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Jérome Fourquet

analyste politique, directeur du département Opinion à l’IFOP

La France, une nation multiple... et divisée

mercredi 23 octobre 2019 19h00

En quelques décennies, tout a changé. La France, à l’heure des gilets jaunes, n’a plus rien à voir avec cette nation une et indivisible structurée par un référentiel culturel commun. Et lorsque l’analyste s’essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c’est un archipel d’îles s’ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur.


Jérôme Fourquet, analyste politique, directeur du département Opinion à l’IFOP est l’auteur de "L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée" paru au Seuil

C’est que le socle de la France d’autrefois, sa matrice catho-républicaine, s’est complètement disloqué. Jérôme Fourquet envisage d’abord les conséquences anthropologiques et culturelles de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de pratiques comme le tatouage et l’incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l’animalité (le veganisme en donne la mesure). Mais, plus spectaculaire encore, l’effacement progressif de l’ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d’« archipelisation » de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d’un réduit catholique, instauration d’une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes (comme l’illustre, par exemple, la spectaculaire diversification des prénoms).

À la lumière de ce bouleversement sans précédent, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l’agrégation des intérêts particuliers au sein de coalitions larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l’élection présidentielle de 2017 et les suites que l’on sait…

Avec de nombreuses cartes, tableaux et graphiques originaux réalisés par Sylvain Manternach, géographe et cartographe.


Voir en ligne : https://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%...




Messages

  • Le Monde 5 octobre 2019

    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/10/05/jerome-fourquet-l-esprit-sondeur_6014301_4500055.html

