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Mouvement des « Gilets Jaunes » et enjeux du "Débat national"

Table ronde halles Saint François Quimper

Intervenant·e·s : Jacques Le Goff, Jean-Yves Boudehen, Benoît Giry et des Gilets Jaunes

vendredi 8 février 2019 20h00

Depuis 2 mois, avec le mouvement des Gilets jaunes, nous vivons une situation exceptionnelle par sa nature, sa durée et ses revendications. Au-delà des avis de chacun, ce mouvement traduit notamment un besoin de reconnaissance, de justice sociale, de « pouvoir de vivre ».


Enregistrement audio de la table ronde sur Mouvement des « Gilets Jaunes » et enjeux du "Débat national"

L’association La Liberté de l’Esprit a souhaité organiser un débat sous forme de table ronde et d’échanges avec la salle pour comprendre ensemble ce qui est en train de se jouer sous nos yeux et qui risque d’engager l’avenir de notre pays, de la vie politique, de la démocratie...

Pour cette réunion, nous avons sollicité des acteurs et observateurs de la société pour contribuer à éclairer les enjeux à la fois de ce mouvement social inédit et du Grand débat :

  • deux anciens présidents de l’association, Jacques Le Goff, sociologue, politiste et éditorialiste et Jean-Yves Boudehen, ancien professeur de philosophie et élu local.
  • un sociologue rennais -Benoît Giry- pour restituer l’enquête réalisée par des chercheurs en sociales sur les caractéristiques du mouvement des Gilets Jaunes.
  • des représentant(e) s des Gilets jaunes


Portfolio



Messages

  • "Gilets jaunes" : regards historiques sur une crise (1/5)
    Contre la représentation mais pour la démocratie ?

    Écoutez le Podcast de La Fabrique de l’Histoire

    Le mouvement des Gilets jaunes met en lumière un contexte de crise démocratique profonde. Comment les liens entre représentants et représentés ont-ils pu se distendre à ce point ? Comment est-on arrivé à une telle défiance vis-à-vis du principe même de représentation ?

    Une des caractéristiques les plus remarquables du mouvement des Gilets Jaunes est sans doute le refus de principe de toute représentation. Pour comprendre comment les liens entre représentants et représentés ont pu se distendre à ce point, et comment a-t-on pu arriver à une telle défiance, les historiens Gérard Noiriel et Nicolas Rousselier, en ouverture de cette série, apporteront leurs éclairages.

    Gérard Noiriel : La crise de la représentation est une crise très ancienne. Depuis la Révolution française, on observe une double approche de la citoyenneté : celle qui passe par la délégation de pouvoir : on choisit, on élit des représentants pour leurs compétences, et de l’autre côté, une volonté — que l’on retrouve déjà chez les sans-culottes — de participer directement à l’action politique. Cela correspond à une évolution des liens sociaux : sous l’Ancien Régime, les liens directs priment, puis progressivement, ce seront les liens indirects. On est toujours dans cette contradiction entre une aspiration à la démocratie directe et un système politique qui fonctionne par une multitude de liens indirects qui nécessitent la représentation.

    Nicolas Roussellier : Il y a une crise de la représentation à plusieurs titres. La première remonte à l’origine même de la Ve République. Le dégât collatéral de la Ve République, c’est le rôle du Parlement. L’avènement de la Ve République c’est la sûreté de l’exécutif, et cet enjeu de stabilité l’emporte sur le fait de donner la parole à la représentation nationale, le terme même n’ayant plus beaucoup de sens. A cela s’ajoute la crise de la représentation des années 2000, qui est la crise de tous les connecteurs démocratiques : partis, syndicats, associations. Enfin, et c’est la chose nouvelle, on assiste avec le mouvement des Gilets Jaunes à une attaque directe, sans filtre, du Président de la République : c’est la première crise anti-présidentialiste.

  • "Gilets jaunes" : regards historiques sur une crise (2/5)
    Histoire des violences et du maintien de l’ordre

    Écoutez le Podcast de La Fabrique de l’Histoire

    Comment la tension entre respect de la liberté de manifester et exigence de maintien de l’ordre a-t-elle posé problème à la République depuis la fin du XIXe siècle ? Emmanuel Laurentin s’entretient avec les historiens Ludivine Bantigny, Laurent Lopez, Arnaud-Dominique Houte et Anne Steiner.

    Emmanuel Laurentin s’entretient avec Ludivine Bantigny, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Rouen-Normandie, Arnaud-Dominique Houte, professeur à la Sorbonne-Université, Laurent Lopez, chercheur associé au Centre de recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales (CESDIP) et Anne Steiner, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense.

    Peut-on encore parler de violence d’état au fur et à mesure que l’on avance dans le XXe siècle ?

    Laurent Lopez : Il peut y avoir des comportements policiers brutaux ou homicides, et un décalage entre la théorie et la pratique, mais sur la longue durée, et depuis la circulaire de 1930 qui stipule que les forces de l’ordre doivent « remplir leur mission en évitant les conflits brutaux et sanglants », on observe une volonté de l’Etat de pacifier le maintien de l’ordre.

    Arnaud-Dominique Houte : Il y a une tendance de réduction de la violence – et la baisse du nombre de victimes des violences policières est très nette - mais cette tendance de longue durée doit être réinterrogée à la lumière de cette dernière décennie. Alors que depuis la fin du XXe siècle il semblait qu’on allait vers des formes de manifestations de plus en plus pacifiques et ritualisées, depuis les manifestations dans les banlieues de 2005, la crise du CPE, les manifestations contre la loi Travail et l’occupation du site de Sivens, de nombreux événements viennent contredire cette idée d’une pacification croissante.

    Dans l’entre-deux guerres, on assiste à l’invention de nouvelles techniques de maintien de l’ordre public en temps de manifestations ou d’émeutes. Certaines très utilisées aujourd’hui ont pourtant connu des débuts difficiles ?

    Laurent Lopez : Introduits en Allemagne sous la République de Weimar, on suggère l’usage des gaz lacrymogènes au sein de la gendarmerie en France à partir du début des années 1930 dans le but d’éviter le contact entre manifestants et forces de l’ordre. Parce que l’on sait que ces contacts sont propices à tous les incidents, y compris les plus dramatiques. Mais cette suggestion se heurte à la résistance des politiques qui continuent d’associer le mot gaz à des souvenirs encore très présents, ces gaz lacrymogènes étant les avatars des funestes gaz de combats de la Première Guerre mondiale.

    L’Etat n’est-il pas pris en ciseau entre ses principes démocratiques et la nécessité de réprimer les citoyens qui transgressent certaines lois républicaines ?

    Ludivine Bantigny : L’interrogation fondamentale dans chaque moment de révolte, d’insurrection, voire de révolution, c’est quel ordre protège les forces de l’ordre ?

  • "Gilets jaunes" : regards historiques sur une crise (3/5)
    Argent, morale, fiscalité : entre résistances et consentement

    Écoutez le Podcast de La Fabrique de l’Histoire

    Consentement à l’impôt, antifiscalisme et économie morale, comment ces notions entrent-elles en résonance avec le conflit des Gilets Jaunes ? Emmanuel Laurentin et Victor Macé de Lépinay s’entretiennent avec Frédéric Tristram, Samuel Hayat, Laurence Fontaine, Rachel Renault et Christopher Clark.

    Emmanuel Laurentin et Victor Macé de Lépinay s’entretiennent avec Frédéric Tristram, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Samuel Hayat, chargé de recherche au CNRS, Laurence Fontaine, directrice de recherche au CNRS, Rachel Renault maîtresse de conférences en histoire moderne à l’Université du Mans et Christopher Clark, professeur d’histoire européenne moderne à l’Université de Cambridge.
    Existe-t-il un consensus dans une société sur ce que l’on peut faire avec l’argent de tous ? Et peut-on lier le surgissement de moments revendicatifs à la rupture de ce consensus ?

    Samuel Hayat : C’est en tout cas la thèse de l’historien Edward Palmer Thompson, spécialiste des classes populaires en Angleterre au XVIIIe siècle. Pour lui, les émeutes ne peuvent être comprises comme une simple réaction mécanique à une hausse des prix par exemple, mais révèlent l’existence d’une "économie morale", c’est-à-dire d’une série de principes normatifs qui doivent réguler le système économique et dont ceux qui se révoltent jugent qu’à un moment donné il est déséquilibré. Cette économie morale doit être garantie par le pouvoir qui doit s’assurer que règnent un certain nombre de principes à l’intérieur de l’économie. Lorsque ceux-ci sont trahis, on s’adresse au gouvernement, et lorsqu’on sent que celui-ci ne vient pas réparer cette trahison, on se révolte.

  • "Gilets jaunes" : regards historiques sur une crise (4/5)
    "C’est une révolte ? Non, sire, c’est une allégorie !" Enquête sur un tableau breton

    Écoutez le Podcast de La Fabrique de l’Histoire

    Les ronds-points occupés par les Gilets Jaunes auront-ils leur peintre ? En 1676, un an après la révolte du papier timbré en Bretagne, le peintre rennais Jean-Bernard Chalette donne à cette révolte fiscale une dimension allégorique. C’est l’histoire que raconte ce documentaire...

    - C’est une révolte ?

    - Non sire, c’est une allégorie.

    Enquête sur un tableau breton, un documentaire de Victor Macé de Lépinay et Anne Fleury.

    Que nous raconte cette Allégorie de la révolte du papier timbré, œuvre de Jean-Bernard Chalette, peintre rennais méconnu du XVIIe siècle ? Un bien curieux tableau, en vérité. Hétéroclite, disparate… Pas très lisible à première vue et assez éloigné des critères qui consacrent ordinairement un chef-d’œuvre. Et pourtant attirant, attachant même, par son côté énigmatique... mais aussi par sa dimension historique. En effet, ce tableau nous raconte une page de la grande histoire : la révolte du papier timbré de 1675.

    Alain Croix : Après près d’un siècle et demi de sous-imposition, voilà qu’assez brutalement sous le règne de Louis XIV, il est question de rattraper ce décalage fiscal et d’aligner le prélèvement de l’impôt en Bretagne sur celui des autres régions. Au début de 1675, cet alignement prend la forme d’une dizaine de taxes nouvelles parmi lesquelles la taxe sur l’étain (pour les privilégiés ce n’était pas négligeable) mais surtout la taxe sur le tabac qui touche le peuple. Nos bureaux de tabac d’aujourd’hui sont l’héritage de cette taxe sur le tabac qui est validée par le Parlement de Bretagne en 1674, six mois avant la révolte. Et en 1673, c’est la création du papier timbré, l’ancêtre du timbre fiscal, ce que nous versons aujourd’hui aux notaires et que nous appelons les droits d’enregistrement. A l’époque, c’était un « papier timbré », une sorte de tampon pour tous les actes officiels. C’est donc une taxe qui frappe tout le monde, le peuple comme les privilégiés. Le 18 avril 1675, une grande émeute se déclenche à Rennes, des milliers de gens y participent, ce qui est énorme à l’échelle de la ville. Les émeutiers cassent tout, notamment dans les bureaux du papier timbré abrités dans le Palais du Parlement, le symbole du pouvoir à Rennes. Cette journée sera qualifiée par un notable rennais « d’émeute de la populace aveugle ».

    Avec les témoignages de Gauthier Aubert, historien, François Bergot, conservateur, ancien directeur du Musée des Beaux-Arts de Rennes, Alain Croix, historien, Guillaume Kazerouni , conservateur au musée des Beaux-Arts de Rennes et de Pierre Rosenberg, historien de l’art, conservateur et président-directeur du Musée du Louvre de 1994 à 2001.

    Ce documentaire a été diffusé pour la première fois le 3 novembre 2015.

  • "Gilets jaunes" : regards historiques sur une crise (5/5)
    Des territoires en tension

    Écoutez le Podcast de La Fabrique de l’Histoire

    Pour clore cette semaine, nous évoquerons la vie quotidienne dans les campagnes françaises entre la fin du Moyen Age et l’époque moderne. Nous aborderons également le rôle des magistrats pendant la Révolution française. Nous retracerons les liens entre les habitants du territoire et le pouvoir.

    La Fabrique de l’autre, le mot « Casseur », une chronique de Catherine de Coppet
    Des révoltes des croquants au mouvement des Gilets jaunes

    En première partie d’émission, nous recevons Jean-Marc Moriceau qui évoque la mémoire des croquants. Le terme de croquant regroupe des paysans et villageois. Il y a des révoltes contre les excès de la fiscalité et les excès des "gens de guerre" –soldats en rupture de ban qui vivaient au crochet et aux frais des campagnes-. Ces excès de violences périodiques et particulièrement forts ont lieu entre la Guerre de cent ans et l’époque de Louis XIV. Le livre "Mémoires de croquants" retrace l’histoire rurale sur la totalité du territoire, sans exclure aucune province.

    « D’autre part, il y a cette idée, de redonner une mémoire à ces paysans et « gens de village », qui étaient majoritaires et qui ont été éclipsés par les historiens qui voyaient les choses d’en haut, à partir des villes ou de plus en plus à partir d’objets de recherche qui n’étaient pas ancrés dans le territoire rural. J’ai voulu réinvestir 30 à 40 ans de recherche historique sur le rural en tenant compte des acquis des génération précédentes. » Jean-Marc Moriceau

    Ces révoltes-là ont des points communs avec le mouvements des Gilets jaunes, en terme de symbolique, de territoire, également en terme de cible à atteindre.
    Parmi les révoltes, il y a eu :

    les robes rouges dès la fin du XVe siècle
    la révolte des paysans du Faucigny en 1492
    les bonnets rouges en 1593-1594 en Bourgogne
    les bonnets rouges en 1675 en Bretagne
    les croquants en 1594 en Limousin et Perrigord

    Au XVIIe et XVIIIe siècle, il y une interpénétration très forte des villes et des campagnes contrairement à aujourd’hui où on assiste à une relative indifférence d’une partie des urbains et des élites à l’égard du monde rural.

    A lire : revue histoire et société rurale

    Un saut dans la loi : le décret du 14 septembre 1791 qui incorpore Avignon et le Comtat Venaissin à la France, une chronique d’Amélie Meffre

    Territoire de la nation

    En deuxième partie d’émission, nous écoutons Gaïd Andro, auteur d’une thèse sur le rôle des procureurs généraux syndics pendant la Révolution française. Ces procureurs généraux syndics représentent une administration autonome qui incarne et exécute la loi sur le territoire. En ce sens, ils représentent l’articulation entre les centres de pouvoir et les périphéries.

    "Le territoire de la nation n’est plus un espace de domination, c’est un territoire de liberté. Son rôle n’est pas de négocier les modalités de la domination politique -comme antérieurement les anciennes provinces pour obtenir des privilèges-. Gaïd Andro

  • Gilets Jaunes
    Le succès du mouvement tient moins au nombre de manifestants qu’à ce qu’il produit comme récits chez les commentateurs, estime le politiste Vincent Tiberj.
    Libération 5 décembre 2018

    En trois semaines, les gilets jaunes sont devenus le conflit majeur. Ils ont éclipsé tous les autres mouvements sociaux. On a oublié qu’en septembre, plusieurs dizaines de milliers de personnes défilaient contre le réchauffement climatique, et que certains médias concluaient à un tournant et à une prise de conscience collective. En octobre, les fonctionnaires ont manifesté. Le 10 novembre, c’étaientles enseignants. Le 24 novembre, plusieurs cortèges #NousToutes ont pris la rue.

    Si les gilets jaunes les ont supplantés, est-ce parce que le mouvement est d’une ampleur inédite ? Difficile de conclure, et ici réside le paradoxe.

