La Liberté de l'esprit La liberté de l'esprit
Association créée en 1989
Contribuer au débat citoyen sur les questions de société
Conférences et débats en Cornouaille
  Qui sommes-nous ?  |  Prochaines conférences  |  Saisons précédentes  |  Les conférenciers  |  Contact

Accueil > Politique > Jean-Claude GUILLEBAUD

Jean-Claude GUILLEBAUD

écrivain essayiste et journaliste

La démocratie est-elle en voie de disparition face au marché ?

jeudi 27 janvier 2000 20h30


Le journaliste Jean-Claude Guillebaud animera un débat sur le thème : « Face au marché, la démocratie est-elle en danger ? ». Né en 1944, à Alger, licencié en droit, diplômé d’études supérieures de sciences criminelles, Jean-Claude Guillebaud a commencé une carrière de grand reporter à Sud-Ouest (1965-1972) avant de rejoindre « Le Monde » (1972-1980). Il est grand reporter au Nouvel Observateur depuis 1989 et éditorialiste à Sud-Ouest depuis 1986. Depuis 1969, il a publié 18ouvrages ; dont, en 1988, « La tyrannie du plaisir » (Prix Renaudot-Essai). En tant que producteur de magazines télévisés, on lui doit notamment « Vive la crise » en 1984, ou bien encore la série « L’histoire immédiate » (1987-1990). Fondateur (et directeur de 1986 à 1988) des éditions « Arléa », Guillebaud est par ailleurs conseiller littéraire et directeur de collections aux éditions du Seuil depuis 1978. « Le siècle qui se termine nous laisse affolés de massacres et abasourdis d’inventions », estime-t-il. « Notre angoisse vient du fait que le progrès court plus vite que la pensée et ne semble maîtrisé par personne ». La loi du marché, il s’en méfie évidemment. « Au-delà d’une certaine limite, l’individualisme se retourne contre la liberté. Il nous faut nous resouvenir de valeurs communes ».




29/1/2000

Jean-Claude Guillebaud :le marché contre la démocratie

« Non au nouveau dogmatisme du tout-marché ». L’écrivain, journaliste et éditeur Jean-Claude Guillebaud refuse ardemment la logique totalitaire du néo-libéralisme et l’a fait savoir jeudi soir, au Chapeau-Rouge, dans le cadre d’une conférence organisée par « La Liberté de l’esprit ». Le ton est ferme et emprunte au discours de Zola. « Je n’accepte pas » martèle d’emblée Guillebaud. Au banc des accusés : le sacro-saint marché. Et ses turpitudes : montée en puissance des inégalités, chômage massif. Celui qui se présente comme un « homme en colère et non un homme d’appareil » n’en démord pas : le politique a démissionné ; la société est devenue une simple auxiliaire du marché. « Un processus qui remonte à 1983 », rappelle-t-il. « Comment s’étonner par là même des forts taux d’abstention aux élections ? ». Passé ce terrible constat, Guillebaud dissèque brillamment l’antinomie qui sépare marché et démocratie. « Pour le premier, un franc vaut une voix. Chez le second, un homme équivaut à une voix. Une différence philosophique fondamentale ». Et une lutte à armes inégales. « La logique brutale et immédiate du marché grignote progressivement la logique démocratique, fatalement lente, hasardeuse, et parfois non rentable », s’inquiète le pamphlétaire. « La bourse devient le seul arbitre ». L’abandon du bien commun et de la cohésion sociale a créé, selon lui, une société atomisée, générant sa propre violence. « Voyez nos écoles ! » s’indigne-t-il. « Et la dérive pénale des démocraties modernes, des États-Unis surtout. Nos sociétés ont peur et veulent qu’on les protège de leurs propres peurs par plus de carcéral. ». Une tentation ou inclination de la société de marché qui participent d’une logique totalitaire. « Le libéralisme a emprunté à son adversaire communiste tous ses défauts », explique Jean-Claude Guillebaud. « Pour reprendre l’expression de Bernanos : le mensonge a changé de répertoire ». Et l’essayiste de constater : « Seuls les mots ont changé. La trouille de l’anti-libéralisme a gagné tous les pores de la société. Et quiconque sort du « Cercle de la raison » cher à Alain Minc quitte l’économie scientifique ». L’intellectuel refuse pour autant d’associer sa pensée à celle de l’ultra-gauche. « Il serait irréaliste d’opposer le contrat social de l’après-guerre au marché. Car celui-ci est le meilleur instrument pour fabriquer de la richesse ». Guillebaud se défend donc de tout « discours de la nostalgie ». Mais quel chemin souhaite-t-il emprunter ? La question est restée sans réponse.



