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Philippe ENGELHARD

économiste et philosophe

Les économies criminelles

jeudi 8 novembre 2001 20h30


Philippe Engelhard enseigne actuellement à l’Université du Maine la théorie économique et la géopolitique. Il a publié de nombreux ouvrages, articles et études consacrés principalement au développement, à la mondialisation et à l’éthique. Ses ouvrages les plus récents sont « L’homme mondial » (Arléa, 1996), « La troisième guerre mondiale est commencée » (Arléa, 1997), « L’Afrique, miroir du monde : plaidoyer pour une nouvelle économie » (Arléa, 1998), « La violence de l’histoire » (Arléa, 2001). « Les économies criminelles : des racines des conséquences »




10 novembre 2001

« Mondialisation, pauvreté et violence » : un avenir dessiné de noir

« Mondialisation, pauvreté et violence » étaient au programme de la Liberté de l’esprit, jeudi soir à la salle du Chapeau-Rouge. Un exposé dense, passionnant, passionné, mais guère optimiste de l’économiste Philippe Engelhard, qui ne voit pas de lueur d’espoir dans l’avenir immédiat.

La mondialisation : le terme revient à tout bout de champ, dans les médias ou au fil de la conversation. Ce mouvement s’est accéléré dans les années soixante-dix, avec le « gonflement des échanges commerciaux et la multi-nationalisation des entreprises à l’étroit dans les limites des marchés nationaux ». C’est ainsi, note Philippe Engelhard, que les exportations ont plus que doublé à l’échelle mondiale entre 1971 et 1972. Cette multiplication accélérée des échanges n’a pas été sans conséquences : « Stagnation, voire baisse des salaires réels, productivité accrue, précarisation des emplois, dégradation des conditions de travail ». Cette globalisation, contrairement à beaucoup d’idées reçues, s’est faite sans les pays du Sud. « A la mondialisation des capitalistes répond, en effet, la mondialisation des pauvres, avec sa myriade de micro-entreprises, dont les parts de marché dépassent également le cadre national ».

L’économie du crime

Sur ces deux économies se greffe une troisième, dont le poids « correspond à lui seul au PIB de la France », celle du crime. A l’avenir, cette division du monde est source de très dangereux déséquilibres. Engelhard se garde bien de diaboliser le concept même de mondialisation, inscrit, dit-il, « dans la logique des activités humaines depuis l’Homo Sapiens ». Il regrette, toutefois, que nous n’ayons pas su « discipliner ce processus quand il en était encore temps ». Constatant, amèrement, que « les méandres de l’Histoire n’ont pas permis à toutes les sociétés de produire leur propre modernité » (le cas du monde arabo-musulman « crispé dans ses traditions » en est un exemple frappant), Philippe Engelhard croit y déceler l’une des causes du terrorisme international : « L’économie de pauvreté ne donne pas seulement des terroristes, mais lui fournit des soldats ». Selon lui, les pays pauvres doivent impérativement se reconstruire « autour d’un projet politique de société démocratique ». Une proposition de bon sens qui implique une véritable « révolution copernicienne ». Engelhard craint, toutefois, qu’elle mette trop de temps à se dessiner...

* Gilles Carrière



Un tragique face à face avec Philippe Engelhard L’économie criminelle et la mondialisation

Dans la salle du Chapeau Rouge, jeudi soir, Philippe Engelhard est particulièrement en verve et devant lui plus de 350 personnes sont tout ouïes pour essayer de comprendre les économies criminelles.

Philippe Engelhard, qui enseigne à l’université du Maine au Mans, est économiste, mais se veut économiste de terrain d’abord. Une longue expérience d’enseignant à Dakar l’a mis en face de la réalité du tiers monde : " A Dakar, il y a cinq incidents majeurs par jour qui peuvent dégénérer en émeute ", c’est de la dynamite et c’est aussi le reflet de ce qui se passe dans le monde entier avec 4 milliards d’humains en dehors de la modernité et 20% des pauvres qui se partagent 1% du revenu mondial : " un milliard d’hommes doivent vivre avec 1 dollar par jour ! ".

En face de cela, il y a l’OMC qui tente d’organiser le marché mondial, un marché avec des réglementations draconiennes adaptées aux plus riches au détriment des plus pauvres qui n’ont aucune chance de s’intégrer à l’économie mondiale. Alors, parallèlement, il y a l’économie informelle, populaire, myriade de petites entreprises rurales, la mondialisation des pauvres et entre ces deux mondes, l’économie mafieuse qui profite de cette réserve énorme d’hommes qui vivent dans le non-droit, des pauvres gonflés par le ressentiment devant l’arrogance des pays riches. Philippe Engelhard a tenté de trouver où la césure s’était faite dans le temps entre des hommes qui, au départ, ont tous le même cerveau. La mondialisation pour lui n’est pas en cause : " Elle a toujours existé " ; c’est plutôt la façon dont elle se déroule, sans tenir compte des violences de l’histoire, des guerres, de la colonisation européenne qui a stoppé l’évolution de plusieurs civilisations, les a humiliées. " Les pays qui ont résisté à la colonisation ont un développement plus rapide, exemple le Japon, la Chine, la Thaïlande ". Il constate aussi que des pays anciennement colonisés où appartenant à un empire effondré, quel qu’il soit, ont gardé l’instinct de révolte et de non respect des lois : " Pas vu, pas pris, société du flou, de la combine, perte de repaires (URSS, Yougoslavie) ".

Le droit, la loi, voilà pour Philippe Engelhard, le nœud du problème et la solution, si il y en a une. Il rappelait ainsi ce que disait Saint Augustin : " La société devient repaires de truands sans les lois " et " Les économies ont besoin d’un droit universel, cosmopolite (Kant) ". Des lois qui réglementeraient le marché en tenant compte des hommes, " Une éthique commune qui atténuerait les effets de l’Histoire même si elle ne les efface pas ". Une écoute des plus pauvres pour accompagner leurs projets, leurs initiatives, les aider à décoller et non pas leur imposer nos propres idées, nos concepts.

Il y a urgence, si non la loi sera imposée par des groupes fanatiques et intolérants.




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