    Pour l’instant, on ne dispose que du décompte du ministère de l’Intérieur, et une des rares constantes dans la vie politique française consiste à contester ce comptage. De ce point de vue, Beauvau aurait tout intérêt à ouvrir ses données et la manière dont elles sont collectées. Néanmoins, si on part du principe que ces estimations sont biaisées à la baisse, on peut postuler que ce biais est le même pour l’ensemble des mouvements sociaux. Mais si l’acte I des gilets jaunes a constitué le climax de la mobilisation, depuis le mouvement s’étiole : 280 000 à 300 000 personnes se seraient mobilisées le 17 novembre, puis 80 000 le 24 novembre, et 106 000 le 1er décembre. Pour mémoire, le même ministère recensait 323 000 manifestants lors de la journée d’action des fonctionnaires le 22 mars. Qu’on se concentre sur les cortèges parisiens ou dans les principales villes de province, les résultats convergent. Huit mille gilets jaunes dans la capitale le 24 novembre, c’est largement moins que dans le défilé #NousToutes, le même jour à Paris [12 000, selon la police, ndlr]. A Bordeaux, 15 000 fonctionnaires avaient défilé le 22 mars, ils étaient 3 000 gilets samedi. On est loin de l’insurrection ou du raz de marée. Cela changera peut-être avec les mouvements lycéens ou les agriculteurs, mais ce sont là des acteurs et des mouvements plus classiques.

    Est-ce parce que la manifestation ne fait pas partie des répertoires d’action des gilets ? Clairement, ceux-ci ont innové en matière d’expression de leur mécontentement, et l’occupation des péages et des ronds-points est à la fois efficace, particulièrement visible… et difficile à agréger en chiffres. Avec une centaine de gilets, vous pouvez bloquer des péages stratégiques à Virsac, ou à Narbonne.

    Si la force des gilets jaunes ne réside pas dans leur nombre, peut-être tient-elle à leur popularité présumée dans leur opinion. Là encore, il faut rester prudent : l’Ifop pose régulièrement des questions sur le soutien aux différents mouvements sociaux. Les gilets sont soutenus par 71 % des sondés par cet institut les 27 et 28 novembre. C’est plus que les cheminots (entre 41 % et 47 % de soutiens au printemps dernier), mais moins que les surveillants en 2018 (95 %), les policiers (91 %) ou les éleveurs (84 %) en 2016. Autant que les manifestations de la fonction publique de l’automne 2010.

    En réalité, le succès de ce mouvement tient probablement d’abord à ce qu’il produit comme récits chez les commentateurs. Patrick Champagne remarquait déjà dans les années 80 que les manifestations sont aussi des « manifestations de papier ». De ce point de vue, le mouvement des gilets jaunes est aussi un « mouvement de plateau » et un « mouvement de réseaux ». Ce décalage entre le mouvement sur le terrain et ce qu’on en dit permet de comprendre l’inhabituelle tolérance face à la violence. Le 18 mai 2016, une voiture de policiers était incendiée en marge d’une manifestation anti-loi travail. A l’époque, Nicolas Sarkozy avait dénoncé « les messages de laxisme et de perte d’autorité de l’Etat », et Marine Le Pen « l’incapacité à protéger les Français et les forces de l’ordre ». La scène s’est reproduite à Paris et à Marseille samedi 1er décembre - et que dire du Puy-en-Velay. Mais aujourd’hui, ces acteurs politiques tiennent un discours bien différent.

    Un des récits que les gilets jaunes convoquent est celui de la France qu’on n’entend plus, celle qui se lève tôt, celle qui mérite, pas celle qui profite. Plusieurs enquêtes scientifiques sont en cours pour essayer de comprendre qui porte le gilet, et c’est un défi majeur. Il faut effectivement se rappeler que la culture protestataire s’est à la fois démocratisée et banalisée, mais surtout chez les urbains, les diplômés. Les inégalités sociales de participation n’ont pas disparu : des pans entiers de la société restaient à côté des cortèges et des pétitions. Peut-être sont-ils aujourd’hui sur les ronds-points.

    Il y a aussi le récit techniciste des réseaux : l’instantanéité, le refus de l’organisation, l’horizontalité des groupes Facebook, la volonté de ne pas être récupéré. Et pourtant, ce n’est pas nouveau. Geoffrey Pleyers avait déjà relevé ces répertoires d’action dans les « mouvements des places », de New York, de Madrid, d’Istanbul et de Paris. Et déjà s’exprimait le refus des porte-parole et des leaders. La nouveauté tient à ce que ces moyens d’action se sont diffusés. En cela, ces petits nouveaux viennent rejoindre le monde des protestations, et peut-être vont-ils durablement y prendre place.

    Au final, les gilets jaunes nous racontent une société dans laquelle la peur du déclassement ronge depuis les années 2000 une société où on assiste au rejet des élites, mais aussi des « assistés », une société dans laquelle les tensions entre démocratie des élus et démocratie des citoyens s’accentuent. Mais ce qu’on dit du mouvement raconte surtout l’image que le haut se fait du bas.

    Vincent Tiberj

    Vincent Tiberj est l’auteur de : Citoyens qui viennent, Paris, PUF, 2017.

  • Le mouvement social, qui a connu son cinquième acte le 15 décembre, témoigne d’une forme de mobilisation politique inédite dans notre pays.
    Le Point 16/12/2018

    Professeur des universités, Vincent Tiberj est chercheur au Centre Émile-Durkheim à Sciences Po Bordeaux. Spécialisé en sociologie politique, il examine depuis 2014 les nouvelles dynamiques de mobilisation des citoyens et la transformation des liens partisans, dans le cadre du renouvellement générationnel en cours. L’an dernier, il a publié, aux Presses universitaires de France Les citoyens qui viennent et a dirigé Sociologie plurielle des comportements politiques avec Olivier Fillieule, Florence Haegel et Camille Hamidi, aux Presses de Sciences Po. Pour Le Point, il analyse le mouvement des Gilets jaunes.

    Le Point : Les Gilets jaunes semblent avoir pris de court les politiques comme les organisations syndicales. En quoi leur mobilisation s’inscrit-elle dans le mouvement de transformation de la politique en France que vous étudiez depuis plusieurs années  ?

    Vincent Tiberj : Nous assistons depuis le début des années 2000 à un bouleversement des modalités classiques de mobilisation politique. La démographie joue ici un rôle majeur. Aux dernières élections, en 2017, les post-baby-boomers étaient majoritaires. 59 % des votants n’étaient pas en âge d’être électeurs en 1981. Or le comportement électoral de cette génération est très différent de celui de ses aînés.

    En quoi ?

    Si l’on dessine à grands traits un portrait-robot des citoyens, on voit émerger trois grandes catégories de personnes. La première est composée d’hommes et de femmes nés avant la Seconde Guerre mondiale. Ces électeurs sont dans une culture politique de « remise de soi », pour reprendre une expression de Pierre Bourdieu. Cette cohorte s’en remet à un parti, comme elle le fait plus généralement de toute autorité. Ses membres envisagent l’horizon de la citoyenneté sous un prisme particulier qui pourrait se résumer par la formule : « On reste à sa place. » Ces générations s’accommodent très bien des institutions de la Ve République qui ont mis en place un régime démocratique dominé par un exécutif fort. Ses membres peuvent voter à gauche comme à droite, mais ils délèguent complètement l’exercice politique à leurs représentants élus.

    La génération suivante, celle des baby-boomers, est très différente…

    Effectivement. Cette génération a vécu Mai 68 et s’intéresse beaucoup à la politique. Elle a expérimenté, dans les années 70, de nouveaux modes d’action, de nouvelles manières de s’engager. Elle participe fortement aux élections, mais se montre très critique face au personnel politique. Une part de sa citoyenneté se joue sur le mode protestataire : par le biais de manifestations, de boycotts, de pétitions. Les enfants de cette génération diffèrent radicalement de leurs aînés.

    Comment ?

    Les citoyens nés dans les années 70 et 80, ceux que je désigne sous le terme de post-baby-boomers, entretiennent un rapport très distancié à la politique. Nous sommes ici face à un paradoxe, car ces cohortes très diplômées et grosses consommatrices de médias auraient pu être « surcitoyennes » (une hypothèse proposée par Ronald Inglehart en son temps), mais elles sont d’autant plus circonspectes face au personnel politique qu’elles s’estiment bien informées sur ce petit monde et capables de décoder son mode de fonctionnement. Déçues par des années de promesses non tenues, ayant grandi dans un climat de crise économique perpétuelle, ces post-baby-boomers croient de moins en moins aux promesses électorales, entretiennent un rapport très distant aux élites politiques de gauche et de droite. En un mot, ils constituent une génération (un peu) désenchantée. Ne participant aux suffrages que lorsque ceux-ci leur paraissent déterminants, favorisant donc les scrutins nationaux par rapport aux consultations locales. Attention, cependant, cette génération se mobilise aussi. Mais autrement que par les urnes.

    Ces trois catégories qui correspondent à trois générations différentes envisagent-elles le vote différemment ?

    Oui. Pour les plus anciens, le vote relève du « devoir ». Pour les baby-boomers, le vote est avant tout « d’intérêt ». Pour leurs enfants, il n’a pas la même importance, car les post-baby-boomers se méfient des modes de participation « dirigés par les élites » (comme l’explique Ronald Inglehart, toujours lui). Les candidats, les enjeux leur semblent imposés, presque fabriqués. Ils se montrent donc moins fidèles au vote, changent facilement de parti. Cela explique que certaines formations partisanes puissent réaliser des scores très différents d’une élection à l’autre.

    C’est un électorat très volatil  ?

    Je dirais plutôt très mobile. Lorsqu’on interroge les millenials, ceux qui sont nés à l’orée des années 2000, on réalise qu’ils déterminent le candidat ou la candidate pour qui ils vont voter... dans la dernière semaine de la campagne. On est loin de la génération « remise de soi » de leurs grands-parents !

    Quels sont les autres traits caractéristiques de ces post-baby-boomers ?

    Ils sont davantage dans l’individualisation que dans le collectif. Cela résulte de leur socialisation, à la fois en termes de valeurs mais aussi institutionnellement. Ils ont grandi dans une période où les institutions d’encadrement sont en recul. Sur le plan professionnel, ils sont les plus nombreux à avoir connu des contrats d’intérim ou à durée déterminée. Ils n’ont pas été confrontés à la conscientisation syndicale, à cause de la fluidité de leurs carrières et parce que les syndicats sont de moins en moins présents. Sur le plan des réseaux sociaux, la fragmentation de l’espace public les a conduits à s’intégrer dans des micro-communautés qui sont autant de bulles informationnelles. Leur niveau d’éducation (70 % sont universitaires là où seuls 20 % étaient bacheliers deux générations avant) leur confère une double compétence objective et subjective. Là où leurs aînés ne s’estimaient pas toujours compétents pour juger les politiques, eux se sentent habilités à exprimer un jugement tranché. Leurs références peuvent dérouter. Mais comment s’en étonner si l’on considère que la plupart n’ont pas connu ce qu’était le bloc communiste ? Là-dessus, leur répertoire d’actions est plus large que celui de leurs aînés.

    La révolution Internet est-elle passée par là ?

    Oui. Les réseaux sociaux autorisent de nouvelles manières de coaguler des groupes. Twitter et Facebook offrent des logiques spécifiques d’action, de partage de l’information. C’est sur cette base que se sont cristallisés des mouvements comme Occupy et Nuit debout, dont les Gilets jaunes sont, dans une certaine mesure, les héritiers.

    En 1895, Gustave Le Bon publiait Psychologie des foules, dans lequel il soulignait comment des émotions violentes, véhiculées par la grande presse, peuvent manipuler les masses… À un siècle de distance, un parallèle peut-il être fait avec Internet, selon vous  ?

    Dans une certaine mesure. Ce qui est intéressant avec Gustave Le Bon, c’est le moment dans lequel il s’inscrit. Celui où la IIIe République, qui s’installe, doit faire face à la réaction. Celui où émerge le monde ouvrier. Et où il faut imaginer un modèle de démocratie représentative fondé sur l’argumentation et la conviction (dans les assemblées). On croit alors que, par le raisonnement, les masses peuvent comprendre vers quoi tend l’intérêt général. Ce que j’appellerais la « ratiocratie ». Gustave Le Bon développe, dans ce cadre, l’idée que l’émotion et la passion véhiculées par les manifestants ne peuvent être que manipulées. L’idée qui s’exprime dans la manifestation des émotions le conduit à délégitimer cette forme d’action. Pourtant, ces manifestations, ces foules exprimaient les difficultés de la condition ouvrière de l’époque. On retrouve l’idée quand Jean-Pierre Raffarin ou Manuel Valls expliquent face aux manifestants que « ce n’est pas la rue qui gouverne ».

    Les choses n’ont donc pas beaucoup changé, finalement…

    La situation actuelle est très paradoxale. Nous avons des citoyens de plus en plus en retrait face aux leaders politiques mais capables de se mobiliser de manière très rapide pour protester. Leur manière d’envisager l’engagement les pousse surtout à dénoncer une pratique du pouvoir trop centralisée. Il est encore un peu tôt pour tirer tous les enseignements de l’élection de 2017. Mais ce qui est sûr, c’est qu’Emmanuel Macron s’est fait élire, pour une grande partie, sur la promesse qu’il exercerait ses responsabilités présidentielles d’une autre manière que ses prédécesseurs. Le mouvement En marche ! qu’il a créé laissait entendre qu’il y aurait plus d’horizontalité. Cette promesse était aussi dans les plateformes de Benoît Hamon pour le Parti socialiste et de Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise. Elle a été déçue.

    Les Gilets jaunes expriment-ils cette déception, selon vous ?

    À leur manière.

    Éclipsé par Émile Durkheim et un peu oublié aujourd’hui, Gabriel Tarde a étudié de manière approfondie, notamment dans L’Opinion et la Foule (1901), la manière dont se propagent certaines idées « comme une onde ou un courant magnétique » qui transforment des individus que tout sépare en éléments moteurs d’un mouvement populaire. Ces travaux, très influencés par les recherches de l’époque sur l’hypnose et le somnambulisme, vous semblent-ils toujours pertinents  ?

    Gabriel Tarde développe une idée très intéressante : celle d’une démocratie liquide, d’une très grande fluidité. Ce que fait Internet, qui est à la fois le fossoyeur de la politique et la promesse de son renouvellement. La Toile ouvre, aux citoyens, de nouveaux moyens de participer, permet des logiques de coordination qui n’étaient qu’à l’état d’ébauche à l’époque des réseaux Action Climat ou RESF (Réseaux éducateurs sans frontières). Depuis l’invention du Web, les formes traditionnelles d’association sont devenues obsolètes. On n’a plus besoin d’aller en préfecture pour déposer les statuts d’un mouvement. L’ouverture d’une page Facebook suffit. Ces plateformes permettent le déploiement de logiques affinitaires entre personnes qui ne se connaissent pas. C’est vertigineux, quand on y pense.

    C’est aussi inquiétant. Cela remet en question le modèle démocratique classique…

    L’accélération du temps, provoquée par cette conscience que l’on peut désormais mobiliser une vaste foule en quelques clics, a une conséquence immédiate. Le discours selon lequel le pouvoir tire sa légitimité des urnes pour cinq ans devient inaudible. La temporalité politique est bousculée. L’impatience suscitée va grandissante.

    Les autorités semblent bien en peine d’identifier des interlocuteurs pour entamer des discussions avec les Gilets jaunes. Chaque fois qu’un « porte-parole » modéré accepte de dialoguer avec le gouvernement, le mouvement semble le désavouer. Quel regard le sociologue porte-t-il sur cette colère inextinguible  ? Pour reprendre le vocabulaire de Tarde, les masses n’auraient-elles plus d’« âme collective » ?

    Je serais tenté de nouveau ici de me référer aux travaux de Ronald Inglehart, pour qui l’humanité a connu une grande révolution silencieuse : celle de l’individuation. Un phénomène qui se traduit par la mise en avant de soi et qui explique le succès rencontré par le mouvement féministe et, plus généralement, par tous les mouvements de revendication des minorités. Cette individuation, qui conduit à une forme d’individualisation des comportements, n’est pas à confondre avec la montée de l’individualisme au sens où elle ne s’oppose pas à un engagement militant ni à des valeurs centrées uniquement sur soi. Mais elle conduit assez naturellement à une forme de militantisme « post-it », comme l’a théorisé Jacques Ion, c’est-à-dire à un engagement pour une cause très spécifique et temporaire…

    Voulez-vous dire que les Gilets jaunes sont le stade ultime de cette révolution ?