    Jérôme Fourquet, l’esprit sondeur

    Par Jean-Michel Normand Publié le 05 octobre 2019

    Portrait d’une société fragmentée et déboussolée, son ouvrage, « L’Archipel français », prête le flanc à la récupération politique. Le directeur du département opinion de l’IFOP le déplore, mais préfère être instrumentalisé qu’ignorer les vérités, parfois dérangeantes, des statistiques.
    Jérôme Fourquet n’est pas de ces sondeurs tirés à quatre épingles et au verbe haut qui distillent leurs punchlines tout en ménageant la chèvre et le chou. Lui cultive le look passe-muraille et n’est pas du genre à faire son show. Il court les plateaux de télévision, de « C dans l’air », sur France 5, où il a son rond de serviette, à BFM-TV, mais n’intervient que lorsqu’on le sollicite. « On ne m’a pas appris à couper la parole », se justifie-t-il.
    Le directeur du département opinion de l’IFOP est devenu la coqueluche des médias en passant au gant de crin la société française avec une absolue placidité, assénant des vérités pas toujours agréables à entendre d’une voix toujours posée. Prix du livre politique 2019, son ouvrage L’Archipel français, naissance d’une nation multiple et divisée (Le Seuil), diffusé à près de 70 000 exemplaires depuis le printemps, est devenu la bible de ceux qui ont affaire avec le suffrage universel. Près de 400 pages constellées de cartes et de courbes, qui détaillent l’éclatement d’un pays en multiples îlots qui s’ignorent, voire se dédaignent.
    Lire aussi « L’Archipel français » : une nation multiple et divisée
    Depuis la sortie de son livre, Jérôme Fourquet s’est découvert une vocation de parraineur de controverses, même s’il jure n’y prendre aucun plaisir particulier. Si ce politologue de 46 ans, réservé mais empathique, fait autant jaser, c’est qu’il s’aventure, entre autres sujets, sur le délicat terrain du rapport de la société française à l’islam. Il l’a abordé en épluchant sans tabou la prévalence croissante de prénoms d’origine arabo-musulmane donnés aux nouveau-nés, constat qui reflète selon lui une « réaffirmation identitaire ».Ses recherches font apparaître une proportion de 18,8 % d’enfants de sexe masculin nés en 2016 en France avec un tel prénom. Un pourcentage qui grimpe à 30 % en Seine-Saint-Denis. En affinant encore ces données, il observe aussi que la fréquence des mariages mixtes s’inscrit en recul. Ces travaux, menés avec son acolyte Sylvain Manternach, un as de la cartographie, sont le fruit d’un long travail de fourmi. Il leur a fallu lister les prénoms les plus représentatifs (d’où la décision de s’en tenir aux garçons, les noms de filles comme Sarah, par exemple, pouvant prêter à confusion), dépouiller l’historique de l’état-civil, analyser les données par département. Lire aussi Yanis, Sarah ou Inès : quand l’intégration se lit dans les prénoms des petits-enfants d’immigrés
    « Lorsque l’on a vu émerger les fameux 18 %, on s’est dit que ce chiffre allait faire du bruit mais on n’allait quand même pas refermer le couvercle par crainte de la récupération politique », soupire le sondeur. Il n’a pas été déçu. Devant cette statistique, Éric Zemmour jubile, saluant un travail « remarquable et hardi ». « Sa découpe sociologique de la France par l’analyse des prénoms va révéler ce que dissimulent obstinément nos élites universitaires, politiques, médiatiques », s’enthousiasme en mars le polémiste sur FigaroVox. Retour de flamme le 19 septembre lorsque Fourquet apparaît, bras croisés, à la « une » du Point consacrée à « ce que pensent les musulmans en France ».
    Les statistiques contre le populisme
    Le sondage qu’il a piloté fait apparaître que 67 % d’entre eux sont tolérants envers l’homosexualité mais pointe qu’un quart pense que la charia devrait s’imposer par rapport aux lois de la République. Une opinion partagée par 20 % des bac + 5 se déclarant musulmans. L’aile la plus droitière de LR en fait aussitôt son miel. Commentaire d’Éric Ciotti sur Twitter : « Face au communautarisme islamiste qui croît et menace la République, il faut stopper l’immigration et refaire de l’assimilation le cœur de notre politique d’intégration. » Pour un sondeur, déclencher ce genre de réaction n’est jamais très bon.
    « Mettre la poussière sous le tapis, c’est tendre la perche à ceux qui entretiennent les théories du complot. La démocratie fonctionne avec des citoyens éclairés. » Jérôme Fourquet
    Jérôme Fourquet, qui ne possède ni compte Twitter, ni compte Facebook, fait le gros dos. « Ce buzz ne m’atteint pas ; je ne suis pas un “digital native”. » Les retours de manivelle le laisseraient donc indifférent ? « Bien sûr que non », finit-il par reconnaître. L’homme, rompu aux us et coutumes d’un milieu qu’il connaît par cœur, juge que l’instrumentalisation politique est un risque inévitable qui vaut la peine d’être couru. Donc, subi. « Le sondeur, comme le journaliste, a pour fonction de donner à voir le réel. C’est vrai qu’il m’arrive d’être un peu remué par des résultats lorsqu’ils arrivent sur mon bureau. Il y a des réalités gênantes, inconfortables, dérangeantes, mais cela fait partie du job. De même que voir certains politiques globaliser et systématiser certains chiffres que je produis pour présenter les musulmans comme un bloc homogène hostile aux valeurs républicaines alors que ce n’est pas le cas, même si certaines opinions minoritaires posent problème », se défend-il.
    Lui pense au contraire que son travail peut aider à se prémunir du populisme. « Mettre la poussière sous le tapis, c’est tendre la perche à ceux qui entretiennent les théories du complot et de la manipulation des chiffres. Historiquement, la dynamique qui a porté le Front national s’est nourrie en partie de l’attitude des pouvoirs publics et de certains médias qui n’ont pas pris en compte l’entière mesure de certaines questions. La démocratie fonctionne avec des citoyens éclairés. » Lorsqu’il détaille la fréquence des prénoms d’origine arabo-musulmane chez les garçons nés en 2016, il n’omet pas de rappeler que « les trois premières victimes de Mohammed Merah, le policier abattu devant les locaux de Charlie Hebdo et près de 10 % des soldats français tués en Afghanistan lors des opérations contre le terrorisme islamique portaient aussi ces prénoms-là ».
    La spécialité de Jérôme Fourquet, ce n’est pas tant de jeter des pavés dans la mare que de passer au crible des phénomènes apparemment triviaux. Des angles morts qui cachent des fils à tirer de la pelote. Fin novembre 2018, au début du mouvement des « gilets jaunes », sa note consacrée au « révélateur fluorescent des fractures françaises », publiée dans le cadre de la Fondation Jean-Jaurès, mettait en exergue les « publics symptomatiques » à l’œuvre autour des ronds-points. Mères célibataires, salariés de la logistique, classes moyennes condamnées par l’étalement urbain à une amère relégation. Du pain bénit pour les commentateurs comme pour les politiques, déboussolés devant un mouvement parfaitement atypique.
    Un regard singulier
    Caroline Roux, qui anime les débats de « C dans l’air » sur France 5, se félicite d’avoir fait de Jérôme Fourquet un pilier de son émission. « Ce n’est pas une bête de plateau. Il a un côté moine-soldat, aux antipodes des experts parisiens, mais il nous fait regarder les choses différemment. Après l’élection de Macron, il modérait l’excitation générale autour des réformes en rappelant qu’il existait aussi une France invisible et insatisfaite. Je le place généralement à l’extrémité du plateau : il est toujours impeccable pour conclure un débat. Et humainement, c’est une crème. »
    Lire aussi Caroline Roux, animatrice de « C dans l’air » : « Les invités ne sont pas là pour faire un numéro de claquettes »
    Dans son austère bureau parisien – sur les murs, une banale carte de France et une vue aérienne d’Eus, village des Pyrénées-Orientales d’où est issue toute sa famille paternelle – Jérôme Fourquet fait de la science politique en 3D là où d’autres en sont restés au noir et blanc. Pour lui, tout est politique. La surreprésentation du tatouage parmi ces classes moyennes menacées de déclassement, qui déclenchent des « émeutes du Nutella », surfent sur Le Bon Coin pour trouver des produits de seconde main et font leurs courses chez Lidl. Il scrute en parallèle la France qui commande sur Amazon, fréquente les hypermarchés classiques et confie si besoin la scolarité de sa progéniture à l’enseignement privé dont il relève, dans son livre, que son recrutement autrefois largement interclassiste s’est considérablement embourgeoisé en milieu urbain. Ses enquêtes, qu’il croise avec les travaux d’autres sociologues et géographes, soulignent comment la France des Kevin et des Dylan épouse celle du vote d’extrême droite mais aussi comment l’intégration des jeunes générations issues de l’immigration progresse à bas bruit. Il met des chiffres derrière la proportion croissante d’enseignants ou de syndicalistes cheminots d’origine étrangère.
