" Jusqu’à une époque très récente, il n’y avait pas dans nos écoles, d’histoire des religions ", a d’emblée souligné René Nouailhat. " Seule l’histoire politique, économique ou des mentalités était enseignée. Cette situation a conduit à une véritable inculture religieuse ".

A la demande de la très laïque Ligue de l’Enseignement, consciente que l’ignorance religieuse risquait, à moyen terme, d’empêcher les esprits contemporains d’accéder aux œuvres majeures de notre patrimoine artistique, littéraire et philosophique, une initiation aux trois grandes religions monothéisetes (christianisme, judaïsme, islam), a été réclamée en 1982.

Savoir, encensoir et ostensoir

" Les codes essentiels n’étaient plus connus. Comment, par exemple, pouvait-on expliquer à un enfant " Harmonie du soir " de Baudelaire sans qu’il sût la signification des mots encensoir et ostensoir ? ".

Et l’universitaire de reprocher aux manuels scolaires d’avoir rétrospectivement projeté une version laïque contemporaine à des sociétés qui ne l’étaient pas. " D’emblée, les ouvrages séparaient le religieux du vécu des individus. Or, dans l’Antiquité ou le Moyen Âge, tout était religieux ".

Au final, l’introduction de l’histoire des religions à l’école ouvre trois enjeux majeurs. Les religieux n’ont plus le monopole de la présentation de la religion (" finies les chasses gardées " souligne Nouailhat.) L’école, qui avait toujours été en réserve par rapport à la religion, doit désormais en parler et en débattre (" cela peut la revivifier "). Enfin, à " une laïcité d’exclusion " doit se substituer " une laïcité d’intégration des religieux ", apte à susciter la curiosité et le goût des religions sans esprit de propagande.




Messages

  • Bonjour Monsieur,

    Bravo pour votre texte. J’ai basculé votre article sur mon blog ScoopIt (http://www.scoop.it/t/spiritualite-mythes-psychologie) ou je sélectionne les articles et infos intéressantes sur la spiritualité, les mythes et la psychologie. En voici le petit mot que j’ai ajouté :

    Présentation intéressante du texte de René Nouailhat qui relève la double étymologie du terme religion : religare et relegere. Alors que la plupart des gens ne voient que religare (relier-amarrer) relegere est passionnant comme étymologie puisque venant de legere qui signifie "lire" mais en premier "lier ensemble" (comme des épis pour en faire de gerbes) ce qui est proprement l’action de lire puisqu’on lie ensemble les lettres qui forment un mot, les mots qui forment une phrase, les phrases un texte, les textes un livre, les livres une pensée, les pensées une culture, et on ne sait où arrêter cette métaphore. Elle nous donne l’image sinon de Dieu, du moins de l’infini, et de la spiritualité... enfin débarrassée de sa gangue religieuse et de l’obligation de croire. Ce qui pollue toute religion est l’obligation : que ce soit de croire, ou même simplement de respecter des rites (comme c’était le cas avec les religions grecques et romaines qui n’étaient pas basées sur la croyance). J.L.

    Je travaille moi-même sur l’analyse des grands mythes antiques et notamment bibliques et sur une analyse du phénomène du fanatisme qui ne se limite pas aux religions (nazisme et communisme l’ont prouvé). Si cela vous intéresse vous pouvez télécharger gratuitement mes écrits sur : http://www.spiritualite-libre.com/
    Très cordialement.
    Jacques Laffitte



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