    Avec les Gilets jaunes, nous sommes bien face à une véritable révolution... sociologique en ce sens qu’ils essayent de remettre en cause la loi d’airain de l’oligarchie telle qu’elle a été formulée par Robert Michels. Cette idée selon laquelle toute organisation finit par sécréter une élite, à se choisir des dirigeants ou des représentants qui s’imposent d’autant plus facilement qu’ils disposent des codes culturels ad hoc. Le mouvement Podemos en Espagne en était l’ébauche. Nuit debout en avait été une première adaptation en France, mais dans un contexte différent : son public était urbain et très diplômé. L’expérience des Gilets jaunes dira si ce modèle peut s’imposer dans la durée.

  • Loïc Blondiaux, professeur de science politique à la Sorbonne et spécialiste de la démocratie participative, est l’invité du Grand face à Face. Une émission présentée par Ali Baddou avec Natacha Polony et Gilles Finchelstein.

    France Inter : Le grand Face-à-Face

    https://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-face-a-face/le-grand-face-a-face-12-janvier-2019

  • « Gilets jaunes » : nos découvertes et nos surprises

    18 janvier 2019 Par François Bonnet, Mathilde Goanec et Dan Israel

    https://www.mediapart.fr/journal/france/180119/gilets-jaunes-nos-decouvertes-et-nos-surprises

    Mediapart a-t-il organisé une couverture biaisée du mouvement des gilets jaunes ? Avons-nous minimisé la présence de l’extrême droite, négligé ou sous-estimé la virulence anti-élites et anti-élus ? Retour et explications sur deux mois de travail, où nous avons d’abord voulu raconter l’inédit. Un inédit qui met à bas bon nombre de grilles de lecture classiques.
    Complaisants, parfois jusqu’à l’aveuglement. C’est la critique faite par certains à propos de la couverture du mouvement des « gilets jaunes » par Mediapart. Une critique qui ne repose guère sur les modes de traitement que nous avons choisis (retrouvez ici l’ensemble de nos articles), mais qui s’articule à une lecture très politique qu’ont nos contradicteurs de ce mouvement, de sa nature, de ses conséquences pour le pouvoir et pour les autres acteurs de la vie publique.

    « Les milliers de gilets jaunes qui, depuis deux mois, prétendent faire la loi un peu partout – braillards de Marseillaise, racistes, homophobes, électeurs affichés de Le Pen, agresseurs de routiers étrangers, nervis, cogneurs – ceux-là, vous ne les avez pas vus. […] [Ils] n’attendront plus longtemps avant d’enfiler une chemise brune. C’est ce camp-là qu’a choisi Mediapart. Aveuglé par sa haine de Macron, Mediapart travaille tout à fait consciemment à l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir », accuse par exemple l’un de nos abonnés, B. Girard.

    Ce procès nous est fait depuis le premier jour. Il se double de critiques régulières sur notre supposé refus de mettre à une juste place le complotisme déchaîné qui prévaudrait dans le mouvement, doublé d’une virulence verbale insupportable, d’une ambiance factieuse, le tout alimenté par quelques groupes d’ultras déterminés à renverser la République (sur les tentatives de l’ultradroite de se raccrocher au mouvement, lire l’article de Lucie Delaporte)…

    Ces reproches ne font que prolonger une discussion permanente – entre amis, au sein des familles (ah, les fêtes de Noël…), des partis, des syndicats, des associations et des médias – sur un mouvement qui, depuis deux mois, a bouleversé le système politique, son agenda, son organisation, ses politiques. La richesse du Club de Mediapart à ce sujet, la multiplicité des billets publiés, la pluralité des opinions et les polémiques témoignent à leur façon que nous sommes bien face à un mouvement qui secoue en profondeur la société française et lui donne le tournis.

    Comment avons-nous travaillé ? Les œillères qu’on nous accuse de porter sont la garantie d’un mauvais journalisme, et nous devons au contraire accepter – souhaiter, même – nous faire surprendre et bousculer. Mediapart n’a pas plus et pas mieux que les autres anticipé ce mouvement. Nous n’avions pas dit un mot de la pétition lancée dès le mois de mai 2018 par Priscillia Ludosky contre la hausse des taxes sur le carburant.

    Quand cette mobilisation a commencé à prendre corps à la mi-octobre, avec l’annonce d’une journée d’action le 17 novembre et la multiplication de groupes sur Facebook, nous n’y avons accordé qu’un intérêt limité. Dans notre premier article sur le phénomène, le 3 novembre, nous avons préféré décrypter la mesure gouvernementale programmée, nouvelle illustration des tours de passe-passe budgétaires du pouvoir, plutôt que de nous appesantir sur une « contestation qui reprend un des thèmes préférés et traditionnels du populisme de droite, le fameux “automobiliste vache à lait de l’État” ».

    Le journalisme ne consiste surtout pas à prédire l’avenir (défaite assurée !), mais à tenter de raconter au mieux le présent. Et les choses se sont précipitées début novembre, avec une progression exponentielle de la mobilisation sur les réseaux sociaux. « Même LR et RN, qui ont pourtant fait du matraquage fiscal contre les automobilistes leur fonds de commerce depuis longtemps, semblent dépassés par l’ampleur d’une mobilisation qui s’est faite largement en dehors d’eux, voire contre eux », écrivions-nous le 8 novembre.

    Les gilets jaunes ne sont-ils que des automobilistes en colère ? Le premier reportage que nous leur consacrons, le 15 novembre, constitue pour nous la première d’une longue série de surprises. Décrivant l’organisation des gilets jaunes dans l’Orne, quelques jours avant la première manifestation, il démarre ainsi : « Soulevez le couvercle de la marmite, la colère y couve à gros bouillons. […] Le mouvement iconoclaste du 17 novembre, initialement contre la hausse de la taxe sur le diesel, est devenu cri de colère pour le pouvoir d’achat. »

    Depuis, nous avons réalisé des reportages dans une petite trentaine de villes (voir la carte ci-dessous). Une dizaine de journalistes de Mediapart sont partis dans les régions, avec des idées de sujet, des éléments d’analyse mais aussi des points de vue sur ce mouvement fort différents. Allions-nous trouver l’extrême droite à la manœuvre ? Était-ce autre chose qu’un feu de paille alimenté par quelques racistes et furieux ? S’agissait-il de ce « mouvement de beaufs, poujadiste, factieux et rouge brun » décrit par le journaliste de Libération Jean Quatremer ? Les éléments que nous avons rapportés de nos déplacements sont étonnamment homogènes et cohérents entre eux.
    Pour retrouver nos différents reportages épinglés en rouge sur cette carte, cliquez sur la flèche. © Mediapart

    Le 17 novembre, pour l’« acte I », nous sommes à Reims, Toulouse et Paris. Et dès ce premier jour, dans les différents cortèges et ronds-points bloqués, les principales caractéristiques des gilets jaunes sautent aux yeux : c’est un mouvement d’abord populaire, qui jette dans les rues une partie des catégories les plus défavorisées, et une classe moyenne menacée de précarisation. Les retraités y sont présents en masse, tout comme les femmes.

    Sur le terrain, nous découvrons une mobilisation qui ne ressemble en rien aux précédents mouvements sociaux. Elle se revendique haut et fort comme « apolitique ». Pas de partis, pas de militants, pas de chefs, pas de représentants. C’est un mouvement social large et qui rejette en bloc le système politique, justement parce que ce dernier ne peut pas ou ne veut pas répondre à ses demandes sociales. Enfin, c’est un mouvement de gens qui, très souvent, s’engagent et manifestent pour la première fois.

    Dans un pays où le vote d’extrême droite pèse un quart des suffrages exprimés et où le FN/RN est solidement installé comme la deuxième force politique du pays, ses électeurs sont évidemment présents dans les groupes de gilets jaunes. Oui, ils s’expriment, à Toulouse par exemple. « Christian est en roue libre : “La France est un pays de racines chrétiennes, ici on mange du saucisson et on boit du vin rouge. C’est comme ça, je le dis !” », note dès le 17 novembre notre correspondant Emmanuel Riondé.

    « Pas de politique, pas d’étiquette »

    Souvent, les choses sont moins binaires. À Rouen, le 21 novembre, aux prémices du mouvement, nous interrogeons deux frères, mobilisés depuis le passage controversé aux 80 km/h sur les routes nationales et départementales. Juste avant les gilets jaunes, les deux frères défilaient ensemble contre l’homophobie. Mais sur le rond-point des Vaches, près de Saint-Étienne-du-Rouvray, l’un tique devant le barbecue halal, quand l’autre s’en réjouit.

    Deux mois plus tard, nous virons au sud, dans le Var, un territoire connu comme un fief du Front national. Est-ce que la sociologie électorale aura un impact sur la mobilisation des gilets jaunes ? Ce n’est pas l’évidence, loin de là. Oui, sur les ronds-points et dans les discussions, certains parlent de « nos SDF, qu’on abandonne, alors qu’on s’occupe des migrants ». Mais la plupart taisent leurs affiliations, et souvent leurs opinions les plus radicales : « On entend des trucs sur l’immigration de temps en temps, dans les discussions, mais au niveau politique, on n’a vu personne », raconte Géraldine, très impliquée à Toulon. « Les plus virulents, les fortes têtes, ils ne sont pas restés », croit comprendre Fabien, dans la commune du Cannet-des-Maures.

    Les dizaines de gilets jaunes rencontrés sur place, à Toulon ou dans les collines du Var, n’en démordent pas. Oui, des électeurs FN sont présents dans le mouvement, comme de nombreux militants de La France insoumise. Non, ils ne tiennent pas les ronds-points. Au campement de Bandol, quand une femme lance un débat sur les milliards « d’aide au développement qu’on balance en Afrique », immédiatement, un autre lui rétorque : « Tu te trompes d’ennemi. » Et ils finissent par toper sur les méfaits du capitalisme mondialisé…

    Agression contre une femme voilée, propos homophobes et racistes, injures antisémites, militants de l’ultradroite et des groupes identitaires sur les Champs-Élysées, actes contre les migrants, violences à certains ronds-points, quenelles et chant des soraliens à Montmartre le 22 décembre… Nous avons raconté cela dans nos différents articles et analyses.

    Lorsqu’un « chant de la quenelle » a été entonné lors du rassemblement national à Bourges le 12 janvier, notre reportage l’a mentionné. Tout comme nous avons décrit cette pancarte ambiguë, « R.F. : Rothschild Family », affichée sur le château d’eau qui faisait office de point de rassemblement ce jour-là.

  • Dès le 26 novembre, nous avons aussi raconté comment, en Gironde, les militants de Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan se sont mobilisés dès les prémices du mouvement. Quelques figures de l’extrême droite ont aussi pu tenir quelques ronds-points. À Bar-le-Duc, par exemple, un des quatre groupes de gilets jaunes est en partie piloté par un militant FN/RN local.

    Mais il est vrai que dans notre travail, nous n’avons pas fait de ces éléments un point structurant ni explicatif de la nature du mouvement des gilets jaunes. Pour une raison simple : reportage après reportage, ce sont d’autres contours qui se sont précisés, ceux d’un mouvement de masse, tout à fait inédit, ne pouvant se réduire à des manipulations ou des infiltrations de forces politiques.

    Il est une première raison à cela : le FN n’est pas un parti de militants. Nous l’avions constaté lors des dernières élections municipales, quand ce parti n’était pas même en mesure de trouver des candidats en nombre suffisant pour constituer ses listes. Autre explication : l’immense majorité des groupes de gilets jaunes sont résolus à ne pas se laisser avaler par des militants politiques.

    Chacun revendique cette particularité : « Pas de politique, pas d’étiquette. » Cela dérange les observateurs habitués des mobilisations sociales, y compris parmi nous. Nous avons cherché les « sous-marins », les militants cachés et à la manœuvre. Systématiquement, les gilets jaunes nous ont ri au nez, ou nous ont opposé une vraie incompréhension. Ceux du Var tiquent même un peu à force de se voir poser la question : « L’homophobie, le racisme, l’immigration, on n’en parle pas, c’est pas un sujet chez nous, insiste Pierre. On ne dit pas que ça n’existe pas, mais nous c’est le RIC, l’injustice fiscale et l’injustice sociale, c’est tout. » Porte un gilet qui le souhaite, à la condition qu’il ne le pare pas des couleurs politiques ou syndicales qu’il arbore habituellement.

    À Gaillon, dans l’Eure, Alain, technicien chez Renault, résume ce qui se passe sur son rond-point : « Moi, je repars au boulot et je reviens le soir. Il y a dix jours, on se connaissait pas. On se croisait dans la rue et on se disait pas bonjour, là on discute et il y a ce mot : solidarité. On ne pense pas pareil ? On s’en fout. Il y a des cons, des racistes ? On leur demande de se taire. »

    Partout, ce discours fait consensus. C’est toute l’originalité et le plaisir de cette mobilisation, de voir se côtoyer « des gens qui ne pensent pas pareil ». Et qui veulent même repousser les divisions qui pourraient apparaître lors des discussions : « On est d’accord sur l’essentiel, pouvoir d’achat, justice, réforme politique. Pour le reste, on discute. Et sur les trucs les plus chauds, l’immigration par exemple, on évite d’en parler », explique un gilet jaune de Commercy. « Ici, il y a du RN, de l’UPR, de la FI, mais surtout beaucoup de gens qui ne sont pas politisés, explique Fabien depuis son rond-point du Cannet-des-Maures. C’est fou mais ça transcende un peu les gens. »

    Au fil de nos déplacements, nous avons aussi rencontré une foule d’abstentionnistes, de gens qui de longue date expliquent s’être retirés du champ politique, jusqu’à refuser de se positionner sur le classique axe gauche-droite. L’abstention est traditionnellement l’angle mort du pouvoir politique et des commentateurs. On la déplore, pour aussitôt l’oublier. 52 % d’abstention au premier tour des législatives 2017 ; 25 % au second tour de la présidentielle 2017 ; 56 % aux européennes de 2014 ; 50 % aux régionales et départementales de 2015. Et si le « peuple des ronds-points » était aussi massivement celui des abstentionnistes ?

    Des classes populaires qui rejettent le système de délégation ou de représentation ; qui ignorent ou refusent tous les codes classiques de la politique ; des manifestants bien souvent sans culture politique ou sans expérience d’organisation ; d’autres qui assument volontiers une certaine violence – « Si on me gaze ou qu’on me tape, j’y vais, je réponds », nous dit-on à Vernon. Et une rhétorique saluant le « réveil du peuple » pour renverser « les élites ».
    Complotisme et « confusionnisme »

    Nous avons également croisé, en masse, des militants et des électeurs de gauche. Sur les ronds-points, dans les manifestations ou les blocages. Ainsi de Claude, ancien prof d’histoire lorientais de 63 ans. Compagnon de route de la gauche de la gauche, de toutes les manifestations bretonnes depuis presque cinquante ans, il se régale de voir « le peuple qui remue », dans « une ambiance d’enfer », et de côtoyer du matin au soir ceux qu’il n’a « jamais vus dans les mobilisations classiques ». À Bourges, c’est Nella, éducatrice spécialisée à la retraite venue de Nevers, qui retient avec peine ses larmes : « Ça fait des années que j’attends les gilets jaunes. J’ai loupé Mai-68, je n’allais pas louper 2018 ! »

    Ces militants traditionnels de la gauche radicale semblent avoir fait le choix de jeter aux orties ce qui a longtemps structuré leur camp, le combat à la vie à la mort contre les « fachos », ce qui achève de déboussoler les commentateurs. « Ici on fait fi de ces différences, mais on les cache pas non plus », résume Fabien, proche des Insoumis, dans le Var.

    Ce qui vaut pour l’engagement politique vaut pour les étiquettes syndicales. Les militants de la CGT, de Sud ou même de la CFDT – à Montceau-les-Mines, Pierre-Gaël Laveder, encarté CFDT, est l’un des piliers du mouvement – sont présents depuis le départ, ou presque. À Fleury-sur-Andelle, dans l’Eure, Leïla est délégué syndicale CGT dans son usine. « Mais ici, je suis citoyenne, pas de gilet rouge ! », insiste-t-elle. À Lorient, Pascal, militant Unsa, se dit très content que ce soit ainsi : « Toutes nos étiquettes, on les laisse au vestiaire, ici c’est le citoyen qui parle. » Bon nombre expliquent que, même engagés, ils sont fatigués des contraintes d’appareil et d’organisation.