    « Mon métier, c’est comme manger du crabe. Ce n’est qu’après avoir tout décortiqué que l’on savoure ce que l’on a dans son assiette. » Jérôme Fourquet
    La chose publique a toujours intéressé Jérôme Fourquet, mais de l’extérieur. Sa vocation n’était pas gravée dans les racines familiales. « Je viens d’un milieu de fonctionnaires catholiques, de droite modérée. J’ai grandi dans la Sarthe, un département moyen, longtemps resté à l’écart de la désindustrialisation ou de l’immigration. » Jeune, il n’a milité nulle part. Sa fascination pour les mécaniques sociales lui serait venue par osmose. « Né en 1973, l’année qui marque peu ou prou la fin du baby-boom et des “trente glorieuses, j’étais d’une certaine manière programmé pour écrire un livre qui décrit les fractures qui ont accompagné le changement d’époque ouvert au milieu des années 1970. » Au sortir de Sciences Po Rennes et d’un DEA de géographie électorale, il tente en vain de décrocher une thèse de recherche en sciences politiques. En 1996, il entre, un peu par défaut, à l’IFOP. Il ne s’y plaît guère et s’en va au bout d’un an et demi pour être embauché à l’institut CSA où il fait ses preuves avant de revenir vers son premier employeur et d’y gravir les échelons. Provincial revendiqué – « Je ne me suis jamais tout à fait senti parisien », assure-t-il – il vit dans le quartier de Charonne avec sa femme et ses deux enfants, qui portent des prénoms, Jean et Constance, en phase avec les réalités sociologiques de l’est bobo de la capitale.
    Boulimie de données
    Plus guilleret que ne le suggère son image, Jérôme Fourquet peut consacrer des heures à passer au peigne fin données statistiques et résultats électoraux. L’aboutissement de ces quêtes procure une forme de jubilation chez cet homme qui préfère partir en randonnée ou s’en aller aux champignons qu’écumer les musées. « Mon métier, c’est comme manger du crabe, professe-t-il. Ce n’est qu’après avoir tout décortiqué que l’on savoure ce que l’on a dans son assiette. » Récemment, il a pris des heures sur ses loisirs pour établir qu’il existe, sur un siècle, une étroite relation entre l’attribution du prénom Marie, marqueur de l’imprégnation catholique, et le clivage politique historique entre l’est et l’ouest de la Sarthe. « Ce genre de trouvaille, ça me fait mon week-end ! » lance-t-il, ravi.
    « Fourquet a l’audace d’aborder des thèmes délicats à manier mais son livre le rapproche de thèses plutôt droitières et cela met pas mal de gens mal à l’aise. » Joël Gombin, enseignant à Sciences Po
    Sa façon de jongler avec les séries statistiques pour en faire jaillir la substantifique moelle épate ceux avec qui il travaille. « Ce n’est pas un pur sondeur. Son esprit curieux le pousse sans cesse à confronter le réel à la représentation que l’on se fait des choses mais il sait rester dans le domaine de l’expertise, en deçà de l’engagement politique », apprécie son comparse Gilles Finchelstein. Le directeur de la Fondation Jean-Jaurès, qui ne cache pas sa proximité avec la gauche socialiste, travaille avec lui de longue date. Ce qui n’empêche pas Jérôme Fourquet de collaborer avec la Fondation pour l’innovation politique, classée plutôt à droite.
    Pour autant, son ubiquité et sa propension à sortir du strict cadre du métier de sondeur et s’en aller picorer sur les plates-bandes des chercheurs en sciences politiques – ce cercle auquel l’accès lui fut naguère refusé au sortir d’un institut d’études politiques de province – font parfois tousser dans un milieu où il faut jouer des coudes pour obtenir de la visibilité. Même si c’est sotto voce, s’expriment quelques réserves. « Fourquet a l’audace d’aborder des thèmes délicats à manier mais son livre le rapproche de thèses plutôt droitières et cela met pas mal de gens mal à l’aise », objecte Joël Gombin, enseignant à Sciences Po et spécialiste de l’extrême droite, avec lequel il a parfois travaillé. « Jérôme ne manque pas de talent pour dénicher des angles d’attaque originaux et capter des signaux faibles, mais la thématique de la fragmentation de la société, franchement, cela n’est pas vraiment nouveau », relève pour sa part Brice Teinturier, plus versé dans l’intelligence artificielle et l’auscultation des réseaux sociaux pour scruter l’opinion que dans les méthodes pragmatiques voire artisanales de son confrère de l’IFOP.
    L’oreille des politiques
    Ce qui pique au vif certains de ses confrères, c’est que les politiques se bousculent pour entendre cette Pythie qui pointe « la fin de la grande classe moyenne » au sein d’une France qui a définitivement largué les amarres du référentiel catholique comme de son homogénéité ethnoculturelle. Un pays qui, faute d’inventer un ciment commun, risque – redoute-t-il à voix basse – de suivre le chemin de l’Amérique qui s’est donné Donald Trump pour président.
    Fourquet appuie là où ça fait mal mais sait mettre des mots sur les maux des décideurs politiques – déjà un début de soulagement. Ces derniers mois, l’auteur de L’Archipel français a donc été prié de se livrer à une vaste tournée des popotes. Jonathan Guémas, conseiller de l’Élysée chargé des discours, l’a consulté – « juste pour échanger », assure Fourquet – de même que « deux ou trois secrétaires d’État ». Il a été invité à s’exprimer devant les militants Les Républicains et face à un aréopage du MoDem. Début septembre, c’était au tour du Campus des territoires de LREM de prendre son cours de sociologie politique.
    « Politiques, éditorialistes, patrons d’entreprise, franchement, ils planent. Pour eux, rien n’existe au-delà du périphérique. » Jérôme Fourquet
    « On lui demande de nous expliquer ces mutations que nous comprenons mal, nous autres élus qui avons le nez dans le guidon », résume Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat qui l’a convié deux fois en quelques mois à s’exprimer devant ses troupes. « Avec son petit costume, il n’a rien d’une diva mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Il est devenu une personne-ressource et il sait parler aux politiques, ce qui en fait est plutôt rare chez les sondeurs », constate l’ancien ministre de la ville de François Hollande.
    Patrick Kanner voit à travers Jérôme Fourquet rien moins qu’un « lanceur d’alerte » qu’il assure même sentir « plutôt à gauche ». L’intéressé refuse vigoureusement d’infirmer ou de confirmer. Il ne voudrait pour rien au monde risquer de compromettre la distance qu’il met, comme tout professionnel de l’opinion conscient de sa réputation et des intérêts de son institut, avec la matière hautement inflammable qu’il manipule.
    La France des concours canins
    Plus il esquisse les douloureux contours de la « France d’après », plus Jérôme Fourquet semble compatir avec l’ancien monde. Ce qui ferait – presque – sortir de ses gonds ce provincial assumé, c’est la « sécession des élites parisiennes » qu’il rudoie dans ses écrits alors qu’il épargne plutôt les élus. « Mon métier me fait souvent rencontrer des gens – politiques, éditorialistes, patrons d’entreprise – qui, franchement, planent. Pour eux, rien n’existe au-delà du périphérique et, subitement, ils découvrent qu’il existe des gens en colère, qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. »Lire aussi Comment les classes favorisées ont rompu avec le reste du pays
    Pour lui, « les fautes de carre intervenues au début du quinquennat viennent du fait que l’on a remplacé une élite politico-administrative, qui avait un minimum d’enracinement – en général, des élus locaux – par une autre, hyperconnectée, venue du secteur privé, qui ne connaît pas la France ». Et de moquer ces parlementaires sarthois de la majorité « qui ont piscine le jour où il faut assister à l’assemblée générale de l’association des maires de leur département ».
    À rebours de ces happy few nombrilistes « qui sont comme des touristes dans leur propre pays », Jérôme Fourquet préfère braquer son microscope sur des réalités plébéiennes mais porteuses de sens. Après avoir passé au crible le vote autour des casernes militaires ou la carte du Parti animaliste aux européennes, il se dit aujourd’hui « intrigué et même un peu fasciné par la France des concours canins ou celle des Country clubs ». Jean-Michel Normand

