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Jean-François KAHN

journaliste

Les medias et la désinformation

mardi 5 décembre 2000 20h30

Informations non vérifiées (le charnier roumain de Timisoara en 1989) ou tenues secrètes (le nuage de Tchernobyl en 1986) ; interviews truquées (le vrai-faux face-à-face Castro-Poivre d’Arvor à Cuba) ou plus récemment « la non élection d’un président élu » aux Etats-Unis ; les médias n’échappent pas aux dérapages.




le 7 décembre 2000

Jean-François Kahn discourt sur « la pensée unique médiatique »

« La presse n’a jamais été aussi libre. Mais où donc est passé l’esprit critique de la corporation journalistique ? » Avant-hier, à l’invitation de La Liberté de l’Esprit, Jean-François Kahn a décortiqué avec la verve et le brio qu’on lui connaît les mécanismes de la « pensée unique médiatique » devant plus de 700 auditeurs.

Jean-François Kahn en est farouchement convaincu : « L’idéologie médiatique n’a plus de distanciation critique ». Un état de fait se traduisant par un « discours unique spontané ». « En toute liberté, les journalistes ont aujourd’hui tendance à penser la même chose ». Comment expliquer l’« unicité de la pensée » journalistique ? Le fondateur de Marianne explore pêle-mêle trois pistes. La première a pour nom la mondialisation. « A système économique unique, discours unique », affirme-t-il. Deuxième accusée : la publicité. « La pub incite à penser comme les autres. C’est plus viable économiquement ». Autre instrument du « discours unique » : la restriction du pluralisme de la presse. « La France compte aujourd’hui cinq quotidiens nationaux dont un à l’agonie et un autre qui l’est presque, note « JFK ». Pire : les journaux dits de référence sont faits dans la même ville par des gens qui fréquentent les mêmes endroits et partagent le même passé d’anciens soixante-huitards convertis avec zèle au néo-libéralisme ». Tout, quand même, ne révulse pas Jean-François Kahn dans cette nouvelle vulgate qu’il résume à du « pancapitalisme nimbé de rose ». « Ceux qui la véhiculent sont au moins favorables à l’Europe ».

« La ligne du parti »

Et Kahn d’accuser cet aréopage néo-libéral de « criminaliser la pensée minoritaire » comme le faisaient les staliniens ou les fascistes autrefois. « On a réinventé la ligne du parti », affirme-t-il. Et le thème initial de la soirée - « Médias et désinformation » - dans tout ça ? « En toute bonne foi (guerre du Golfe, Rwanda, Timisoara...) la presse est parfois le véhicule de l’intoxication, sans pour autant en être à la source, a quand même noté en début de conférence Jean-François Kahn. En fin de compte, ce sont les journaux qui finissent par corriger la désinformation ».

* Gilles Carrière



Le conférencier a fait chauffer la salle de 700 personnes
Jean-François Kahn, l’iconoclaste

Jean-François Kahn, l’invité de la Liberté de l’esprit mardi soir, était à la mesure de ce que le public attendait : iconoclaste et plein de fougue pour s’attaquer aux déviances du " quatrième pouvoir " : les médias.

Succès garanti d’avance pour Jean-François Kahn puisque le thème de sa conférence c’était " Médias et désinformation ". Programme alléchant qui attire les foules. 700 personnes étaient présentes qui ont tout de suite frémi en entendant parler du " formidable corporatisme journalistique qui refuse de se remettre en cause quand il s’est laissé intoxiqué ".

Résultat pour lui, le lecteur applaudit tous ceux qui font le procès des journalistes : " Les Chiens de garde ", " L’Omerta française ", " L’Emprise ", autant de succès de librairie passés sous silence dans les médias. " Pourtant c’est un discours démago et dangereux qui peut remettre en cause la démocratie. "

Mais Jean-François Kahn défend quand même une profession qu’il connaît bien puisqu’il est lui-même enfant du sérail : " La presse est le véhicule idéal de la désinformation, de l’intoxication … Mais le journaliste doit aller vite, il n’a pas le temps de vérifier les informations. " Il a fustigé également la pensée unique, le manque de pluralisme, le terrorisme intellectuel. Mais s’il reconnaissait que les journalistes n’ont jamais été aussi libres, il rappelait au passage que beaucoup étaient d’anciens de 68 : " Ils ont tous une même culture de référence, un même cursus et ils ont vu s’effondrer leurs illusions. Maintenant, ils sont néo-libéralistes avec le zèle en plus. La nouvelle vulgate est pour la réduction des salaires mais aussi pour le Pacs. "

Jean-François Kahn a regretté le manque de pluralisme (sauf dans le Finistère qui possède deux journaux concurrents !) et la centralisation de la presse nationale, ce qui n’est pas le cas en Allemagne, en Italie ou aux Etats-Unis : " Cinq journalistes font l’opinion. Il y a un consensus entre eux. Ils se réunissent ensemble. Ils avaient décidé d’avoir " la peau d’Édith Cresson ", sa mise à mort était programmée. "

Le débat qui a suivi l’a amené à prendre position sur sa fonction de journaliste pendant la guerre d’Algérie où, comme d’autres, il a vu et s’est tu : " Je ne voulais pas, en publiant ça, ranimer le climat de guerre civile. Il fallait que les passions s’apaisent. " Dans la salle, une personne regrette que l’on parle pas des tortures du FLN : " il faut tout reconnaître, mais je suis comptable de ce que l’on fait au nom de mes valeurs, de mon pays, de mes principes. Je suis donc plus intransigeant et plus implacable pour ce qui est fait en mon nom ! ".



Biographie

Correspondant au Monde, collaborateur à L’Express puis au Nouvel Observateur, Jean-François Kahn rejoint à la fin des années soixante Europe 1 où il hérite d’une chronique qui souvent irrite le pouvoir. Dès le milieu de la décennie suivante, il occupe des responsabilités importantes dans la presse écrite, au Quotidien de Paris puis aux Nouvelles Littéraires, de 1979 à 1982. A la même période, il fait un passage au service politique d’Antenne 2 qu’il quitte en 1981 pour protester contre l’éviction de Jean-Pierre Elkabbach. A noter au passage que le prestigieux curriculum vitae de « JFK » compte quatre démissions et pas moins d’une demi-douzaine de licenciements, les deux dernières datant de 1996 (France 2 et Europe 1). « Membre de rien » et sans décoration, celui qui à partir du milieu des années quatre-vingt-dix se réclame du « centrisme révolutionnaire », avait fondé avec succès en 1984 L’Evénement du Jeudi. « JFK » dirige aujourd’hui la rédaction de l’hebdomadaire Marianne dont il est également le père. Ce pourfendeur de la « political correctness » fustige selon le Dictionnaire des intellectuels (Seuil, 1996) « une forme de pensée dominante qui aseptiserait l’information et ferait d’un clan d’intellectuels le maître de l’intelligence ». Kahn est également l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels « La guerre civile : essai sur les stalinismes de gauche et de droite » (1982), « Tout change parce que rien ne change » (1994), « La pensée unique » (1995). Jean-François Kahn, « Médias et désinformation ».






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