    Dans ce grand méli-mélo d’opinions et de débats, il est difficile de ne pas voir surgir à un rythme inquiétant des théories complotistes. Lorsque nous nous sommes rendus à Lorient, c’est le « pacte de Marrakech » qui enfiévrait les esprits. Pourtant non contraignant, ce texte était régulièrement présenté comme devant conduire à céder la souveraineté de la France à l’ONU, pour mieux y laisser pénétrer des migrants. Plusieurs responsables politiques de droite et d’extrême droite ont repris ces accusations, à divers degrés. Mais parmi les gilets jaunes, c’est Maxime Nicolle, alias « Fly Rider », qui a largement contribué à faire émerger cette théorie.

    Cette influente figure du mouvement (qui a aussi participé à la mise sur orbite du référendum d’initiative citoyenne) saute régulièrement à pieds joints dans ce type de théories farfelues. Il a dit à plusieurs reprises ne pas croire sur parole le gouvernement lorsqu’il s’agit de qualifier l’attentat de Strasbourg d’acte terroriste. D’autres de ses élucubrations, comme les révélations de « Monsieur X », qui risquaient selon lui de conduire à une troisième guerre mondiale, ont fait flop. Interrogée lors d’un Mediapart Live sur ces sorties de route régulières, Priscillia Ludosky, autre figure de proue du mouvement mais qui n’a jamais versé dans le complotisme, a répondu qu’il fallait laisser chacun s’exprimer librement.

    Avant le début du mouvement, Maxime Nicolle a par ailleurs affiché à plusieurs reprises ses sympathies pour le FN sur Facebook. Faut-il voir pour autant dans ses opinions complotistes assumées un marqueur de l’extrême droite, qui se répandrait tout au long des connexions des gilets jaunes ? Nous sommes plutôt tentés de suivre la sociologue Dominique Pasquier, qui a consacré un livre remarqué à L’Internet des familles modestes, et qui rappelle que le public des gilets jaunes s’informe généralement très peu et ne fréquente quasiment pas les médias traditionnels. « Chez les personnes que j’ai observées, quand on parle de politique avec ses amis sur Facebook, c’est sous la forme du coup de gueule, sur des infos non vérifiables et non vérifiées », souligne la sociologue.

    Cette absence d’information, et de formation, couplée à la volonté de rejeter les étiquettes, peut conduire à un net effacement des bornes politiques, et à des regroupements peu réjouissants. Ce vendredi 18 janvier, les gilets jaunes de Toulon organisent au Zénith une « agora citoyenne » accueillant Étienne Chouard, héros du « Non » au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005 et théoricien du RIC. Chouard a largement été mis à l’index à gauche pour avoir assumé, en 2013-2014, de côtoyer l’antisémite Alain Soral, dont il ne partage pas les idées, mais qu’il glorifiait néanmoins comme un respectable « résistant à l’Union européenne ».

    Seront aussi présents le journaliste Vincent Lapierre, très apprécié des gilets jaunes pour ses vidéos engagées auprès d’eux, malgré sa proximité affichée avec Dieudonné, ou Régis Chamagne, ex-colonel de l’armée de l’air invitant dans un livre le peuple français « à ne plus subir le joug d’une classe apatride qui a planifié sa destruction ».

    Ces invitations sont assumées par Géraldine, l’une des organisatrices, qui rejette pourtant fermement toute accointance avec l’extrême droite : « Nous revendiquons le droit d’être bousculés, c’est trop facile de n’avoir que la parole de l’État, du prof de fac du coin qu’on voit partout dans les médias mainstream, explique-t-elle. On arrête de suivre une personne parce qu’on l’aime bien, parce que c’est confortable. On va aller prendre ce que les gens ont à nous donner. » Quitte à laisser la porte grande ouverte à des militants politiques autrement mieux structurés, et sans ambiguïtés sur leurs buts politiques ? C’est la thèse de Philippe Corcuff, interviewé ici, pour qui le « bain idéologique confusionniste » dans lequel baignent les gilets jaunes est propre à favoriser l’extrême droite.

    « Les seuls bénéficiaires de ce mouvement seront l’extrême droite et Marine Le Pen », abondent en chœur nombre des observateurs critiques des gilets jaunes. Pour l’heure, c’est ce qu’indiquent les entreprises de sondages. C’est aussi ce que peut laisser penser le paysage politique, où les forces politiques de gauche sont en plein désordre.

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    Notre dossier « gilets jaunes » : la révolte des oubliés Par La Rédaction De Mediapart

    Mais cette histoire n’est justement pas terminée et donc ne peut être écrite. À Béziers, ville d’extrême droite dirigée par Robert Ménard, Marc, un militant de La France insoumise, dit être présent depuis le début sur les ronds-points : « Nous ne rencontrons pas ces gens d’ordinaire et c’est très intéressant. Si nous n’y sommes pas, oui, droite et fachos emporteront la mise. »

    L’accumulation de surprises depuis deux mois laisse présager de nouveaux développements inédits. Comment la gauche dans son ensemble choisira-t-elle, ou non, de s’en saisir et de s’y investir ? Comment les groupes de gilets jaunes, qui sont autant d’écoles de formation accélérée à la politique, évolueront-ils dans les semaines à venir ? Ce qui est aujourd’hui un mouvement populaire se disloquera-t-il sous le poids de sa diversité et de ses contradictions ? Portera-t-il au contraire, face au gouvernement, un projet plus structuré ? C’est toutes ces questions que nous tenterons d’éclairer en poursuivant nos reportages au plus près du terrain et de ses acteurs.

  • Gilets jaunes : "Les bavures policières, c’est l’omerta absolue"
    #vidéo Arrêt sur images 18 janvier 2019

    https://lalibertedelesprit.org/videos/2019-01-18-ASI-Violences-policieres_DL.mp4

    Plusieurs semaines de silence quasi complet de tous les médias et tout à coup, en quelques jours un déferlement d’émissions et d’articles sur la répression policière du mouvement des Gilets jaunes. Répression qui, à ce jour, à provoqué une centaine de blessés graves, dont une quinzaine ont perdu un œil. Pour comprendre comment et pourquoi un système médiatique peut focaliser sur un phénomène qu’il ignorait la veille nous recevons sur notre plateau : David Dufresne, journaliste indépendant, auteur de Maintien de l’ordre (Hachette Littérature), il recense depuis le début du mouvement toutes les images de violences policières contre des Gilets jaunes et des journalistes ; Axel Ronde, secrétaire général du syndicat VIGI Police (organisation ex CGT) ; Eric Dessons, reporter photographe au Journal du Dimanche, gravement blessée à la main par les forces de l’ordre durant l’acte 4.

    David Dufresne recense les violences policières

    David Dufresne comptabilise et documente sur son compte Twitter tous les cas de violences policières à l’encontre des Gilets jaunes et des journalistes depuis le 4 décembre. Il les signale systématiquement au ministère de l’Intérieur. Son fil d’actualité est donc inondé de photos et de vidéos le plus souvent amateurs de blessés par des tirs de Flashball, LBD, de grenades ou encore par des coups de matraques. On en diffuse quelques-unes sur le plateau : Thomas, 35 ans atteint par un Flashball en pleine tête lors de l’acte 9 à Paris, comme Lilian âgé de 15 ans, sur son lit d’hôpital ; ou encore Antoine, 26 ans, qui a perdu la main en ramassant une grenade GLI-F4. Mais ce ne sont que quelques cas parmi d’autres. Le journaliste comptabilise à ce jour plus de 300 signalements.

    Retour plateau difficile pour David Dufresne, très ému par toutes ces images. ""Je les prends en pleine figure"", s’émeut le journaliste avant de faire le récit du drame traversé par le tout jeune Lilian et sa famille. Rappelant notamment que l’adolescent ""sortait de Go Sport"" au moment des faits, ""n’avait rien à voir avec la manif" "et que ""la police a tenté de noyer le poisson"". ""Que fait alors la presse locale ?"" s’insurge Dufresne. Elle relate ""les faits au conditionnel"" : ""il aurait 15 ans, il aurait pris une balle de LBD." "Comment un journaliste peut écrire le lendemain à 14 h que la plainte n’a pas été déposée, sous-entendu que si il y a pas de plainte, il n’y a pas de problème ?"" Et de déplorer : ""globalement, traiter des affaires de police est extrêmement compliqué, c’est quasiment monosource, à savoir les syndicats qui sont à peu près tous des courroies de transmission du ministère de l’Intérieur". Pour lui, "il n’y a rien de plus difficile pour un journaliste que de traiter de bavures policières. C’est l’omerta absolue.""

    Désaccord d’Axel Ronde, secrétaire général du syndicat VIGI Police (organisation ex CGT) qui refuse le terme ""d’omerta"". Il rappelle ""que l’IGPN peut être saisie, et des enquêtes sont menées"". Et d’ajouter : ""les fonctionnaires de police représentent 3% des effectifs de la fonction publique mais cumulent 80 % des sanctions". "On est très sanctionnés."""
    "

    Un homme de 47 ans blessé à Bordeaux : décryptage

    Samedi dernier, une vidéo montrant un manifestant de 47 ans blessé à la tête, à Bordeaux, par un tir de LBD a fait le tour des réseaux sociaux. La victime s’appelle Olivier Beziade. Il est pompier volontaire et père de trois enfants. A la suite de cette blessure, il a été hospitalisé et placé en coma artificiel. L’IGPN a été saisie. Entre temps, Dufresne a réalisé un montage vidéo pour décrypter étape par étape les circonstances de l’incident. Zoom image par image filmée par ja journaliste Stéphabnie Roy pour Line Press ""Là on voit la BAC en civil," décrypte Dufresne. "Cela" "constitue l’un des enjeux actuel sur le maintien de l’ordre sur les dégâts, les blessés et les mutilés. C’est l’utilisation de ces hommes qui ne sont pas entraînés au maintien de l’ordre, qui ont des méthodes qui n’ont rien à voir le maintien de l’ordre." "Le syndicaliste tient à préciser que "le manque d’effectifs" contraint à puiser dans les effectifs des commissariats ou de la gendarmerie. Il reconnaît que" "ces hommes sont formés seulement à l’école et qu’il faudrait des stages de recyclage". "I""l faut bien comprendre que lorsque Edouard Philippe dit qu’il déploie 80 000 hommes, ce qu’il ne dit pas c’est qu’un tiers d’entre eux ne sont pas formés"", complète Dufresne.

    Il ajoute l’obligation pour les forces de l’ordre d’être identifiables pour pouvoir porter plainte à l’IGPN." "Ce qui n’est pas le cas la plupart du temps"," observe-t-il. ""En général, on nous retrouve facilement et on est sanctionné au moindre dérapage"", rétorque Ronde. Il admet néanmoins que le matricule n’est pas toujours visible :" "il est sous le matériel de protection." "Le débat se poursuit sur la doctrine du maintien de l’ordre et sur le manque de précision des armes utilisées dans ce cadre." "Les policiers ne sont pas là pour absorber des coups"", proteste Ronde. ""La réalité c’est que les manifestants ne jouent plus le jeu"," ajoute-t-il quelques minutes plus tard.

    Précisons que Olivier Beziade est sorti du coma hier.

    Eric Dessons "ciblé et blessé" par un policier

    Depuis le début du mouvement plusieurs journalistes et photojournalistes ont été blessés par les Forces de l’ordre, conduisant des dizaines d’entre eux à porter plainte. C’est le cas d’Eric Dessons, photo-journaliste au JDD. ""Je n’ai aucun ""problème"" avec la policier, "rapporte-t-il. "J’ai couvert le 1er décembre la manifestation à l’Arc de triomphe, les policiers se sont pris des violences considérables et j’ai publié les photos dans le JDD.""

    Il ne comprend pas pour autant pourquoi la force employée par la police la semaine suivante, le 8 décembre, lors de l’acte 4, était complètement disproportionnée : ""je couvrais la manifestation le matin, et à 11 h, il se passait pas grand chose, je ne gênais pas mais la police m’est tombé dessus"". Il a alors reçu, au cours de deux charges consécutives, plusieurs coups de matraque télescopique en fer sur la main droite. Gravement fracturée, il a été opéré. ""Alors que j’étais ""identifiable"" avec un brassard presse. J’ai été intentionnellement visé"", témoigne-t-il.

    Le journaliste local Simon Louvet, lui, l’a échappé belle à Rouen lors de l’acte 7 comme l’illustre une vidéo qu’il a filmée. Un policier de la BAC le tient en joue avec un Flashball, la scène est extrêmement tendue. Mais loin d’être un cas isolé. ""Cette scène m’arrive systématiquement tous les week-ends, "révèle Dessons sur notre plateau. "C’est là où la police nous empêche de travailler, on ne gêne pas et on nous braque avec des Flashball ou des LBD de très près.""

    Dufresne rappelle que la semaine dernière fois encore, ""deux journalistes de Konbini ont été visés pas la police"" malgré ""des déclarations politiques"" disant ""qu’il faut laisser travailler la presse"".

    Justification de Ronde : ""les policiers travaillent ""avec des casques remplis de buée 17 heures voire 18 heures d’affilées sur des opérations de maintien l’ordre. On a donc le champs de vision un peu restreint"". ""Et on se repose quand ?"" poursuit-il. Et Dufresne de rappeler l’urgence de changer la doctrine du maintien de l’ordre.

    violences policières ou violence d’ETAT

    Si les JT de France 2 ont fait peu de cas des violences policières comme nous l’avions comptabilisé il y a quelques jours dans une enquête, l’émission Envoyé Spécial diffusée sur la chaîne, le 13 décembre, a été la première à inviter David Dufresne pour évoquer son travail de recensement. ""Après cette émission de nombreuses rédactions se sont abonnées à mon fil Twitter, "raconte Dufresne." Mais elle n’ont pas besoin de moi, elles ont les remontées du terrain mais ce que je vais constater petit à petit, c’est que les remontées du terrain s’arrêtent à peu près au bureau de la rédaction en chef. Je vois alors une omerta, une gêne à parler de ce sujet. ""

    Mais d’après Dufresne, certaines rédactions comme à BFMTV ont engagé ""des ateliers", "des discussions" sur "le traitement médiatique du mouvement et les violences policières. ""Avec les Gilets jaunes, la France est en train de passer un ""examen"" de conscience et ça se ressent aussi dans les médias"", analyse le journaliste.

    ""Je préfère qu’on emploie les termes de violence d’Etat plutôt que violences policières", tient à rectifier le syndicaliste. "Car on obéit aux instructions.""

    Pascal Praud, pro police

    Une autre raison de la sous-médiatisation voire la non médiatisation des violences policières peut être que des journalistes croient plutôt intuitivement la version policière que celle des manifestants. C’est le cas notamment de Pascal Praud, animateur télé sur CNews. Il a longuement été interrogé par Marc Rylewski (on vous en parle ici), un paparazzi, qui se présente comme un journaliste de rue ou un journaliste gilet jaune. Il a pris pour habitude en France de filmer et d’interroger des personnalités politiques et surtout des journalistes dans la rue, en versant parfois dans les propos complotistes et antisémites. Ils diffusent ensuite ses vidéos sur sa chaîne Youtube. Marc Rylewski est parvenu à approcher Pascal Praud. Il se laisse interviewer et filmer pendant 18 minutes, durant lesquelles il ne cache pas sa partialité en faveur des policiers. ""Il es jamais allé sur le terrain, il a toujours commenté, ça le disqualifie totalement"", remarque Dufresne.

    Commandant andrieux, une affaire déterminante ?

    Le 5 janvier, Didier Andrieux, commandant de police fraîchement décoré de la Légion d’honneur a été filmée à Toulon en train de frapper à coups de poing plusieurs manifestants. Les images de vidéo amateur ont choqué et sont très vite devenues virales. ""Elle a été déterminante, "analyse Dufresne. "L’usage d’un LBD, c’est plus compliqué. Là on voit un homme tabassé des hommes qui sont déjà immobilisés, donc il y a déjà une forme de lâcheté incroyable, on apprend que le commandant avait été décoré de la légion d’honneur." "Ce qui ajoute selon lui à la médiatisation de ces images, c’est l’irruption, le même jour, d’une vidéo montrant le boxeur Chritopher Dettinger, boxeur professionnel, s’en prendre à des CRS.