  • Le Télégramme 24 octobre 2019

    Jérôme Fourquet. Pourquoi la France s’est « archipelisée »

    « Français : vous avez bien changé ! » C’est ainsi que Jérôme Fourquet aurait pu titrer son intervention, mercredi soir, dans le cadre de la Liberté de l’esprit. Depuis des années, le politologue prend le pouls du pays. Y ausculte les variantes culturelles, politiques et sociologiques, résumées dans un essai « L’Archipel français » (Seuil, 2019), qui s’est transformé en authentique petit phénomène de librairie.

    Il y avait un public nombreux - quelque 130 personnes - regroupé dans l’amphi de l’Hôtel Mercure, mercredi, pour l’écouter et l’interroger. Jérôme Fourquet, il est vrai, constitue également un visage familier des téléspectateurs de « C dans l’Air », sur France 5. C’est en outre une expertise reconnue, sollicitée aussi bien par la presse conservatrice (« Le Point ») que progressiste (« L’Obs » et « L’Express »). Et qui s’appuie, dans ses travaux, sur des données chiffrées (difficilement réfutables) de l’Insee et de l’Ifop.

    Quoi qu’il en soit, Jérôme Fourquet considère le « Bing bang » électoral de 2017 comme le résultat d’une mutation tectonique dont les signes précurseurs remontent aux années 1990. La France, rappelle-t-il, a longtemps été structurée en deux blocs : gauche contre droite, rouges face aux blancs, catholiques opposés aux laïcs. Ce dualisme a vécu. En témoigne l’effondrement de la matrice catholique tout comme la marginalisation des forces de gauches traditionnelles : PCF puis PS.

    Un diffus de petites îles

    Au cœur du nouveau dispositif politique campe Emmanuel Macron qui mord sur « la gauche strauss-khanienne et la droite juppéiste ». Un électorat LREM diplômé, concentré des grandes métropoles, proeuropéen. Et qui constitue peu ou prou un cinquième du corps électoral. En face, pour adversaire : le RN de Marine Le Pen qui séduit un Français sur cinq, aussi. Le reste de l’éventail forme un diffus de petites îles. « Le clivage gauche-droite n’est pas mort mais n’est plus primordial. De fait, le PS et LR sont désormais condamnés à jouer en deuxième division », constate Jérôme Fourquet. Cette « France archipel » se manifeste par une sécession des élites (choix de l’école pour les enfants, maîtrise de l’anglais…). Mais aussi par une sécession des milieux populaires, qui cultivent à leur tour une culture de l’entre-soi.

    Ce morcellement du tissu français s’analyse également dans le choix des prénoms très segmentés selon les milieux (populaires, bourgeois) voire les territoires (Corse, Bretagne). À ce titre, « la Loire-Atlantique a toute sa place en Bretagne », lance malicieusement Jérôme Fourquet. Signe de cette France en mouvement : on compte 19 % de prénoms arabo-musulmans recensés annuellement contre 1 % en 1960. « On est, de fait, dans une société multiculturelle avec un degré de diversité sans précédent », constate Jérôme Fourquet.

    Une « stratégie de l’évitement »

    Le chercheur pointe aussi des identités structurées par la consommation. « On n’arrête pas de monter le standing du toujours plus. Ne pas pouvoir consommer, c’est être relégué, passer pour un cas soc’. Le mouvement des Gilets jaunes a été le moteur de cette peur du déclassement », analyse Jérôme Fourquet. Dans un espace constitué d’une multitude de chapelles, la France ne court-elle pas, à moyen terme, vers une forme de libanisation ? « Je ne minimise pas les risques de tensions qui existent dans certains territoires. Mais dans une société hédoniste et individualiste, la guerre est peu probable », rassure Jérôme Fourquet. Bref, les Français font désormais chambre à part (« Chacun va vivre dans son île tranquillement »), dans ce que Fourquet appelle une « stratégie de l’évitement ».

  • La France,une nation multiple et divisée .

    En politique aujourd’hui le clivage gauche droite a été remplacé par la confrontation entre les patriotes et les mondialistes .

    La religion catholique qui réunissait beaucoup de Français pour honorer leurs convictions a beaucoup perdu de son influence . Dès 1964 et 1965,on observe une baisse de la pratique religieuse avec Vatican II quand le prêtre se tourne vers les fidèles . En 1960 33,33% des baptisés allaient à la messe tous les dimanches ou plus . En 2017 ils n’étaient plus que 5% ou 6% . Une ombre portée du christianisme subsiste dans l’Ouest . Elle a entraîné dans cette région une majorité favorable à Macron pour les élections présidentielles et à LREM pour les élections européennes .

    Beaucoup de parents, faisant partie des classes sociales populaires ou de la classe moyenne,donnent des prénoms rares à leurs enfants . L’effet d’imitation des notables ne joue plus . Ces derniers sont considérés comme des gens ayant fait sécession avec le peuple . Aussi entend t-on des prénoms comme Kévin,Dyland,Stève,Jordan . Autrefois le choix du prénom se faisait par le haut de la pyramide sociale vers le bas de la pyramide . Or maintenant les classes sociales populaires prennent l’initiative .

    L’immigration : l’arrivée d’une importante immigration a crée une société multiculturelle . Selon leur origine ethnique,les individus ou les groupes se réfèrent à des critères de valeurs différents . Il s’ensuit des risques de désaccord,de conflits . Le taux de fécondité des Françaises est de 1,86% . Le taux de fécondité arabo-musulman en France est beaucoup plus élevé,3 ou 4 enfants par femme . Toute une partie de cette population a fait un retour à l’idenditaire,à ses origines géo-culturelles .

    En 2005,le non à l’Europe l’emporte de 55% . Un nouveau clivage mondialistes-patriotes se dessine . Dans le même parti politique du Ps une fracture se crée entre les cadres et les ouvriers : 70% des cadres votent oui pour l’Europe tandis que 70% des ouvriers votent non .

  • La France,une Nation multiple et divisée .

    Jérôme Fourquet,né le 8 février 1973 (46 ans) au Mans,est un politologue français . Il est directeur du département "opinion et stratégies d’entreprises" de l’institut des sondages IFOP depuis 2011 . Ses travaux portent notamment sur le Front National et,plus largement, sur les comportements et attitudes politiques en lien avec les religions,l’immigration ou les questions d’idendités . Il est également expert en géographie électorale .

    Les élections présidentielles de 2017 sont la répétition générale de 2007 . Macron est un Bayrou qui a eu de la chance et qui a réussi . Le parti LREM ne s’est pas miraculeusement crée et développé . Il a bénéficié d’un staff financier très puissant composé de milliardaires comme monsieur Rotschild, de presque tous les dirigeants des banques françaises et de plusieurs dirigeants des banques britanniques et états-uniennes . De plus le parti politique LREM est adoubé par les classes sociales supérieures : 40% à Boulogne et à Neuilly,30% à Arcachon .

    Les Gilets Jaunes : Une des plus grandes manifestations des " Gilets Jaunes" caractérisée par sa violence s’est réalisée tous les samedis pendant quelques mois à Bordeaux . Ces événements contestataires sont le produit d’un phénomène de métropolisation au profit des centres-villes des capitales régionales . On observe un embellissement du cœur de ces agglomérations et un enrichissement élevé de ses habitants . Le prix de l’immobilier est parti rapidement à la hausse . Il s’en est suivi une fuite des classes moyennes vers la périphérie au point de les projeter dans l’ombre .

  • La France,une Nation multiple et divisée .

    Une partie de notre peuple, prenant conscience qu’on les refoulait dans l’invisibilité sociale et sociétale, a endossé un vêtement de haute visibilité,le "Gilet Jaune" de l’automobiliste . La partie médiane inférieure de la classe moyenne et les classes populaires manifestent qu’ils n’arrivent plus à boucler les fins de mois malgré un travail sérieux et souvent pénible . Beaucoup commencent à être en déficit au 15 du mois . Les grandes métropoles se sont tournées vers l’international avec la clientèle riche des aéroports .