J.-C. Guillebaud : " Je n’accepte pas ! "

Plus de trois cents personnes ont écouté, jeudi soir, Jean-Claude Guillebaud à la prenière conférence du siècle de la Liberté de l’esprit. Il a traité du thème : " Face au marché, la démocratie est-elle en danger ? "

" J’ai cinquante-six ans, je n’ai pas un passé de militant mais je me sens de plus en plus en colère ".

Devant la salle du Chapeau-Rouge bien remplie, le journaliste, écrivain, producteur, et ancien président de Reporters sans frontières, donne tout de suite le ton de sa conférence. Celui de la révolte, des questionnements sur un avenir qui nous échappe plus qu’on ne le croit : " Je ne veux pas accepter de vivre dans une société riche avec 10 millions d ‘exclus, je ne veux pas vivre dans une société où le sacrifice de milliers de familles fait le bonheur des boursiers. On nous présente cela comme une fatalité. Je n’accepte pas qu’on désigne des réalités sur lesquelles je n’ai aucune prise. " Tu n’as qu’à te soumettre ", " Nous n’avons pas le choix ", entend-on chaque jour. On ne nous propose qu’une seule voie praticable et il faut s’adapter. Pourquoi ne supprime-t-on pas Matignon, le ministère des Finances, des Affaires siociales ? Un répondeur automatique suffirait ! "

Et il rappelle que les citoyens se détournent de plus en plus des politiciens, il se réjouit aussi de voir que certains, de plus en plus nombreux, commencent à réagir : " Les citoyens sont de moins en moins jobards : " Le monde n’est pas une marchandise (Seattle), Davos séduit de moins en moins, cette banquise commence à fondre, la société et l’histoire commencent à se mettre en route ".

Note d’espoir dans un discours au fer rouge où Jean-Claude Guillebaud vilipende le pouvoir qui accepte que le marché grignote le terrain de la démocratie, mais s’attaque aussi aux médias passifs et aux journalistes qui parlent d’avenir radieux et tiennent tous le même discours à quelques variantes près : " Le libéralisme est une idéologie qui ne s’avoue jamais comme idéologie mais qui est une désactivation de la fonction critique. Il s’agit d’un totalitarisme d’un genre nouveau ". En concluant, le conférencier ajoute : " Nous n’acceptons pas de laisser le monde à un destin qui ne serait pas humain ".

Le débat a ensuite abordé des problèmes très divers comme la parité : " Donner un coup de pouce, cela en vaut la peine même si ça contrevient aux principes de la République ".

Davos, sujet d’actualité, a été évoqué. Il a qualifié cette rencontre de rendez-vous mondain et de " bunker idéologique ".

Jean-Claude Guillebaud a également conseillé au public de faire comme lui, c’est-à-dire d’aller à la découverte des trésors d’internet où se déploie une vie militante très active qui lui a permis de prévoir les événements de Seattle.

Mais si dans le public, certains désespéraient de cette lutte entre le pot de fer et le pot de terre, lui, gardait une note d’optimisme : " J’ai cette espérance américaine, je crois toujours qu’à la fin, la cavalerie arrivera pour nous sauver ". La démocratie a donc encore une chance de s’en sortir !

On retrouvait dans cette soirée les mêmes ingrédients uu’au débat de l’association " Attac " après le film de Michael Moore, mais énoncés clairement avec une énergie autrement plus convaincante même si, là encore, en sortant de la salle, il nous reste un goût d’inachevé. Que proposer concrètement face au libéralisme conquérant et comment défendre efficacement la démocratie défaillante ? José Bové suffira-t-il ?

Michelle SÉNANT,



Biographie

Jean-Claude Guillebaud est un écrivain essayiste et journaliste français connu pour ses reportages importants dans le monde des idées.

Il est né à Alger en 1944. Journaliste au quotidien "Sud Ouest", puis au Monde et au Nouvel Observateur, il a également dirigé Reporters sans frontières. Il a été lauréat du Prix Albert Londres en 1972. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il tient une chronique hebdomadaire sur la vie des médias dans le supplément télévision du Nouvel Observateur et une chronique d’observation de la société et de la vie politique françaises dans l’hebdomadaire catholique La Vie. Au printemps 2007, il parraine l’agence de presse associative Reporters d’Espoirs, née d’une réaction salutaire de la corporation journalistique, dont beaucoup de membres n’en peuvent plus des aspects les plus obscurs de la société du spectacle.




Messages



Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

La liberté de l'esprit, c/o Maison des associations, 53, impasse de l'Odet, 29000 QUIMPER
SPIP | | Suivre la vie du site RSS 2.0