    Daniel Schneidermann rappelle par ailleurs que dans la matinée du vendredi 18 janvier, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner vient de défendre l’emploi des LBD , en disant que si cette arme intermédiaire n’avait pas été utilisée, il y aurait peut-être eu des morts. ""Depuis quelques jours j’assiste à un déferlement médiatique fantastique où les questions posées sont des questions politiques, "constate Dufresne. "Ce n’est pas le gardien de la paix ou celui de la BAC qui est en cause c’est celui qui l’arme."" Retour sur les émeutes de 2007 à Villers-le-Bel. ""On a tiré sur des fonctionnaires de police avec des fusils de chasse à balles réelles, "rappelle Ronde. "Pour cette raison, nous avons mis en place des armes intermédiaires parce qu’on n’a pas voulu tirer à balles réelles sur les émeutiers." "C ’est en 2007 en effet, qu’ont été introduites les armes intermédiaires dans le cadre du maintien de l’ordre. ""On est donc passé à un maintien de l’ordre militarisé"", conclut Dufresne.

    https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/gilets-jaunes-les-bavures-policieres-cest-lomerta-absolue

  • Les Gilets Jaunes sont nés d’un mouvement social de contestation contre la taxe sur les produits pétroliers . Les manifestations sur les ronds-points et dans les rues des villes ont commencé début novembre 2018 . L’annonce de la hausse de cette même taxe en Janvier 2019 n’a fait qu’accroître la virulence de cette révolte . Plusieurs décisions précédentes du gouvernement avaient causé cette montée de la colère, en particulier la limitation de vitesse à 80 km/h des routes départementales . Depuis longtemps les inégalités de revenus s’accentuent entre les plus modestes et les plus riches . Les cadres supérieurs reçoivent en moyenne un salaire 2,44 fois plus élevé que les ouvriers,2,52 fois plus chez les hommes et 2,41 fois plus élevé chez les femmes .

    En juillet et août 2017 pendant les vacances d’été des modifications importantes du Code du Travail ont été réalisées à marche forcée par voie d’ordonnances . Les syndicats ont été certes reçus et consultés par le gouvernement mais aucune de leurs propositions n’a été retenue . Ainsi l’autorisation administrative de licenciement a été abrogée . Le patronat peut donc maintenant arbitrairement licencier un ouvrier ou un employé .

    L’évasion fiscale des capitaux vers les paradis fiscaux se chiffre entre 60 milliards et 70 milliards par an selon le syndicat " Solidarités Finances Publiques " du Trésor Public . Les délocalisations de firmes qui font pourtant des bénéfices en France déménagent vers des pays à faible coût du travail . Il s’ensuit chez nous des plans sociaux de licenciements qui mettent au chômage des centaines voire des milliers de travailleurs .

  • La première revendication principale des"Gilets Jaunes" était l’augmentation du pouvoir d’achat . Or dans sa lettre annonçant le grand débat national, le président Macron ne parle pas de cette nécessité vitale pour la plupart des catégories sociales de notre peuple . Beaucoup de personnes ont des fins de mois difficiles . Les dépenses contraintes liquident leur revenu mensuel parfois au bout de 15 jours et souvent au bout de 3 semaines . En plus de cela s’ajoute l’obligation de rembourser des annuités de crédit avec taux d’intérêt à l’appui . Ils ont des difficultés à payer leur loyer,risquent de devenir des SDF .

    Désormais ces invisibles du monde politique se rendent visibles en portant des gilets jaunes . Ils sont décidés à s’organiser en un groupe de pression permanent pour obliger le gouvernement à assurer la justice sociale . Ils représentent la France qui se lève tôt et qui travaille pour rester solvables .

    Le préambule de notre constitution de la Vème République proclame que la France est une démocratie sociale et laïque . Or depuis plusieurs décennies c’est une démocratie bourgeoise qui s’est mise en place . Elle défend en particulier la classe sociale de la haute-bourgeoisie commerciale et financière . Celle-ci étant apatride ne se soucie que de ses intérêts de classe . Les membres du gouvernement et du parlement ne sont que les intermédiaires des gros industriels et de la grande finance . Ils aident le grand patronat à internationaliser leurs affaires au détriment du développement de notre pays .

    Les "Gilets Jaunes" ne veulent pas de représentants officiels pour l’instant. Ils soupçonnent à l’avance que de possibles représentants pourraient s’accorder progressivement avec la classe politique au pouvoir . Dès à présent ils n’ont pas confiance envers un représentant élu qui pourrait retourner sa veste .
    Divers présidents de la république nous ont déjà déçus . Monsieur Jacques Chirac parlait pendant sa campagne électorale de réduire la fracture sociale . Une fois installé au pouvoir il a augmenté la facture sociale en abaissant le niveau de vie des travailleurs .
    Mr Sarkozy après la crise financière des subprimes de 2008 avait affirmé de prendre des dispositions coercitives contre les paradis fiscaux . Cette rodomontade alla rejoindre d’autres promesses en l’air .
    Mr Hollande dans son discours du Bourget de 2012 a proclamé de limiter les excès de la finance internationale et de renégocier le traité de l’Union Européenne . Ces belles paroles sont allées rejoindre le placard des tristes velléités . Pour toutes ces raisons les "Gilets Jaunes" ne tolèrent qu’avec réserve l’intervention de porte-paroles qui rendent compte des réclamations de leur mouvement collectif . Aucun mandat représentatif ne leur est décerné .

  • Dans le cadre de l’Union Européenne le président français est réduit à être un agent comptable de la Commission de Bruxelles . Il n’a plus les coudées franches pour gérer le pays . Il a du demander au commissaire européen des finances Pierre Moscovici l’autorisation d’une rallonge budgétaire de 10 milliards d’euros pour satisfaire des revendications d’aides financières réclamées par les "Gilets Jaunes" . Le président français est soumis à la règle d’or de l’Union Européenne de ne pas dépasser le déficit de 3% du produit intérieur brut de la France .Le véritable décideur de la gestion du budget de la France est donc la Commission de Bruxelles . Dans ces conditions les " Gilets Jaunes" sont contraints de présenter une liste de candidats aux prochaines élections européennes . C’est la seule solution pour pousser à l’établissement d’une Démocratie Sociale Européenne face à l’actuelle démocratie bourgeoise se réduisant à une ploutocratie .

    Le pouvoir politique actuel préconise le désengagement des pouvoirs publics à tous les niveaux pour libérer l’économie de toutes règles sociales . Le président actuel pense que le secteur privé prendra le relais du service public . Or les citoyens censés savent bien que non . L’entreprise privée s’investira uniquement dans des activités qui rapportent beaucoup d’argent .

    Pendant les Trente Glorieuses,l’idée dominante était que le pouvoir politique devait contenir l’économie et veiller au progrès social et à l’équilibre territorial . Cette pensée keynésienne a favorisé l’émergence des classes moyennes grâce à une répartition équilibrée des bénéfices entre travailleurs et actionnaires .

    Depuis 2002 sous les présidences Chirac,Sarkozy,Hollande et maintenant Macron tous les acquis sociaux et tous les services publics ont été remis progressivement et méthodiquement en cause . Le problème c’est que la plupart des gens ne se sont pas rendu compte de ce changement de modèle politique . L’Etat providence a été enterré avec discrétion .

    D’après madame Valérie Jousseaume maître de conférence à l’université de Nantes cette tendance n’est pas irrémédiable . Elle est le fait des politiques néo-libérales menées à petits pas à partir d’un retournement de veste à 180° en 1983 . C’est une question de politique et de rapports de forces . En 1945,le patronat industriel était muselé par ses faits de collaboration et le parti communiste était fort . Le Conseil National de la Résistance avait un programme politique de progrès social . Ils ont réussi à créer la Sécurité sociale et la retraite, alors que le pays était détruit par la guerre .
    Cela montre que ce n’est pas le contexte qui compte,mais la volonté politique . Le phénomène gilets jaunes illustre le réveil de la France qui vit du travail,du fait des écarts criants entre des revenus du capital en croissance et des revenus du travail en berne et un démantèlement des services collectifs,gratuits ou presque . Les questions du partage des richesses créés,de la justice sociale,du progrès pour tous,sont à nouveau sur la table .

  • Comment les « gilets jaunes » ont fait exploser les cadres de pensée
    Par La Rédaction De Mediapart

    Les ronds-points vus par les penseurs : c’est à une tentative d’analyse à chaud de la mobilisation des « gilets jaunes » que se prêtent quinze chercheurs dans Le fond de l’air est jaune, paru ce jeudi au Seuil. Mediapart propose à la lecture l’introduction de ce recueil de textes, lesquels aident à saisir la force d’un mouvement qui est parvenu, comme rarement au cours de la décennie, à imposer au centre du débat la question de la justice sociale.

    Les éditeurs se sont emparés du mouvement des « gilets jaunes », si inédit et riche en interprétations. Alors que les grilles de lecture habituelles sont de peu de secours pour comprendre ce qui surgit sous nos yeux, nous vous proposons la lecture de l’introduction d’un recueil de textes, coordonné par notre journaliste Joseph Confavreux, qui paraît aujourd’hui aux éditions du Seuil. En parallèle à la couverture journalistique fouillée proposée par Mediapart depuis le début de la mobilisation (retrouver ici notre dossier), ce livre offre un panorama de quelques-unes des analyses les plus percutantes publiées ces derniers jours, certaines dans le Club de Mediapart, par des chercheurs. Parmi eux, Étienne Balibar, Ludivine Bantigny, David Graeber, Samuel Hayat, Sophie Wahnich et Michelle Zancarini-Fournel, qui toutes et tous à leur manière documentent le temps présent, au travers du prisme de la philosophie, de l’histoire, de la sociologie ou de l’économie. Nous signalons la parution, en même temps, d’un autre ouvrage aux ambitions proches, celui de La Découverte, coordonné par le site AOC, pour Analyse Opinion Critique, qui rassemble chaque jour des textes écrits par des chercheurs, des intellectuels, des écrivains et des journalistes.

    *******

    Les ronds-points sont une invention française, tout comme l’idée de les bloquer vêtus de gilets jaunes. C’est en effet l’urbaniste Eugène Hénard (1849-1923) qui a réalisé le premier giratoire de l’histoire, autour de l’Arc de Triomphe à Paris. Sans pouvoir se douter que la place de l’Étoile, comme plusieurs des 30 000 ronds-points que compte aujourd’hui la France, championne du monde en la matière, deviendrait en 2018 l’un des improbables épicentres d’une révolte inédite.

    En y installant leurs baraques, leurs tentes, leurs plots et leurs barrières, les manifestants les ont transformés en places publiques, permettant à des gens qui s’évitaient jusqu’alors de fraterniser. Ils ont aussi, et ainsi, fait voler en éclats les faux-semblants consensuels d’une société qui a remplacé le carrefour, avec ses risques de collisions mais encore ses possibilités de rencontres, par le rond-point, métaphore et illusion d’un monde où tous les flux iraient dans la même direction, mais pas à la même allure que les grosses cylindrées conduites par les « premiers de cordée. »

    Ainsi que l’ont écrit le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval, « les gilets jaunes, que cela plaise ou non, ont réussi ce que trente ans de luttes sociales n’ont pas réussi à faire : mettre au centre du débat la question de la justice sociale. Mieux, ils ont imposé on ne peut plus clairement la question fondamentale pour toute l’humanité du lien entre justice sociale et justice écologique. »

    De cette histoire encore en cours, chacun conserve sans doute déjà un souvenir de quelque chose qu’il n’aurait jamais cru voir ou entendre : les Champs-Élysées, interdits aux manifestations depuis le 6 février 1934, pris d’assaut et couverts de lacrymo ; un opticien de Saint-Étienne reconnaissant, médusé, certains de ses clients parmi les pilleurs de son magasin ; un gilet jaune filmant en Facebook Live l’intégralité de son entretien avec un ministre ; le mariage de deux manifestants vêtus de jaune au péage occupé de Séméa-Tarbes-Est ; une « mamie asthmatique », ainsi qu’il était écrit sur son gilet, s’aspergeant les yeux de sérum physiologique entre deux charges de CRS ; des groupes d’extrême gauche et d’ultra-droite battant le même pavé, mais en venant parfois aux mains ; ou encore les comparutions immédiates sidérantes de « primo-manifestants », selon le terme désormais consacré pour décrire tel boucher-charcutier de quarante-cinq ans venu spécialement des Hautes-Alpes, ou tel autre forgeron de trente-sept ans tout juste débarqué des Ardennes afin de « monter sur » l’Élysée…

    De cette histoire encore en cours, il est toutefois déjà possible, voire nécessaire, de fixer certains contours sans en figer le sens. Afin de prendre la mesure d’un événement qui a bouleversé, selon leurs propres mots, l’atonie existentielle de beaucoup de celles et ceux qui y ont participé, mais aussi fracassé le sentiment diffus d’impuissance politique de nombre de celles et ceux qui les ont observés, de tout près ou de plus loin. En effet, pour reprendre les mots de l’écrivain Dimitris Alexakis, le soulèvement des gilets jaunes fait « apparaître, comme en une explosion, tout un monde. Il politise des situations, des lieux et des parcours qui semblaient avoir été remisés hors du champ politique ».

    Bien sûr, ainsi que l’écrivait Edgar Morin, « ces événements extraordinaires échappent aux explications ordinaires ». Et il serait donc vain de chercher une signification monolithique, ou même dominante, à cette mobilisation, à la fois protestation contre la vie chère, demande de justice sociale et fiscale, conséquence de la déréliction des institutions représentatives, reflet d’une « situation populiste », pot-pourri de passions joyeuses ou tristes, miroir des travers monarchiques d’une Ve République qui ne veut connaître qu’un homme seul face à « son » peuple, ou encore signal d’un « épuisement physique et psychologique qui est aussi la trace de notre épuisement démocratique », selon l’historien Quentin Deluermoz…

    L’éventail des comparaisons historiques qui ont pu être projetées sur les gilets jaunes, depuis la Révolution française jusqu’au mouvement de Pierre Poujade ; depuis les « chemises vertes » agraires de l’entre-deux-guerres jusqu’aux bonnets rouges des années 2010 ; depuis les journées de juin 1848 jusqu’aux révoltes viticoles de 1907, atteste aussi de la difficulté à cerner le caractère inédit de cette révolte contemporaine.

    Tenter de la comprendre – c’est-à-dire en accueillir les formes, en saisir les ressorts et en imaginer les conséquences – suppose alors tout à la fois de croiser les regards et de rester modestes. Car si les gilets jaunes ont percuté toute une société, ils ont fait trembler les cadres d’analyse des chercheurs et des penseurs.

    Au début, le monde intellectuel a d’ailleurs regardé le plus souvent de loin, voire en se pinçant le nez, une mobilisation qui semblait remettre en cause aussi bien les défis écologiques contemporains que la solidarité nationale permise par l’impôt. La présence de groupuscules fascistes, comme les propos sexistes, homophobes, racistes et antisémites tenus par certains gilets jaunes, et surexposées par certains commentateurs politiques ou médiatiques, ont ajouté au brouillage.

    Toutefois, rapidement, nombre de penseurs et de chercheurs ont emprunté le chemin inverse d’Éric Brunet, journaliste pour RMC et BFM, qui avait endossé son gilet jaune le 17 novembre, lors du premier acte de la mobilisation, avant de s’en désolidariser, quand il s’avéra que ce qui se passait ne pouvait être réduit à une protestation antifiscale d’automobilistes en colère, ni même de « gaulois réfractaires » fiers du drapeau tricolore.

    Il ne s’agissait pas, pour toute une partie du monde intellectuel, d’endosser sans regard critique un vêtement réfléchissant devenu un signifiant flottant propice à toutes les appropriations et les projections. Mais se mettait d’abord à jour la nécessité de défendre les gilets jaunes contre le mépris de classe dont ils étaient souvent victimes.