    Les classes moyennes et les classes populaires qui ont contribué au développement de notre Economie Nationale, ressentent un déclassement économique et social injuste . Par exemple à Bordeaux,le prix du mètre carré de l’immobilier a été multiplié par 2,7 en 15 ans . Il y’a donc eu une augmentation de 270% en 15 ans soit 18% par an .

    Où sont les"Gilets Jaunes" dans l’électorat ?

    Les "Gilets Jaunes" sont présents sur 3 listes séparées . D’après un sondage effectué quelques mois après,13% des Français adhèrent au mouvement des "Gilets Jaunes ;40% sont au Rassemblement National et 15% aux Insoumis .

    La majorité de la population de Bordeaux et en particulier la classe sociale supérieure a voté pour Macron . La décision du 1er ministre Edouard Philippe de faire du LREM un parti de l’ordre a plu à la bourgeoisie qui s’est rassemblée en nombre plus important sous la bannière du Président de la République .

    Chaque année des capitalistes financiers soi-disant français mais plutôt apatrides envoient en fraude entre 70 et 80 milliards d’euros dans les paradis fiscaux en particulier à Jersey et au Luxembourg . L’exportation des capitaux est permise à condition de les déclarer au Trésor Public Français . Or ce n’est pas le cas . Ces coupables jamais poursuivis appartiennent à la classe sociale dominante composée d’énarques,de polytechniciens,d’anciens élèves de HEC et d’écoles privées d’enseignement supérieur des finances . Or le Ministère des Finances a facilement les moyens de les épingler . Mais il ne le fait car les loups ne se mangent pas entre eux .

  • La France,une Nation multiple et divisée .
    Exposé de Mr Jérome Fourquet

    L’histoire de mon livre débute en 2017 au lendemain des élections présidentielles . Je tente de mettre en exergue les éléments contingents,accidentés qui caractérisent notre société française . Je cherche dans le sous-bassement les causes des évolutions tectoniques . On s’aperçoit dans cette perspective, la prise conscience tardive de notre part à tous, d’une mise en conformité tardive de notre paysage électoral,politique,économique et social .
    Depuis la Révolution Française de 1789,nous avons longtemps considéré que deux blocs,l’un composé de catholiques,l’autre des hommes de gauche s’affrontaient . Cette opposition frontale a explosé laissant place à une fragmentation d’idées politiques différentes .
    A la fin de la guerre 1914-1918,70% des parents parlent encore la langue régionale . A cette époque,il est vrai,il y a affrontement entre les blancs et les rouges . L’examen de la carte du vote du Front Populaire de 1936 nous apprend que ce n’est pas uniquement la classe ouvrière qui a voté à gauche mais aussi les cultivateurs . Dans le Limousin,la majorité des cultivateurs a voté à gauche,comme les vignerons dans le Midi . Par contre,il est vrai que les ouvriers du Nord et du Nord-Est ont aussi voté à gauche . Maurice Thorez avait déjà fait son grand discours de la main tendue aux catholiques.

    Déclin du Catholicisme

    A partir de 1789,une déchristianisation de la société française se développe . Marcel Gauchet, dansla seconde moitié du XXème siècle, parlera de processus de sortie de la religion . Aujourd’hui,nous avons atteint le stade terminal de ce processus .

    La Crise des "Gilets Jaunes"

    Cette crise se base sur la territorialité et les différences régionales .

    L’Etude des Prénoms

    Cette étude est riche d’enseignements . Notre travail a été fait à partir d’un gigantesque fichier de l’I.N.S.E.E.

    L’Effondrement du Catholicisme

    On constate aujourd’hui un effondrement de la pratique religieuse,en particulier l’assistance à la messe . En 1961,35% des français vont à la messe tous les dimanches ou plus . En 2012,ils ne sont plus que 5% . AU début des années 1960,la pratique religieuse constitue à la fois un poids réduit et une minorité de blocage . C’est un îlot de l’archipel français . A la fin des années 1990 on compte 20 milles prêtres,on en compte 10 milles aujourd’hui . L’église de France est obligée de faire appel à des prêtres des pays du Sud . Au début du XXème siècle, Rome considère que la France lui apporte 70% de ses missionnaires . Maintenant on bénéficie en quelque sorte d’un retour sur investissement .
    Par voie de conséquence,l’influence culturelle du catholicisme est en baisse . En 1900,le prénom Marie est donné à 20% des petites filles sur tout le territoire français,10% en Île de France,45% dans le Finistère . Aujourd’hui,il ne représente que 0,3% .
    Le rapport à son corps,la distinction entre l’homme et l’animal,la conception de la famille pour les laïques comme pour les catholiques ont changé . Aujourd’hui on n’enterre pas les morts,on les incinère .
    La pratique du tatouage : 18% de la population française est tatouée . Pour les catholiques,il s’agissait d’un irrespect du corps créé à l’image de Dieu . L’ Eglise désapprouvait cette pratique tribale et paganisée . 1% des 65 ans et plus sont tatoués . Chez les moins de 35 ans,35% sont tatoués . Il y a trente ans, cela était hors des radars,c’était très mal vu . Aujourd’hui c’est une mode très tendance .
    La religion catholique enseignait que l’animal avait été créé pour le service de l’homme . Elle invitait aussi à bien le traiter . Aujourd’hui des associations végan,animalistes s’opposent à la coutume de manger de la viande . Des boucheries sont attaquées . Le parti animaliste représente 2% des voix soit 400 000 électeurs . Il talonne le parti communiste qui fait 2,5% des voix .

  • La France,une Nation multiple et divisée
    Exposé de Mr Jérome Fourquet

    Le catholicisme face à l’évolution des mœurs et de la sexualité

    A parir de la loi Neuwirt de 1967,la pilule de contraception détermine une déconnexion entre l’acte du couple visant à procréer et l’acte sexuel lui-même . Aujourd’hui,les 2/3 des français sont favorables à la P.M.A. pour un couple hétérosexuel,50% pour la P.M.A. en faveur d’une célibataire . Dans les tranches d’âges,1/3 pour les plus de 65 ans,2/3 pour les moins de 35 ans . Les jeunes générations actuelles sont sur des référentiels différents de ceux de la religion catholique .
    En 1984,les catholiques arrivent à organiser un grand rassemblement pour défendre leurs écoles sous contrat avec l’Etat . Le gouvernement de François Mitterrand qui voulait laïciser tous les Etablissements de l’enseignement privé ou libre recule . Aujourd’hui les catholiques ont mené pareillement plusieurs grandes manifestations contre la P.M.A. .Malgré tout, ils n’ont pas pu empêcher le législateur de voter la loi . On constate donc une diminution du poids sociologique des catholiques .

