La Liberté de l'esprit La liberté de l'esprit
Association créée en 1989
Contribuer au débat citoyen sur les questions de société
Conférences et débats à Quimper
  Qui sommes-nous ?  |  Conférences à venir  -  précédentes  |  Les conférenciers·cières  |  Contact - adhésion

Accueil > Sciences humaines et sociales > Économie > David Djaiz

David Djaiz

haut fonctionnaire, enseignant à Sciences Po Paris

Libéralisme, mondialisation et... la démocratie ?

jeudi 16 janvier 2020 19h00

David Djaiz a publié "Slow Démocratie" chez Allary Éditions (2019)

Peut-on reprendre le contrôle d’une mondialisation débridée dont les dégâts se font sentir chaque jour sur la démocratie, l’environnement et la justice sociale  ? Oui. Grâce aux nations.


Un tel propos peut paraître contre-intuitif à tous ceux qui voient la nation comme un totem identitaire. Mais ce livre montre qu’elle reste le levier le plus efficace pour ne plus être les témoins impuissants des dérèglements en cours.

Humanistes, progressistes, sociaux-démocrates, écologistes  : n’ayons plus peur de nous en saisir  ! Car il y a urgence. Les classes moyennes occidentales laminées ne veulent plus d’un système qui profite d’abord aux élites. Gilets jaunes en France, Brexit en Angleterre, Trump aux États-Unis, Orbán en Hongrie, Salvini en Italie, mais aussi Bolsonaro au Brésil  : les peuples crient leur colère et veulent reprendre le pouvoir, souvent sous les traits de l’homme fort. Une internationale d’extrême droite se met en place. La démocratie libérale que l’on croyait indéracinable est en danger de mort.

Alors remettons la nation démocratique au cœur de l’agenda progressiste. Arrachons-la des mains des identitaires et des anti-européens qui la réduisent à des fantasmes nationalistes. Prenons conscience qu’elle est plus nécessaire que jamais pour équilibrer la mondialisation. Aimons-la. Elle seule nous permettra de concilier démocratie, mondialisation et écologie, d’aller vers une Slow Démocratie.




Messages

  • La Slow Démocratie,

    Dans son ouvrage " La Slow Démocratie ", David Djaîz commence par nous rappeler des événements historiques qui ont permis après la fin de la guerre de 1945 d’instaurer des Etats-Providence en Europe et une certaine socialisation de l’économie aux Etats-Unis . Il nous montre aussi comment l’enchaînement des faits historiques qui se sont déroulés par la suite ont abouti à implanter et à développer des économies libérales tendant à diminuer grandement l’interventionnisme d’Etat .

    D’après les accords de Bretton Woods en juillet 1944 jusqu’en 1971,le cours du dollar est ancré sur l’or ( l’once d’or valant 35 dollars) : c’est le système du Gold-Exchange Standard . Ces accords passés dans cette ville du New Hampshire aux Etats-Unis entre 44 pays faisaient du dollar la monnaie mondiale de référence autour de laquelle gravitent toutes les autres devises .
    Cet ancrage du dollar sur l’or empêche les Etats-Unis de dévaluer leur monnaie pour réduire leurs déficits . Afin de mettre un terme à ce handicap pour l’économie américaine,le président Nixon décide brutalement en 1971 la fin de l’ancrage du dollar sur l’or .

    La fin du système monétaire du dollar basé sur l’étalon or à Bretton Woods marque symboliquement la fin des trente Glorieuses . Désormais,le système de changes flottants,c’est à dire de libre fluctuation du cours des devises,décidé par le président Nixon,inaugure une période d’incertitude et d’interdépendance accrues entre les nations . Pour réduire ses déficits,les Etats-Unis pratiquent la dévaluation . La chute du cours du dollar mécontente les pays exportateurs de pétrole payés en dollars . Ces derniers décident donc d’augmenter brutalement le prix du pétrole en 1973 . C’est le premier choc pétrolier qui entraîne une très forte hausse des coûts de l’énergie dans les nations occidentales et le début d’une phase de " stagflation " c’est à dire des ralentissements de la croissance,doublée d’une forte inflation .