    L’historien Gérard Noiriel, auteur d’une récente Histoire populaire de la France (Agone, 2018) et lui-même issu d’un milieu populaire, a ainsi précocement remis en cause l’idée que l’on aurait affaire à une « jacquerie », terme péjoratif, symptôme de « l’importance du langage dans l’interprétation des luttes populaires. » Quant à l’écrivain Édouard Louis, il a jugé que « les gilets jaunes représentent une sorte de test de Rorschach sur une grande partie de la bourgeoisie ; ils les obligent à exprimer leur mépris de classe et leur violence que d’habitude ils n’expriment que de manière détournée. »

    Plusieurs intellectuels sont ensuite montés au créneau pour refuser de réduire la mobilisation des gilets jaunes à ce que leurs détracteurs mettaient en avant, voire montaient en épingle. Ainsi de la « violence » dont l’économiste et philosophe Frédéric Lordon rappelait qu’elle ne pouvait se comprendre sans le « déni de la violence sociale » et l’aveuglement vis-à-vis d’une situation où, « au bout de trente ans de néolibéralisme parachevés par dix-huit mois macroniens de guerre sociale à outrance, des groupes sociaux entiers ont été poussés à bout ».

    Ainsi, également, de la dénonciation des « chemises brunes » censées être dissimulées sous les gilets jaunes. Pour le journaliste Claude Askolovitch, en dépit de la « quenelle des salopards », celle-ci « n’est qu’un instant des gilets jaunes, que seule l’acrimonie élitaire décrète signifiant ». La défense des juifs y devient, selon lui, moins une lutte véritable contre l’antisémitisme que « l’ultime morale des pouvoirs que leurs peuples désavouent ».

    Mais, au-delà de ces textes visant à défendre intellectuellement les gilets jaunes contre leurs critiques, le fait singulier, pour le monde des idées, a été que cette mobilisation a aussi été celles des sciences sociales et humaines, rarement aussi présentes et précises face à l’irruption du contemporain. Au lieu des sempiternelles et attendues passes d’armes entre intellectuels médiatiques, on vit plutôt circuler les analyses de la fine fleur de la recherche française.

    Plusieurs laboratoires se sont ainsi déployés, en collectif et en urgence, pour comprendre ce qui se déroulait sous nos yeux, et préciser le profil et les motivations des manifestants. Ce fut le cas des soixante-dix universitaires mobilisés par Sciences Po Bordeaux, mais aussi à Marseille, Caen, Rennes, Montpellier et Grenoble pour faire passer et analyser 166 questionnaires dont les premiers résultats ont été publiés dès le 11 décembre. Ce fut aussi la démarche d’un groupe composé de chercheurs et de doctorants de Lille et de Sciences Po Paris, qui a analysé le mouvement durant un mois, sous la coordination de Yann Le Lann, maître de conférences en sociologie à l’université de Lille.

    Que ce soit sur des blogs personnels ou dans les médias, des dizaines de textes éclairants ont paru, produits à partir des meilleurs outils de l’histoire, de la sociologie, de la géographie, de la science politique, de la philosophie, de l’économie, des sciences de l’information…

    Quinze d’entre eux ont été rassemblés ici : rédigés spécialement pour cet ouvrage, versions enrichies de textes publiés à chaud ou republications de tribunes. À la fois archives du présent et armes pour l’avenir, ils sont signés Étienne Balibar, Ludivine Bantigny, Louis Chauvel, Isabelle Coutant, Aurélien Delpirou, Olivier Ertzscheid, Michaël Foessel, David Graeber, Samuel Hayat, Jean-Claude Monod, Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon, Alexis Spire, Sophie Wahnich et Michelle Zancarini-Fournel.

    Déployés en quatre moments (« Les gilets jaunes sous l’œil de l’histoire » ; « Les raisons de la colère » ; « Cinquante nuances de jaune » et « Le spectre des possibles »), ces articles sont accompagnés de photographies, de slogans, de textes des acteurs eux-mêmes, avec lesquels ils partagent la volonté de documenter un moment qui n’a pas fini de résonner.

    Espérons qu’ils permettent, aussi, de se confronter à l’anticipation de « la bataille qui viendra après », pour reprendre les mots de l’économiste Cédric Durand, dans un texte portant le même titre que ce livre et dans lequel il jugeait que « là, c’est déjà une polarisation entre droite extrême et gauche conséquente qui se profile ».

  • Grand débat : les secrets d’un hold-up
    Médiapart 26 janvier 2019 Par Laurent Mauduit
    https://www.mediapart.fr/journal/france/260119/grand-debat-les-secrets-d-un-hold

    Alors que la Commission nationale du débat public était disposée à assurer l’impartialité et la neutralité du grand débat national, l’Élysée s’y est opposé. Documents et courriels confidentiels à l’appui, Mediapart révèle la lutte âpre qui s’est déroulée dans les coulisses du pouvoir, de sorte qu’Emmanuel Macron puisse transformer l’initiative, selon le mot de Chantal Jouanno, en une « campagne de communication ».
    C’est une curieuse histoire, qui se joue le 9 janvier, et qui va lourdement peser sur le grand débat national souhaité par Emmanuel Macron, pour essayer de sortir de la crise des gilets jaunes. L’avant-veille, le 7 janvier, sous le titre « Le salaire pas très “gilet jaune” de Chantal Jouanno », La Lettre A a révélé que la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) avait une rémunération de 14 666 euros brut par mois. La controverse s’est aussitôt enflammée. Et quand l’intéressée tente de s’expliquer, deux jours plus tard au micro de France Inter, elle est en réalité devenue inaudible.

    Elle a beau dire que le niveau de sa rémunération relève d’un décret, lequel relève de la compétence de la puissance publique, et qu’il lui appartient éventuellement de la diminuer ; elle a beau préciser qu’elle comprend qu’un tel niveau de rémunération puisse choquer les gilets jaunes, dont les revendications portent pour beaucoup sur des questions de pouvoir d’achat… personne ne l’entend.
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    Et quand Chantal Jouanno annonce ce 9 janvier qu’elle reste présidente de la CNDP mais qu’elle n’assumera pas, contrairement à ce qui était prévu, le pilotage de ce grand débat national, l’opinion retient que c’est cette polémique sur sa rémunération qui est à l’origine de cette embardée catastrophique pour le pouvoir.

    Et pourtant, non ! Derrière cette histoire, une autre se joue, dont personne à l’époque ne se doute. Il y a bien une rumeur persistante qui circule, et dont Mediapart se fait l’écho dans notre première enquête, selon laquelle les relations sont tendues entre le pouvoir et Chantal Jouanno, l’ex-ministre sarkozyste, le premier cherchant à se débarrasser de la seconde. Mais cela ne va pas plus loin. Et nul ne se doute que cette mise en retrait de Chantal Jouanno est surtout l’aboutissement ultime de très vives tensions entre la CNDP d’un côté, et l’Élysée et Matignon de l’autre, sur la manière de conduire ce grand débat national.

    Chantal Jouanno, dont nous avons recueilli le témoignage, admet elle-même bien volontiers que ce 9 janvier, elle ne dit pas ce qu’elle a sur le cœur. Par « loyauté », dit-elle. Mais avec le recul, la présidente souhaite visiblement faire connaître sa version des faits. Pour rétablir la vérité.

    L’histoire commence donc au début du mois de décembre. Emmanuel Macron a alors annoncé son intention d’ouvrir un grand débat national pour tenter de désarmer la colère des gilets jaunes et leur apporter la preuve qu’il est à l’écoute.

    Le 5 décembre, Chantal Jouanno, qui préside la CNDP, dont la mission est précisément d’être le garant de la neutralité et de l’impartialité de tous les débats publics organisés dans le pays, est donc approchée. Dans un premier temps, c’est Damien Cazé, conseiller au cabinet du premier ministre, qui lui demande si elle accepterait de piloter le grand débat. Mais la demande est curieusement formulée : son interlocuteur lui demande si elle accepte de le faire « à titre personnel ». Réponse de Chantal Jouanno : c’est impossible ! Si le gouvernement veut la saisir, cela ne peut être qu’ès qualités, comme présidente de la CNDP. Il faut donc que le gouvernement respecte les procédures et fasse une saisine officielle de la CNDP.

    Le sous-entendu est très clair : la CNDP est régie par des règles. Et si le gouvernement veut faire appel à elle, il devra les respecter. Comme dans tous les débats organisés par la CNDP, il ne peut y avoir de « lignes rouges », c’est-à-dire de sujets interdits. La neutralité et l’impartialité des débats devront être assurées, et c’est la CNDP qui en est nécessairement le garant – et non un ministre ou un responsable politique. Tous les intervenants dans le débat sont égaux : en clair, la parole d’un président de la République, s’il intervient, ne peut pas peser plus que celle d’un autre citoyen. Ou alors, si le président ou un ministre participe, ils ne peuvent présider la séance ni être sur une tribune ou au centre de la salle, de sorte que tous les participants soient égaux. Quant aux restitutions et au compte-rendu final des débats, c’est aussi la CNDP qui doit en avoir la maîtrise, de sorte qu’ils ne soient pas biaisés par quiconque. Toutes ces règles, la puissance publique les connaît évidemment, et le premier échange ne fait qu’y faire allusion.

    Alors pourquoi Damien Cazé demande-t-il à Chantal Jouanno de piloter le grand débat « à titre personnel » ? Le gouvernement souhaite-t-il obtenir la caution de la présidente de la Commission, mais sans saisine officielle, c’est-à-dire en s’émancipant des procédures démocratiques de la commission ? Ce même 5 décembre, un autre indice peut le suggérer. Il transparaît du courriel (voir ci-dessous) que Chantal Jouanno adresse au même Damien Cazé mais aussi à Thomas Fatome, qui est le directeur adjoint de cabinet d’Édouard Philippe. Chantal Jouanno leur signale que deux ministres, Jacqueline Gourault et Muriel Pénicaud, « rencontrent demain les organisations syndicales et associations d’élus ». Et la présidente de la CNDP d’ajouter : « Elles envisagent de définir et valider avec eux la méthode et l’organisation du débat. Ceci n’est pas en cohérence avec la volonté affichée de confier à une autorité indépendante cette organisation pour en garantir la neutralité. »

    En clair, il n’y a pas encore de conflit entre le pouvoir et la CNDP, mais celle-ci peut commencer à craindre que le gouvernement ne cherche à s’émanciper des règles d’un véritable débat démocratique. Quelques jours passent ensuite, sans que Chantal Jouanno n’obtienne d’éclaircissements sur la méthode retenue par le gouvernement.

    Le 11 décembre, Chantal Jouanno écrit donc un nouveau courriel à Thomas Fatome et Damien Cazé, dans l’espoir d’avoir des nouvelles car l’échéance du 15 janvier, date annoncée pour le lancement du grand débat, se rapproche. « Y voyez-vous plus clair sur l’organisation du débat ? L’Élysée souhaite-t-il le piloter directement ? Si vous souhaitez l’hypothèse de la saisine de la CNDP, il faut le faire très rapidement, car nous devons activer les budgets, les équipes pour mobiliser les prestataires », leur demande-t-elle.

    Dans la soirée, Damien Cazé lui apporte une drôle de réponse. Ou plutôt, il revient vers elle pour lui poser une question : « Chantal, on peut mobiliser les équipes sans saisine formelle ? Car on risque d’avoir une gouvernance un peu compliquée… » Le message, cette fois, n’est plus allusif : la formule de « gouvernance un peu compliquée » suggère que le gouvernement cherche un moyen pour ne pas effectuer de saisine de la CNDP et donc, pour échapper aux contraintes démocratiques que cela imposerait.
    Le nécessaire « filtrage du rapport final »

    Le 12 décembre, Chantal Jouanno confirme donc à Matignon qu’elle ne pourra piloter le grand débat que dans le cadre d’une saisine officielle de la CNDP.

    Le 13 décembre, le ton commence à monter. Une réunion a lieu ce jour-là à l’Élysée, avec une délégation de la CNDP conduite par Chantal Jouanno, la secrétaire générale adjointe de l’Élysée Anne de Bayser, le conseiller spécial de Macron Ismaël Emelien, le directeur adjoint de cabinet du premier ministre et divers autres conseillers. Un premier sujet de conflit apparaît. Ismaël Emelien veut qu’il s’agisse d’un débat fermé, avec des sujets hors débat – ce qui est contraire aux principes de la CNDP. Un second sujet de désaccord apparaît quand un conseiller évoque le nécessaire « filtrage du rapport final ». Ce qui est pour la CNDP tout aussi inacceptable car les données, dans leur intégralité, doivent pouvoir être accessibles à tous, de sorte que chacun puisse vérifier la sincérité de la restitution, à la fin du débat.

    Le 14 décembre, après visiblement beaucoup d’hésitations, Édouard Philippe saisit officiellement la CNDP, mais les mots utilisés par le premier ministre prolongent les ambiguïtés des jours précédents :

    Dans sa lettre à Chantal Jouanno, Édouard Philippe utilise en effet ces formules : « Je souhaite que la CNDP accompagne et conseille le gouvernement dans l’organisation de ce grand débat, et que vous assuriez personnellement cette mission. » Qui donc pilotera le grand débat : la CNDP ou le gouvernement ? La formule choisie peut signifier que la CNDP n’aura qu’une mission d’assistance et que c’est le gouvernement qui sera le pilote, ce qui serait une remise en cause du principe de neutralité.

    La formule selon laquelle Chantal Jouanno assurerait « personnellement cette mission » peut aussi suggérer qu’elle ne le ferait pas forcément és qualités de présidente de la CNDP mais à titre personnel, d’autant qu’elle pourrait s’appuyer pour conduire cette mission « sur une équipe interministérielle ».

    Le 17 décembre, la CNDP rend sa décision, qui est publiée comme le veut la loi par le Journal officiel : « Article 1 – La Commission, autorité administrative indépendante, accepte la mission d’accompagner et de conseiller le Gouvernement dans l’organisation du Grand débat national et désigne sa Présidente, Madame Chantal Jouanno, pour qu’elle assure personnellement cette mission. Cet accompagnement se poursuivra jusqu’au lancement du débat. Article 2 – La poursuite de cette mission jusqu’à la rédaction du rapport final suppose un engagement du Gouvernement à respecter pour ce débat public les principes fondamentaux de la Commission nationale du débat public. »

    Il s’agit donc d’une réponse favorable, mais à la condition que les règles du débat démocratique soient bel et bien respectées ! Car tout est là, relève Chantal Jouanno, de manière rétrospective : « Ils ne voulaient pas être contraints par les règles du débat public », confie-t-elle à Mediapart.

    Le 18 décembre, pour en avoir le cœur net, Chantal Jouanno repart à la charge. Sachant qu’il y a eu une réunion de travail peu avant entre l’Élysée et Matignon, elle demande par courriel à Thomas Fatome, le directeur adjoint de cabinet à Matignon, pour lui demander qui fera le rapport final : la CNDP comme le veut ses procédures ou le gouvernement ? « Et ils ont arbitré sur CNDP jusqu’à la restitution ou seulement la mise en place ? », demande-t-elle à son interlocuteur. Réponse peu avant minuit : « Point non abordé. Reparlons-en demain. »

    La formule a de quoi inquiéter Chantal Jouanno car le même jour, peu avant, une réunion a eu lieu, toujours à Matignon, au cours de laquelle on lui a dit que la CNDP piloterait le grand débat, mais qu’elle serait assistée de personnalités faisant office de garants. Ce que Chantal Jouanno a refusé, toujours pour la même raison : le garant, le seul, ne peut être que la CNDP, puisque c’est précisément sa raison d’être.

    Pour lever toutes les équivoques, la CNDP transmet d’ailleurs au gouvernement ce 18 décembre « une proposition de méthode pour la conduite du Grand Débat National » (proposition qui, parmi d’autres documents, figure dans le rapport final de la CNDP, que nous examinerons plus loin).