    Qu’en est il de l’idéologie communiste ?

    Dans les années 1960,on parlait de la place importante de l’église rouge . Les municipalités communistes autour de Paris en constituaient les places fortes . Les mairies communistes recrutaient des employés de mairie conformes à leurs idées . Ils organisaient les colonies de vacances de long séjour pour les classes sociales populaires . Les réunions du parti communiste regroupaient une importante partie de la population pour mettre en pratique des fondamentaux solidaires . On disait alors qu’en Île de France,la ceinture rouge entourait Paris . Aujourd’hui encore des forces militantes communistes sont présentes mais en plus petit nombre et ont peu d’influences .

    D’autres courants de pensée laïques gravitent autour du PS .

    Dans le monde syndical,le nombre d’adhérents a fortement diminué .

    Autrefois les médias contribuaient à bâtir une forte cohésion française comme la presse écrite . T.F.1 à la fin des années 1990 atteignait un audimat de 70% ;il est maintenant de 20% . Aujourd’hui,il y a une telle diversité de chaînes qu’on assiste à une fragmentation des contenus et des moyens de consommation .

  • La France,une Nation multiple et divisée
    Exposé de Mr Jérôme Fourquet (suite)

    Les prénoms constituent des marqueurs de l’évolution de notre société française .

    Jusqu’en 1993,on a gardé les prénoms éligibles par Napoléon en 1803 . Il s’agissait des Saints de l’église catholique répertoriés dans le calendrier . De 1900 à 1945,1950,on comptabilise 2000 prénoms . A partir de 1966,de nombreux prénoms sont admissibles . En 1993,la libéralisation des choix des prénoms est instituée . On passe à 13000 prénoms . Un prénom est qualifié de rare quand il est donné deux fois dans l’année .
    Pendant longtemps avant 1993,la coutume était de donner au nouveau-né le prénom d’un grand-parent pour assurer la continuité de la lignée . Aujourd’hui beaucoup d’ascendants se complaisent à donner un prénom distinctif . Ici en Bretagne au cours des années 1970 un emballement de 14% à 15% des prénoms bretons s’opère . Aujourd’hui on constate un tassement de 12% à 13% des prénoms bretons . En Loire-Atlantique,un parallélisme des prénoms s’effectue avec la Bretagne . En Mayenne,il n’y a pas les mêmes pourcentages.
    En Corse,20% des prénoms sont d’origine corse . Chez les corses de souche,le pourcentage monte à 40% avec l’influence du courant nationaliste .

    Les prénoms cathos BC BG comme Marie sont décernés à 4% à 5% des filles .Malgré tout chez les militants catholiques,beaucoup de filles ou de femmes portent ce prénom dans " les manifs pour tous "des cathos .

    La Sécession des Élites

    La partie la plus favorisée de la population vit dans le repli sur soi,contrairement à il y a 30 ans où les diplômés ne représentaient que 3% de la population . Aujourd’hui les diplômés représentent 20% de la population soit un français sur cinq . Ils forment un petit monde concentré dans les mêmes beaux quartiers des villes . Cette bulle est entretenue par les médias ;la publicité qui met en avant leur style de vie . En Février les médias parlent beaucoup de sport de glisse alors que seulement 5% de la population les pratique .

    Disparition du Service Militaire

    En 1997 le président Jacques Chirac fait voter la loi mettant fin à la conscription . La professionnalisation exclusive du service armé est décidée . Lorsque le service militaire était obligatoire pour les garçons, d’abord à partir de 20 ans puis de 18 ans,les deux tiers d’une tranche d’âge le faisaient dans les années 1980 . Un brassage se réalisait entre des jeunes appartenant à des catégories sociales différentes .

    Mutation sociale des écoles catholiques

    Dans la matrice catholique disloquée,les écoles catholiques,surtout dans les grandes métropoles,recrutent sur une base sociologique . Il s’agit de familles classées dans les hauts revenus . Ces élèves représentent 15% d’une classe d’âge . L’enseignement catholique s’investit donc dans l’élitisme scolaire et universitaire pour maintenir et si possible développer son influence ecclésiale .

    Déclin des colonies de vacances

    Les colonies de vacances pendant les années 1960 constituaient des centres de brassage entre des enfants de catégories sociales différentes . Leur nombre s’élevait alors à 4 millions . Aujourd’hui,ils ne sont plus que 800 000 . Les Collectivités locales et départementales chargées de les financer manquent aujourd’hui de ressources . Les dotations de l’État versées autrefois aux communes ont été sévèrement diminuées . Pendant la période 2015-2017,la baisse des dotations a été de 9,71 milliards . La taxe d’habitation payée au profit des communes a été supprimée .

    L’expatriation des français à l’étranger

    En 15 ans,1,2 million français sont partis à l’étranger . La plupart ont bien réussi dans leurs carrières et font partie des hauts revenus . Emmanuel Macron est allé 6 fois à Londres pour demander des participations financières à nos chers compatriotes riches voire très riches . Comme beaucoup de candidats de droite,il est allé aussi à Genève,à New-York,à Bruxelles . De la part des français établis à l’étranger,il a reçu autant qu’en France . Cet état de fait laisse deviner la composition de son électorat .

    La France des Gilets Jaunes

    Les Gilets Jaunes en arborant leurs drapeaux régionaux et le drapeau national s’identifient à un référentiel départemental,régional et national . Beaucoup d’entre eux avaient écrit dans leur dos sur leurs gilets jaunes le numéro minéralogique de leurs départements .
    Quelques mois après l’élection de Sarkozy et de Hollande,on s’est aperçu que ces deux présidents parlaient mal l’anglais . Les Français pouvaient alors penser : " Ils sont aussi nuls que nous " . Il n’en est pas de même de Macron qui parle couramment l’anglais ; " la langue du fric et de la pub et non plus la langue du peuple " .

  • La France,une Nation multiple et divisée
    Exposé de Mr Jérome Fourquet (suite)

    Il était illusoire de penser que l’on pouvait tourner sur le modèle gauche-droite sur le plan politique . Il y avait eu auparavant plusieurs secousses socio-politiques annonciatrices .

    En 1983-1984,la marche des beurs démontre la volonté de cette minorité d’être reconnu dans son identité à la fois particulière et française avec tous les droits afférents . A la même époque,les grèves dans l’automobile où travaillent de nombreux immigrés sous-payés nous font prendre conscience qu’une main-d’oeuvre étrangère occupe une place importante dans un secteur industriel stratégique . Pendant cette même période,on assiste à une émergence du Front National qui proclame une immigration envahissante en France .