  • Slow Démocratie

    Les ménages occidentaux à partir des années 1970 sont équipés largement en biens de consommation durables et semi-durables . Donc l’appareil productif ne pouvant vendre assez sur son marché intérieur national,se tourne vers les marchés extérieurs . Le taux d’ouverture des économies nationales augmente en quelques années vers le marché international . Alors que le taux moyen dans l’immédiat d’après guerre était inférieur à 10%,il croît très fortement rapidement dans les années 1970,grâce à la révolution du transport maritime ( développement des porte-conteneurs ) et à l’entrée des pays à bas salaire,à commencer par la Chine de Deng Xiaoping à partir de 1978 . De 11% en 1967,le taux d’ouverture mondial grimpe à à 20% en 1980 .

  • Slow Démocratie

    A partir du moment où le taux d’ouverture économique mondial grimpe à 20 % en 1980,les politiques économiques keynésiennes pratiquées constamment durant les Trente Glorieuses ne fonctionnent plus . En effet, " la relance keynésienne " dans un seul pays ne fonctionne que si ce pays est très peu dépendant du reste du monde . L’école de pensée du néo-libéralisme en profite pour s’imposer . Pendant les événements de 1968,les milieux politiques et économiques conservateurs ont peur . Les personnalités influentes du monde économique font pression sur les divers pouvoirs politiques successifs à partir des années 1970 pour adopter les thèses du néo-libéral Walter Lippmann . Son axiome est que tout gouvernement a besoin pour fonctionner d’une certaine dose d’apathie et de non-participation du peuple aux affaires publiques .

    Les experts qui fabriquent les normes s’abritent derrière la technicité du sujet pour justifier une réduction maximale du débat politique . Puisque les grandes questions économiques et sociales sont de plus en plus prises en charge par des institutions et des collèges d’experts détachés de la démocratie nationale,que reste t-il à discuter et à décider dans les institutions démocratiques nationales ?
    Principalement ce qu’on appelle aujourd’hui les questions sociétales . En 2015,pour justifier le passage en force de la troîka de l’U E contre la Grèce,le ministre allemand des Finances de l’époque Wolfgang Schaüble a déclaré : " Il est impossible de laisser des élections influencer la politique économique " . Il ne faut pas s’étonner ensuite que cet extrémisme ultra-libéral entraîne par voie de conséquence des partis politiques extrémistes . Les extrêmes ainsi se rejoignent .

  • Slow Démocratie,

    Moins de 20% des citoyens européens sont aujourd’hui favorables à de nouveaux transferts de compétences de leur Etat-Nation vers l’Union Européenne . L’Union Européenne ne fait rien de très significatif contre les comportements non coopératifs comme le dumping fiscal ou social . Encore mieux,certains organes européens consacrent le moins-disant social comme une pratique constitutive de la construction européenne .

    Dans notre pays, en France,des sénateurs et des députés dans notre Parlement National accusent l’UE de la dérégulation économique et sociale . Cependant nos éloquents parlementaires oublient de préciser qu’ils peuvent refuser les directives édictées par Bruxelles . La décision finale appartient à notre Parlement National . Les citoyens abusés à la fois par ce double langage et ce double jeu ne se laissent plus duper . Il s’ensuit des protestations et des contestations populaires .

    La crise de confiance envers notre gouvernement et notre parlement entraîne un coup de cafard des peuples . C’est pourquoi un électeur sur quatre vote désormais pour un parti populiste qu’il soit d’extrême gauche ou d’extrême droite .

    Dans un autre chapitre une ONG fondée par Patri Friedman,petit fils de Milton Friedman qui fut l’un des papes du néo-libéralisme, a passé en 2017 un accord avec la Polynésie Française pour la construction d’une île pilote artificielle dans ses eaux territoriales . Ces îles artificielles dénommées Seasted,sont des plates-formes flottantes écologiques conçues pour " offrir une réponse au défi du changement climatique " et " explorer de nouvelles manières de vivre ensemble " .

    Derrière la langue de bois de rigueur,le projet vise en fait à établir une communauté d’ultra-riches soudés par des convictions libertariennes .
    Là-bas tout ne serait que luxe,calme et volupté . Pour le milliardaire polyentrepreneur Peter Thiel,la liberté individuelle et la démocratie ne sont pas compatibles,il est donc urgent de construire selon lui des communautés délivrées du système de contraintes étouffantes que les nations démocratiques font peser sur les individus . La sécession institutionnelle du libéralisme,portée ici à son point extrême,s’accompagne d’une sécession sociale et territoriale .



Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

La liberté de l'esprit, boite à lettres n°65, 1 allée Mgr Jean-René Calloc'h, 29000 Quimper
SPIP | | Suivre la vie du site RSS 2.0