    Dans le lot de ces recommandations figure celle-ci : « Nous déconseillons fortement de préciser publiquement avant le débat les “lignes rouges”, c’est-à-dire les propositions que le gouvernement refusera quoi qu’il advienne de prendre en compte, et plus encore les sujets dont il ne veut pas débattre. L’expérience de la CNDP lui permet d’affirmer qu’afficher une telle position avant l’ouverture du Grand Débat National en videra les salles ou en radicalisera plus encore les oppositions. Un débat qui ne permet pas d’aborder l’option zéro d’un projet, c’est-à-dire son abandon, est systématiquement un échec. Par contre, il ne vous sera jamais reproché de répondre négativement et de manière argumentée. Nous déconseillons également très fortement d’utiliser les mots de pédagogie, d’explication, ou tout autre terme qui laisse à penser que les décideurs n’écoutent pas et se placent toujours dans une position de supériorité. Plus généralement, l’expérience de la CNDP permet d’affirmer que la seule pédagogie acceptable lors d’un débat est la “pédagogie réciproque” et non unidirectionnelle. Un débat renseigne toutes les parties prenantes des points de vue, des arguments et des informations dont chacun dispose. Enfin le débat ne sert pas à faire accepter les projets, mais à faire émerger leur condition de faisabilité. »

    Au chapitre « Neutralité et écoute pendant le Grand Débat National » figure cette autre recommandation : « Pendant le Grand débat national, les membres du gouvernement comme les parlementaires doivent s’engager à adopter une posture d’écoute active […]. La posture d’écoute active implique de ne jamais prononcer de discours en ouverture, en clôture ou depuis une estrade, mais de répondre éventuellement aux questions posées. »

  • La lettre confidentielle de Chantal Jouanno à Édouard Philippe

    Le 21 décembre, Chantal Jouanno sait pourtant, par l’Élysée, que le grand débat ne se déroulera pas sous le pilotage de la CNDP. L’Élysée souhaite toujours qu’elle s’implique, mais seulement à titre personnel. Par une lettre adressée ce 21 décembre à Édouard Philippe, elle lui fait donc savoir qu’elle ne peut pas se livrer à cet exercice. C’est un épisode qui était jusque-là inconnu, car on avait toujours pensé que la décision de se mettre en retrait avait été prise par Chantal Jouanno bien plus tard, le 9 janvier, dans le prolongement des polémiques sur sa rémunération. Or non : dès ce 21 décembre, Chantal Jouanno refuse la mission, telle que le gouvernement la conçoit.

    Voici cette lettre qui, jusqu’à présent, n’avait donc jamais été rendue publique :

    « Le cabinet du président de la République a confirmé que la CNDP n’assurera pas le pilotage opérationnel du Grand débat national, ni sa restitution, écrit Chantal Jouanno. Le gouvernement a affiché sa volonté d’être le réceptacle de ce débat, sans instance tierce. Le gouvernement est libre de ce choix. Le cabinet du président de la République m’a demandé de poursuivre à titre personnel le pilotage de l’organisation du Grand débat national, et qu’un comité soit nommé à mes côtés pour garantir que ce débat soit neutre et que sa restitution soit sincère. Après réflexion et compte tenu des échanges avec les membres de la commission, je ne peux accepter cette mission, même à titre personnel. Celle-ci n’est en effet pas détachable de l’objet même de la CNDP. Il ne serait pas compréhensible, ni justifiable, que la présidente de l’autorité administrative indépendante chargée de garantir le droit à la participation ne s’appuie pas sur celle-ci pour garantir le Grand débat national. Cette position ne manquerait pas de susciter de vives critiques au sein de la Commission qui seraient fortement pénalisantes pour le bon déroulement du débat. Ainsi, je regrette de ne pouvoir donner une suite favorable à cette proposition et souhaite que ce Grand débat national soit une belle occasion pour réconcilier la Nation et un bel exemple d’exercice démocratique. »

    Panique à Matignon ! À peine la lettre arrive-t-elle à Matignon que le directeur de cabinet d’Édouard Philippe, Benoît Ribadeau-Dumas, adresse un SMS à Chantal Jouanno la priant instamment de ne pas se retirer. Et le directeur adjoint de cabinet lui téléphone, lui disant en substance : « Ne fais pas cela ! Tu vas nous ruiner. On va trouver une solution… »

    Face à l’insistance de ses interlocuteurs et voulant être loyale avec le gouvernement, Chantal Jouanno ne met donc pas aussitôt à exécution ce qu’elle a dit, pensant qu’une solution sera peut-être enfin trouvée.

    Le 28 décembre, elle a pourtant très vite la confirmation que son espoir est vain. Sur le site du gouvernement qui annonce le grand débat, deux phrases ont été retirées du projet initial. Un retrait lourd de sens, puisque les deux phrases disparues disaient ceci : « Le compte-rendu [du grand débat] sera réalisé par la Commission nationale du débat public » ; « C’est la Commission nationale du débat public (CNDP) qui assure la coordination opérationnelle et garantit la neutralité de l’ensemble de la démarche ». Aussitôt, Chantal Jouanno fait part au directeur de cabinet de Matignon de son inquiétude.

    Le 4 janvier, Chantal Jouanno adresse un courriel au directeur de cabinet de Matignon, Benoît Ribadeau-Dumas, pour lui expliquer dans le détail les contours que pourrait prendre le grand débat national, et elle lui joint une note de travail. Mais en préalable, elle lui demande (voir ci-dessous) si le gouvernement a clarifié la question du rôle de la CNDP et de la mission : « La prochaine réunion des commissaires de la Commission nationale a lieu le mercredi 9 janvier. Il serait souhaitable que la lettre de réponse du premier ministre sur laquelle nous avons échangé avec Thomas [Fatome] puisse m’être transmis[e] d’ici là pour clarifier ce point. Ce sera la dernière séance avant le 15 janvier, date de démarrage officiel du Grand débat. »

    La demande reste sans effet : le gouvernement n’apporte aucune réponse à la CNDP.

    Le 7 janvier, La Lettre A sort son « indiscret » sur la rémunération de Chantal Jouanno, et des sources gouvernementales multiplient les attaques contre la présidente de la CNDP.

    Le 8 janvier dans la soirée, Chantal Jouanno en vient donc à la conclusion que rien n’a changé depuis sa lettre de mise en retrait du 21 décembre, adressée à Édouard Philippe, et que le gouvernement ne veut pas être contraint par les procédures du débat public. Elle annonce donc au gouvernement qu’elle met en application ce qu’elle annonçait au premier ministre ce 21 décembre.

    Le 9 janvier, Chantal Jouanno annonce publiquement qu’elle ne pilotera pas le Grand débat. La Commission nationale du débat public se réunit et ne peut qu’acter que les conditions ne sont pas réunies, puisque le gouvernement ne veut pas accepter les règles habituelles. Voici la décision de la CNDP :

    La CNDF fait les constats suivants : « Considérant que tout débat public doit respecter les principes fondamentaux tels que, neutralité et indépendance des organisateurs, égalité de traitement des participants, transparence dans le traitement des résultats », la CNDP décide : « Article 1 : La Commission prend acte du retrait de sa présidente de la mission d’accompagnement et de conseil du gouvernement dans l’organisation du Grand débat national. Article 2 : La Commission constate que sa mission de conception et de mise à disposition des outils nécessaires à l’organisation du Grand débat national est accomplie. Article 3 : La Commission réitère son souhait que le gouvernement s’engage à ce que le Grand débat national se déroule dans le respect des principes fondamentaux du débat public. »
    « Ce n’est pas ça un grand débat »

    Le 10 janvier, une réunion de passation du dossier a lieu entre la CNDP, dont la mission s’arrête, et le Service d’information du gouvernement (SIG). La rencontre se passe mal, et les membres de la CNDP comprennent que toute la méthodologie mise au point va voler en éclats. Alors que la CNDP défend un débat avec « des thèmes ouverts, et pas de lignes rouges », le SIG veut une « fermeture des thèmes ». Et tout est à l’avenant. Alors que la CNDP défend « une posture d’écoute du décideur », le gouvernement veut confier à deux ministres, qui seront donc juges et parties, la gestion et le pilotage du grand débat, etc. Jusqu’à la restitution qui aurait été transparente, sous la responsabilité de la CNDP, et qui va passer sous le filtre du gouvernement, au risque d’être orientée…

    Le 11 janvier, la CNDP publie son rapport, dans lequel elle consigne ce qu’elle a fait – et où on lit en pointillé les désaccords sur la méthode. Voici ce rapport, intitulé « Mission d’accompagnement et de conseil pour le grand débat national » :

    Ce rapport acte donc que la mission d’accompagnement de la CNDP a pris fin.

    Le 25 janvier, sur LCI, Chantal Jouanno ajoute pourtant une conclusion plus personnelle :

    La présidente de la CNDP fait donc entendre ses regrets : la plateforme internet préparée par la CNDP « était prête, sauf qu’en fait, ils ont tout refait », dit-elle. « On n’avait pas prévu de faire une opération de communication mais un grand débat, donc on avait prévu de faire une plateforme numérique totalement ouverte, […] où tout le monde pouvait échanger sur n’importe quel sujet. » « Le grand débat est faussé », ajoute-t-elle. « Nous n’avions pas voulu que le grand débat se résume à un questionnaire sur quatre thèmes, nous avions dit [au gouvernement] : “Aujourd’hui le grand débat se limite pour vous à la possibilité de ne débattre que des quatre thèmes et de ne répondre qu’aux questions qui sont posées par le gouvernement”, ce n’est pas ça un grand débat. »

    Mots cruels, mais qui résument tout : dans l’esprit de la CNDP, le gouvernement a bel et bien pris le risque de transformer le grand débat national en « une opération de communication » au profit d’Emmanuel Macron…

    Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

  • APPEL DE LA PREMIÈRE « ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES » DES GILETS JAUNES

    Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

    Depuis le 17 novembre, du plus petit village, du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

    C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais.

    Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1.000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseur » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre ! Amnistie pour toutes les victimes de la répression !

    Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider ! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron.

    Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni racistes, ni sexistes, ni homophobes, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire.

    Nous sommes forts de la diversité de nos discussions, en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

    Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14...), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous !

    Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société !

    Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel. Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.

    Macron Démission !
 Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple.

    Appel proposé par l’Assemblée des Assemblées de Commercy.

    Il sera ensuite proposé pour adoption dans chacune des assemblées locales.

  • Bonjour à vous Ne rêvez pas trop, descendez de votre nuage et créez un monde plus juste, plus égal, plus sain sans oublier que la démocratie est notre bien le plus précieux ( même si imparfait ) et que l’Europe est un atout à préserver - Sinon vos enfants irons sur les ronds points avec de gilets pare-balle car en face il y aura des russes et des chinois qui tirerons sans sommations..... Jean

  • Quimper /// Maison du peuple. La mairie met un local à disposition pour un an

    Le Télégramme Publié le 29 janvier 2019 à 07h30

    Une nouvelle Maison du peuple des gilets jaunes ouvrira cette semaine à Quimper, avec l’appui de la mairie. Ludovic Jolivet a gracieusement mis à disposition les locaux de l’ancien conseil des Prud’hommes, à Ergué-Armel.

    La scène était presque solennelle. Au milieu de la grande salle vide (à part l’estrade qui servait aux juges), Ludovic Jolivet a remis, ce lundi à 14 h, les clés de l’ancien conseil des Prud’hommes à Laëtitia Lapart, présidente de la nouvelle association « La maison du peuple », en présence de Georges-Philippe Fontaine, adjoint aux finances. Le contrat a été signé par les deux parties. La Ville met à disposition de l’association ce vaste local de 266 m² situé sous la mairie d’Ergué-Armel. Et ce, à titre gracieux et pour un an. La collectivité prendra aussi en charge l’eau et l’électricité. Ce lundi, autour de Laëtitia Lapart, les quelques gilets jaunes présents ne cachaient pas leur satisfaction. Le mouvement quimpérois, qui compte plusieurs groupes, devrait se retrouver sur ce site.

    Ouvert à tout le monde

    « Nous étions basés à l’ancienne école Saint-Corentin, rappelle Laëtitia Lapart, qui est aidante familiale. Nous l’avons quitté il y a une quinzaine de jours comme nous l’avions annoncé. Nous avons eu des contacts avec la mairie. Nous accueillerons ici tout le monde ». « À Saint-Corentin, nous avions beaucoup de visites, surtout des retraités, mais aussi des handicapés, ajoute Stéphane. Cela a permis des échanges de services, mais aussi de simples discussions pour dire ce que l’on avait sur le cœur ».

    L’ouverture de cette nouvelle Maison du peuple tombe aussi à pic pour le groupe qui était installé dans un local à Lududu depuis la fin décembre avec une certaine tolérance du propriétaire. « Nous devons le quitter cette semaine », dit Franck. Un autre groupe de gilets jaunes, celui du Café solidaire, a aussi été informé qu’il serait le bienvenu dans les locaux. Quant au nouveau groupe en cours de constitution, Street Medic, réunissant notamment des professionnels médicaux, il pourra aussi rallier les nouveaux locaux. « Cette Maison du peuple n’est pas ouverte seulement aux gilets jaunes mais à tout le monde » insiste Laëtitia.

    « Nous avons déjà décidé un fonctionnement, précise Tristan. Elle sera ouverte du lundi au vendredi de 10 h à 18 h. Ce sera un espace de réunions, d’écoute. Nous savons que nous pouvons accueillir au maximum 100 personnes en même temps ». Le temps de déménager le mobilier du local de Lududu, à Ergué-Armel, et elle ouvrira cette semaine.

    « En pleine confiance »

    Les nouveaux occupants du lieu savent que la mairie aura un œil sur les activités. « La mise à disposition de cette salle est une décision du maire, rappelle Ludovic Jolivet lors de la remise des clés. C’est mon rôle de passer outre certaines habitudes face à un mouvement qui est une réalité, un fait social. Et je le fais en pleine confiance. Vous êtes des personnes repérées comme fiables. Mon travail c’est de faire que les gilets jaunes rentrent dans la sphère publique ».

    « Attention à ne pas être dépassé par des éléments extrémistes qui pourraient exploiter les failles », prévient aussi le maire, ajoutant qu’au moindre problème, le contrat pourrait être cassé. Ludovic Jolivet insiste par ailleurs sur le « caractère exceptionnel » de cette décision « car bon nombre d’associations sont en attente de locaux ». « Mais elles cherchent des solutions pérennes, ce qui ne sera pas le cas ici. Le local doit être affecté dans un an au bagad et au cercle d’Ergué-Armel. Nous devions faire avant leur arrivée des mesures et des travaux d’insonorisation ».

  • Le Référendum d’initiative citoyenne,principale revendication des
    Gilets Jaunes

    La Démocratie représentative ne joue plus son rôle aujourd’hui . Les représentants élus oublient vite leurs promesses électorales,une fois bien placés sur les sièges des Assemblées . Depuis 1789,le principe de légitimité des institutions est celui énoncé par Siéyés : " Le peuple ne peut parler et ne peut agir que par ses représentants " . Cette norme fondamentale datant de 230 ans est tombée en désuétude depuis quelques décennies .

    L’heure est donc venue de passer à la Démocratie semi-directe où le peuple est davantage associé à la gouvernance . La Suisse nous en donne un bon exemple . Sur toutes les lois et arrêtés fédéraux,les citoyens ont la possibilité de les arrêter c’est à dire de faire en sorte qu’ils ne rentreront jamais en application dans les trois mois qui suivent leur vote . Les augmentations de taxes sur les produits pétroliers peuvent être rejetées par référendum . En Suisse le référendum peut non seulement s’opposer à des lois mais aussi en proposer .

    Ainsi si 5% du corps électoral se met d’accord sur un projet de loi,alors par référendum ledit projet est proposé au vote et la décision est prise de le mettre en oeuvre ou pas . Dans ce cas le choix fait par les votants au référendum s’impose au gouvernement .

    En France les nouvelles technologies permettent au peuple d’intervenir dans le choix des décisions qui vont s’imposer à lui .

  • Bonjour,
    Je suis de Lyon et ne peux malheureusement pas me déplacer.
    Pouvez-vous partager un rapport sur la réunion qui aura lieu le 8 février concernant les enjeux du grand débat national ?

    En vous remerciant,

  • Les Gilets Jaunes et la Police

    Les images vidéo des manifestations nous montrent des violences policières exercées contre les manifestants Gilets Jaunes . Plusieurs fois on voit des policiers frapper violemment avec leurs matraques des manifestants déjà mis à terre . Or les lois du maintien de l’ordre précisent que l’usage des armes de défense des policiers n’est permis qu’en cas d’attaque caractérisée d’un manifestant .

    Les officiers de police et les syndicats de police se justifient en affirmant que des casseurs s’infiltrent dans les manifestations des Gilets Jaunes pour dégrader et piller des magasins commerciaux . Depuis longtemps,les forces de police connaissent les différents scénarios des manifestations . Les casseurs interviennent, surtout en cette saison, à la tombée de la nuit . Cette tactique de gangster se répète systématiquement . C’est le moment où les policiers et les éventuels services d’ordre bénévoles des manifestants sont fatigués en fin de journée . Les voyous eux arrivent en pleine forme pour commettre des délits .