    En 1992-1993,le traité de Maastricht détermine un début d’opposition entre les partisans de l’Europe et les français qui continuent à vouer un culte à la Nation .

    Aux élections présidentielles de 2002,Jean-Marie Le Pen accède au deuxième tour .

    Au référendum de 2005 sur l’entrée de la France dans l’Union Européenne,la majorité des français vote non .Les vieilles familles politiques comme le P.S. sont parcourus par un clivage très puissant : 50% de ses sympathisants votent oui,les autres 50% votent non,70% des cadres du P.S. votent oui,70% des ouvriers et des employés votent non .

    Pendant la campagne pour les présidentielles de 2017,une répétition générale conformément aux élections précédentes se réalise . Mr Bayrou comme d’habitude se porte candidat .Le premier sondage l’évalue à 25% . Cette offensive par le Centre commence à déstabiliser les grands partis . La droite et le P.S. ont des difficultés à se mettre en phase avec leur électorat désenchanté . Peu de semaines après,Mr Bayrou sans soutien n’a pas réussi . En 2017,le processus de décomposition politique et de recomposition sociologique se sont accentués .

    En janvier 2017,Mr Bayrou publie un livre,fait les 20h . Les sondages le scotchent à 4% . Voyant cela,il porte son soutien à Emmanuel Macron . Du coup, Mr Macron prend quelques points dans les sondages et passe devant Marine Le Pen . Cette position de première place de Mr Macron va crédibiliser le dépassement de clivage gauche-droite . La mayonnaise a pris en faveur du jeune leader de L.R.E.M. . Cette dynamique positive à son avantage lui permet d’obtenir autant de CV de maires que Hamon et Fillon . En effet pour beaucoup de maires et de citoyens,c’était le moment de dépasser les vieux clivages .

    Des faits contingents sont intervenus dans cette campagne présidentielle
    2017 . L’affaire du costume de Mr Fillon,les emplois fictifs rémunérés de son épouse Pénélope,la fin catastrophique du quinquennat Hollande ;la majorité socialiste divisée entre les frondeurs et les fidèles du président . Toutefois Mr Fillon obtient quand même 20% des voix derrière Marine Le Pen 21,5% . Il a raté de peu sa présence au deuxième tour .

    Les circonstances déconcertantes de l’affaire Fillon ont certes encore érodé la confiance envers un candidat à une élection démocratique . Elles ont surtout accéléré la mise en conformité tardive du paysage électoral avec la nouvelle réalité de la France . Le scrutin uninominal à deux tours de l’élection présidentielle détermine un regroupement bloc conte bloc . La partie strausskanienne de la gauche pensait du point de vue de l’Europe la même chose que la partie juppéiste de la droite . Une cohésion sociologique et territoriale se forma au bénéfice du vote L.R.E.M. .Mais ce rapprochement n’est pas solidement stabilisé . Le parti L.R.E.M. fait à peu près le même score qu’aux présidentielles,aux législatives et aux européennes .

    Le centre de gravité du macronisme s’est déplacé progressivement vers la droite . Il constitue aussi un gros bloc central contre le R.N. . Si les partis de gauche et de droite ne sont pas morts,ce clivage des blancs contre les rouges n’est plus le clivage fondamental .

    Les partis qui se réfèrent à ce critère ancien ne vont pas disparaître mais rétrograder en deuxième division . Ils seront réduits à jouer le rôle qu’a tenu le M.O.D.E.M dans l’ancien système avec 10% ou 12% des sièges .

    Dans son agenda de locataire de l’Elysée,Emmanuel Macron a intérêt à dire que le Rassemblement National est son principal adversaire . Sa stratégie est de barrer à une alternative possible .

    L’évolution des événements a été rapide . Fin août début septembre 2016,l’écologie produit un fort impact dans l’opinion avec Yannick Jadot . Quinze jours après,le problème de l’immigration mis en exergue par Marine le Pen prend le dessus . Sur ces deux sujets L.R. et le P.S. sont inaudibles . Le parti " En marche " se voit offrir un boulevard dans lequel il s’engouffre pour remporter la victoire finale .

  • La France,une Nation multiple et divisée
    2ème Partie : Le Débat

    En France,l’Etat demeure encore une valeur de référence auquel les citoyens font connaître leurs revendications . Les français continuent à demander la sauvegarde de la Sécurité Sociale et s’intéressent fortement au débat sur les retraites . L’Etat,les Régions,les Communes forment toujours le maillage territorial existentiel de la France .

    Il est vrai que la cause essentielle des manifestations des "Gilets Jaunes"
    était la baisse du pouvoir d’achat . On a souvent entendu le slogan " fin de mois,fin du monde " .

    La parti communiste qui défendait le niveau de vie et les conditions de travail des ouvriers et des employés s’est considérablement amenuisé à partir du milieu des années 1980 . Il n’est plus le grand parti qui rassemblait de grandes foules sur tout le territoire national dans les années d’après guerre jusqu’en 1980 .
    Le développement de l’individualisme a entraîné l’effondrement des grandes idéologies . A la suite est apparue l’individuation c’est à dire l’individu prétend se fixer à lui-même ses propres valeurs . Nous sommes dans une société de consommation qui crée sans cesse de nouveaux besoins .
    Dans le système productiviste actuel,certains ne peuvent plus suivre . Or aujourd’hui on est jugé sur les apparences matérielles . La consommation et les loisirs sont des marqueurs sociaux . Si je suis en déficit avant la fin du mois,je ne fais plus partie de la classe moyenne . La hantise chez beaucoup de français est de devenir un cas social . Une fraction importante de la population française ne peut plus partir en vacances . Ces personnes ne peuvent plus envoyer sur facebook des photos de leurs voyages et de leur séjour à la plage à leur famille,à leurs amis .

    Dans les terrains de camping,les emplacements pour les tentes ont été remplacés par des mobil-homes . Il s’en est suivi une hausse des tarifs qui empêche aux classes populaires d’y accéder . La société de consommation devient un facteur primordial de la construction de l’identité . Les dépenses contraintes ne se limitent plus à l’alimentation,les vêtements . Il y a obligation d’y inclure des objets de marque comme les derniers baskets à la mode . Il est nécessaire d’être aussi à la mode avec la possession du dernier smartphone mis sur le marché .

    Des réformes de structures ont eu lieu depuis les années 1990 . La première réforme des retraites se réalise en 1993 . Beaucoup de nos compatriotes pensent avec juste raison que l’on demande proportionnellement davantage aux titulaires de revenus modestes qu’aux personnes riches . Au fur et à mesure qu’un pays s’archipellise,chacun défend son " bifteck " . Le sentiment premier c’est que chaque citoyen croit être le dindon de la farce .

  • La France, une Nation multiple et divisée

    2ème Partie (suite) : Le Débat

    Il n’y a pas la même puissance que le parti communiste à sa grande époque de splendeur pour défendre les classes sociales populaires . Le PC était une contre-société qui s’intégrait dans notre population .

    La population musulmane a une originalité propre dans ses coutumes,ses comportements,ses croyances religieuses venues de l’Orient . Historiquement,la France a fonctionné à l’assimilation de ses immigrés . C’est maintenant fini . L’intégration arrive encore à se faire . Beaucoup d’immigrés de la deuxième et troisième génération arrivent à faire carrière dans une profession intéressante . Dans les entreprises,beaucoup ont réussi leur ascension sociale ;ça se fait sans bruit mais ça se produit .

    N’oublions pas que pour les français de souche,ça s’est fait sur trois générations . Dans les villes comme Marseille et Toulon,les chiffres de populations étrangères varient très fortement d’un quartier à l’autre . Des failles gigantesques apparaissent entre des dizaines de bureaux de vote à prénoms musulmans de l’ordre de 50% et des dizaines de bureaux de vote sans prénom musulman .

    Mon travail n’est pas de faire de la propagande politique,mais de faire un diagnostic de ce qui est et de ce qui se passe chronologiquement . A partir de ce constat du réel,je dégage des pistes de réflexions . Comme piste d’avenir,je donne une très grande importance à l’écologie . Cette nouvelle matrice peut agréger un certain nombre de blocs,de groupes sociaux différents . Vu les dérèglements climatiques qui n’ont pas fini de s’accentuer,un changement de société,une transformation de nos modes de vie s’imposent . Il faut encourager la réalisation des énergies renouvelables,le développement de l’agriculture bio .
    La religion qui incitait autrefois à une discipline de vie,n’est plus suivie dans ses préceptes par la grande majorité des occidentaux . Les injonctions proférées aux fidèles les obligeaient à se soumettre à certains rites comme la viande halal pour les musulmans,le cachère pour les juifs,le maigre pour les catholiques . Dans une société individualiste,quel discours comprenant des valeurs fondamentales à respecter pourrait rassembler tout le pays .

    Le Communautarisme est à éviter car il peut entraîner la guerre de tous contre tous . Je ne minimise pas bien sûr les risques de tension . Dans une société individualiste,égoïste,à mon avis, la guerre ne se fera pas car c’est extrêmement coûteux en termes de sang,d’argent, de morale . L’habitude aujourd’hui est de se mettre à distance,chacun essaie de vivre le mieux qu’il peut . On ne se mêle pas du voisin,on évite même de le croiser sur le palier .

    La sortie de la matrice catholique a fait disparaître un référentiel de valeurs . Toutefois on constate que la religion et le législateur exercent une importante influence sur le comportement quotidien des français . En abrogeant la loi sur la limite des choix des prénoms, instituée par Napoléon Ier en 1803,le législateur a amplifié le phénomène préexistant qui était de donner des prénoms régionaux comme en Bretagne ou encore des prénoms de vedettes de cinéma,de la chanson ou du football .

    La libération des mœurs allant en augmentant ,le nombre des divorces a commencé à se multiplier au cours des années 1960 . Le législateur s’est vu alors obliger de simplifier les procédures lourdes de séparation définitive des époux . Le Parlement a alors voté la loi rendant possible le divorce par consentement mutuel . A partir de ce moment-là, la courbe du divorce est partie vite à la hausse . L’acteur politique, obligé de prendre acte des faits sociaux,contribue par le vote de la loi à accélérer voire à révolutionner les mœurs dans notre société française .

    Le concile Vatican II a cru bien faire en tournant l’autel vers les fidèles . Malheureusement les personnes qui assistaient depuis leur premier âge aux offices,sont parties et n’ont pas été remplacées par de nouveaux pratiquants. Au bout du compte l’assistance à la messe a fortement diminué et continue à décroître .

    L’implantation de grands Etablissements industriels,commerciaux,d’assurances,de sociétés immobilières,d’importants milieux d’affaires ont attiré les cadres vers les grandes métropoles . Leurs niveaux de revenus les détermine à s’installer dans ces mêmes beaux quartiers des grandes villes . Cette concentration des cadres dans les grandes métropoles démontre une autonomie du fait social . Ce fait social constitue un lieu géographique particulier de sociabilité où ces personnes du même monde sont déterminées à vivre entre eux . Un déterminisme se crée donc et se développe par voie de conséquence entre le niveau économique et la vie en société .

  • La France,une Nation multiple et divisée

    2ème Partie (suite) : le Débat

    Nous ne sommes pas le seul pays dans cette situation " d’archipellisation " . Tous les phénomènes énumérés précédemment se passent dans les autres pays . Dans les Îles Britanniques,il y a Londres avec particulièrement la deuxième place financière du monde,la "City", puis le reste du Royaume-Uni . Donald Trump a été élu par l’Amérique périphérique,les "petits blancs" qui ont souffert de la désindustrialisation . La Catalogne veut être indépendante . Sa population considère qu’elle contribue plus qu’il ne faut à l’effort économique national de l’Espagne . Les différentes provinces espagnoles n’ont pas toutes les mêmes degrés d’autonomie,ce qui crée des contentieux avec le pouvoir central de Madrid .

    Notre Etat Français, issu du jacobinisme et encore assez centralisateur, a du mal à traiter ces problèmes de fragmentation davantage que les Etats Fédéraux d’Allemagne et de Belgique . Cependant je n’irai pas jusqu’à dire que cette fragmentation a eu lieu en réaction à notre modèle centralisateur . L’Assemblée des Départements de France s’est très mal passée avec le gouvernement . Les élus demandent à avoir un volant de gestion plus large pour résoudre en particulier des problèmes d’aménagement et des grands travaux dans leurs circonscriptions . La suppression de la taxe d’habitation, transférée au bon vouloir de l’Etat pour une hypothétique redistribution aux communes dans le besoin,diminue l’autonomie de fonctionnement des collectivités locales .
    Il serait bon de laisser un degré d’autonomie plus important aux territoires et aux collectivités locales . Les élus locaux représentent les garants d’un maillage nécessaire entre les îlots de l’archipel . Ils sont plus habilités par des aménagements appropriés à établir des éléments plus structurants entre des habitants appartenant à des catégories sociales différentes . Faire confiance aux élus de terrain n’est pas une mauvaise solution politique dans la situation qui est la nôtre en France .



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