    Monsieur Castaner s’est empressé, dès la première manifestation de novembre 2018, de revêtir le masque de la figure de Janus . Il a accusé les Gilets Jaunes d’être un regroupement de mouvements d’extrême-droite et d’extrême-gauche destinés à fomenter un coup d’état . Monsieur le ministre de l’intérieur n’a pas hésité à vociférer des propos médisants à l’encontre des manifestants . Il cherchait bien sûr à discréditer ce mouvement social . Ce numéro de commédia dell’arte n’a convaincu personne .

    Tous les français avaient déjà compris que c’était un mouvement apolitique . Les Gilets Jaunes se rassemblaient pour lutter contre la baisse de leur niveau de vie depuis de nombreuses années . Ce gouvernement savait pertinemment que, conformément aux précédents, il avait créé volontairement des situations de pauvreté chez les classes populaires et en deça de la ligne médiane de la classe moyenne .

    Depuis les fables de La Fontaine,tous les français savent que les gouvernants préfèrent s’attaquer aux classes sociales modestes plutôt qu’aux riches . Quoiqu’il en dise,Mr Macron,ancien banquier de Rothschild est le président des riches et un apôtre inconditionnel de la société de marché néo-libérale .

  • Gilets Jaunes . Des preuves qui justifient ce mouvement de contestation sociale

    Mr Guillaume Duval,éditorialiste à "Alternatives économiques" et conseiller au Conseil économique,social et environnemental ( CESE) a ainsi relevé qu’entre 2008 et 2017,avant même l’entrée en vigueur des mesures décidées par la majorité issue des élections de 2017,les principaux impôts et cotisations acquittés par les entreprises ne se sont accrus que de 6,4% en volume,moins que le PIB,tandis que ceux payés par les ménages augmentaient de 22,3% et ceux sur la consommation de 18,2% .

  • TRIBUNE du Journal Libération du 17 01 2019 :

    Assemblées citoyennes, des exemples positifs à l’étranger
    Par Dimitri Courant , doctorant en science politique à l’Université de Lausanne (Unil) et à l’université Paris-VIII — 17 janvier 2019 à 17:06 (mis à jour à 18:14)
    https://www.liberation.fr/debats/2019/01/17/assemblees-citoyennes-des-exemples-positifs-a-l-etranger_1703621

    Les expériences de démocratie délibérative ne débouchent pas forcément sur des décisions populistes. Au contraire, c’est ainsi que la très catholique Irlande a légalisé le mariage pour tous et l’IVG. Et que la Suisse a aboli la peine de mort en 1938… 43 ans avant la France.

  • RCF jeudi 7 février à 18h20

    Un débat sur le mouvement des Gilets Jaunes avec la Liberté de l’Esprit

    Notre invité, Rémi Mer, président de la Liberté de l’Esprit nous présente les enjeux du débat organisé vendredi 8 février à 20h aux Halles Saint-François à Quimper.

    https://rcf.fr/actualite/un-debat-sur-le-mouvement-des-gilets-jaunes-avec-la-liberte-de-l-esprit?unkp=457ba6f5cd99802bbd3e69f5fef6397f#.XF2ZM5zlo1Y.email

  • Les "Gilets Jaunes" : un mouvement de contestation
    qui tend à se radicaliser

    Madame Jacline Mouraud, en exprimant sa colère contre la hausse du prix du carburant sur les réseaux sociaux,avait contribué à la mise en marche du mouvement des "Gilets Jaunes" le 17 novembre 2018 . Dans son intervention vidéo,elle a proclamé qu’une partie de la population n’avait pas d’argent . Elle a déclenché une prise de conscience de la souffrance d’un grand nombre de français .

    Aujourd’hui elle déclare : " Nous en sommes arrivés à un mouvement totalement perverti par les extrêmes " . En effet au début des "Gilets Jaunes",la seule revendication portait sur le pouvoir d’achat et le prix des carburants . Peu à peu une minorité puissante s’est imposée qui a développé tout un programme de mesures politiques à prendre comme le RIC,le vote blanc,le rétablissement de l’ISF,la baisse de la TVA sur les biens nécessaires,la sanction des évasions fiscales des grands groupes.........etc .
    Toujours d’après elle,le gouvernement joue le pourrissement de la situation .

    Les réseaux sociaux sont devenus un déversoir de haine,un déversoir de tout ce qui est fasciste et extrémiste . On constate donc une fois de plus l’importance prise par les réseaux sociaux dans la vie quotidienne . Pendant sa campagne électorale,Emmanuel Macron a agi en dehors des partis traditionnels tout en exploitant les nouvelles technologies pour son compte,en particulier facebook . Il a lui aussi exploité toutes les ressources de la société de l’image .

    Le grand débat national initié par Mr Macron constitue une manœuvre de diversion qui affaiblit l’audience des "Gilets Jaunes" . Les citoyens en se tournant vers ce grand débat s’intéressent moins aux revendications et aux manifestations des "Gilets Jaunes" . Pour eux, les parlementaires sont maintenant considérés comme des intermédiaires bienveillants en faveur des grandes sociétés commerciales et financières .

  • Pourquoi les "Gilets Jaunes" manifestent un
    antiparlementarisme ?

    L’antiparlementarisme consiste à discréditer un Parlement qui,pour un certain nombre de personnes,ne remplit pas son rôle de représentation nationale . Les parlementaires,composés de députés et de sénateurs,sont des élus nationaux qui représentent tous les citoyens,appartenant à des catégories sociales différentes . Ils détiennent le pouvoir législatif c’est à dire l’initiative de proposer des lois et de les voter à la majorité pour les faire appliquer . Or les citoyens constatent que les députés et les sénateurs se soucient de voter des lois qui favorisent leurs propres classes sociales et les classes sociales supérieures détentrices de gros capitaux .

    Dans ces conditions,le peuple voyant ce favoritisme s’exercer à ses dépens manifeste sa défiance envers ces élites qui n’appliquent plus l’axiome démocratique qui se prononce au sommet des choses : " le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple" . Aujourd’hui les parlementaires sans oublier de se donner des avantages matériels octroient des prébendes au grand patronat du CAC 40 .Il y a donc des raisons bien justifiées de discréditer la personne des parlementaires d’aujourd’hui . Les "Gilets Jaunes" s’en prennent donc aux personnes qui n’appliquent pas la
    devise républicaine .

    Toutefois la grande majorité des "Gilets Jaunes" reste attachée à nos institutions républicaines comprenant l’existence d’un Parlement . Ils critiquent simplement la malhonnêteté des parlementaires d’aujourd’hui qui sont indifférents au sort de ceux qui travaillent beaucoup pour récolter à la fin de leurs efforts une baisse du pouvoir d’achat .

    Déjà la majorité parlementaire est prête à donner satisfaction au Président de la République sur cette disposition suivante à savoir que la réalisation des réclamations des "Gilets Jaunes" entraînerait une diminution des dépenses publiques . Autrement-dit le chiffre prévu de la suppression de 120 000 fonctionnaires d’ici 2022 serait augmenté de quelques milliers . Il s’ensuivra automatiquement la fermeture d’un plus grand nombre de services publics . Ainsi nos élites en déliquescence opposent les fonctionnaires aux indépendants qui composent surtout les "Gilets Jaunes" .
    Bien joué Mr Macron : "diviser pour régner" .

  • Les "Gilets Jaunes" contre l’élite offshore

    Les diverses chroniques de presse se lamentent des actes de délinquance des "Gilets Jaunes" pendant cet acte XVIII des manifestations sur les "Champs Elysées " . Les agents de renseignements territoriaux avaient pourtant averti bien à l’avance le gouvernement et la préfecture de police de Paris que des éléments incontrôlés se livreraient à des destructions et à des pillages . De l’aveu des représentants syndicaux de la police,les dispositions nécessaires prévues dans ce cas de guérilla urbaine n’ont pas été prises .

    Monsieur Xavier Raufer,éminent criminologue,s’étonne de dette absence de stratégie pour neutraliser ces voyous bien connus des services de police . Leurs méthodes de gangsters se répètent toujours de la même façon . Ils commencent à s’infiltrer dès le début de la manifestation car n’importe qui peut porter un gilet jaune . Au moment qu’ils jugent le plus propice,ces délinquants professionnels se regroupent entre eux,saccagent et pillent les magasins .

    A la fin de la première manifestation Acte I,le ministre de l’Intérieur avait déclaré que la plupart des manifestants appartenaient à des mouvements d’extrême droite . Monsieur Castaner essayait donc en vain de faire croire à notre peuple qu’une tentative de coup d’Etat politique avait été exercé . Par sa voix,le gouvernement dès le début cherchait à discréditer les "Gilets Jaunes" . Or les "Gilets Jaunes" forment un mouvement de contestation économique et sociale contre la vie chère . Leur slogan actuel est : "Fin de mois,fin du monde " .

    La cause de tous ces malheureux événements provient en France comme dans beaucoup d’autres pays occidentaux d’une élite économique et politique mondialisée offshore ou hors sol . Le Président de la République comme ses ministres ont fait des allers-retours entre le public et le privé . Leurs différents séjours dans les ministères,en particulier dans le ministère des finances, leur ont servi à s’informer concrètement de l’organisation et du fonctionnement des rouages de l’Etat . Tous ces précieux renseignements amassés sont exploités quand ils rejoignent de grandes sociétés d’affaires . Ils peuvent ainsi les utiliser pour optimiser les capitaux dans les firmes .

    Dans une orientation contraire lorsque ils sont au pouvoir,ils augmentent les contraintes financières des classes sociales déjà en difficultés économiques comme les agriculteurs,les ouvriers,les employés,les retraités . Pourtant ces derniers n’opèrent pas d’évasions fiscales et n’échappent pas à la déclaration réelle des impôts . Ces revendications de justice sociale ne peuvent que se comprendre .

  • Les "Gilets Jaunes" contre la privatisation des Secteurs de
    l’Energie .

    Monsieur Sarkozy sous sa mandature avait affirmé qu’i n’y aurait pas de privatisations d’EDF et de GDF . Ceux-ci continueraient à rester des monopoles publics . Or ces deux grandes entreprises nationales dépendent maintenant des capitaux privés . Les médias font semblant de s’étonner ensuite après de tels revirements que le peuple de France retire sa confiance à nos soi-disantes élites politiques . Le choix de rester dans l’Europe,rejeté par le peuple en 2005 mais décidé ensuite par la majorité sarkozyste devant un Congrès de Versailles,encourage le pouvoir politique au néo-libéralisme .

    Le néo-libéralisme n’est pas comme on le croit souvent le libéralisme d’Adam Smith,rénové à l’heure d’aujourd’hui . Le néo-libéralisme dans son corps de doctrine encourage les dirigeants politiques à privatiser les secteurs publics de l’énergie,les infrastructures comme les autoroutes et le chemin de fer,le patrimoine immobilier de l’Etat comme les aéroports,l’industrie lourde comme la sidérurgie,les entreprises publiques à caractère industriel et commercial comme la Poste et les Télécoms . Autrement-dit les représentants élus du pouvoir politique se transforment en serviteurs zélés des trusts,des firmes multinationales et transnationales .

    Les comédies larmoyantes de Mr Bruno Le Maire qui tempêtent contre les licenciements ou les excessifs bonus de retraite réservés aux grands patrons ne doivent pas nous égarer . Les loups ne se mangent pas entre eux mais se partagent le butin de la Nation au détriment du peuple condamné à se voir cocufier .

    Les élus nationaux français toujours bien placés dans les affaires ne demandent pas mieux que l’orthodoxie néo-libérale européenne s’applique . En ce qui concerne l’hydroélectricité d’EDF,les concessions accordées à la gestion des barrages sont ouvertes à la concurrence . Une procédure d’appel d’offres est établie après une négociation opaque entre Bruxelles et Paris . D’après les textes européens de néo-libéralisation la concurrence est faussée au départ car elle réserve une part de la production électrique au privé .

    Les représentants de l’Etat comme les présidents directeurs généraux des grandes sociétés sortent des mêmes grandes écoles de notre pays . Ils sont les anciens élèves des grands Corps . Tout ce joli monde dont certains sont des majors de promotion,se connaît bien,se rend service,se renvoie l’ascenseur . C’est pourquoi ces amitiés particulières incitent les dirigeants politiques à vendre les biens nationaux aux dirigeants économiques . Le peuple bien sûr n’y verra que du feu sauf qu’il en ressentira les brûlures cuisantes .

  • Les "Gilets Jaunes" renouent avec les convictions du
    Conseil National de la Résistance

    A la fin du second conflit mondial,le Conseil National de la Résistance a poussé à la création de grands Services Publics qui sont restés dans leur intégralité de 1946 jusqu’à la fin des années 1980 . Depuis 1990,L’Union Européenne a institué la concurrence dans les secteurs de l’énergie . Le passage à l’entreprise privée a entraîné des fusions-acquisitions et des restructurations de services qui ont abouti à de nombreux licenciements .

    Malgré le démantèlement en cours d’EDF,celle-ci conserve encore 80% des contrats en France . Cet ancien monopole public peut encore gérer sa source d’énergie en faveur du bien commun . Par des interventions sur les cotations boursières,les agents du privé opèrent une stratégie de grignotage par l’intérieur . La tactique méthodique du privé consiste à s’emparer de la distribution de l’électricité et de laisser au public l’entretien et le développement des infrastructures du réseau . La logique classique,"nationaliser les pertes,privatiser les profits" s’applique toujours de plus en plus et de mieux en mieux au profit des grands patrons du CAC 40 .

    L’ancien secteur public Gaz de France devenu Engie ne comprend que 23% du capital de l’Etat . Pourtant il était nécessaire de garder une souveraineté nationale sur cette ressource énergétique . L’Etat actionnaire,adepte prosélyte du néo-libéralisme,n’a cherché qu’à assurer la rentabilité des dividendes . Par voie de conséquence le prix du gaz augmente .

    Aujourd’hui plus que jamais,la France a besoin d’un grand Service Public de l’Energie . Un contrôle public serait ainsi assuré sur la transition écologique . Les emplois des personnels seraient stabilisés . Il serait possible de basculer des emplois d’une filière à l’autre,reconnecter les emplois dans l’utilisation des énergies vertes .

    Un régime d’économie mixte doit être institué en France avec des entreprises privées de différentes tailles et de grands services publics accessibles à tous les citoyens .

  • Les "Gilets Jaunes" contre la privatisation des Aéroports
    de Paris

    Le groupe ADP possède près de 6700 hectares dans des territoires stratégiquement situés autour de Paris,un des plus beaux capitaux fonciers de l’Île de France . C’est l’un des points sensibles de la privatisation du groupe ADP : l’acquéreur des 50,63% de l’Etat dans les plates-formes de Roissy,d’Orly et du Bourget prendra aussi le contrôle d’un des plus beaux patrimoines fonciers d’Île de France . Certains terrains non consacrés à l’activité aéroportuaire d’une superficie de 1242 hectares,autant que les 18e et 19e arrondissement de Paris réunis sont réservés à des opérations immobilières . Des emplacements qui valent de l’or,à proximité immédiate des aéroports et dans un Grand Paris engagé dans une croissance à marche forcée .

    En cas de privatisation,l’Etat récupérera au terme d’une concession de soixante-dix ans "l’intégralité du foncier" et de ce qui aura été bâti dessus, assure le ministre de l’économie Bruno Le Maire . L’idée du gouvernement est de placer le produit de la cession-une dizaine de milliards d’euros-au sein d’un fonds dont le rendement serait consacré à des investissements dans l’innovation, en particulier l’intelligence artificielle . Pourvu que cette intelligence artificielle ne serve pas à surveiller le peuple comme en Chine .

    Pourquoi réaliser cette privatisation alors que les dividendes versés chaque année à l’Etat rapportent déjà presque autant,tout en laissant le patrimoine public intact . D’autre part il est prévu une croissance annuelle du trafic aérien ce qui viendra conforter des rentrées de recettes pour l’Etat . L’Etat a perçu plus d’1,1 milliard d’euros de dividendes entre 2006 et 2016 .

    Les impacts d’une privatisation d’ADP seraient particulièrement néfastes à plusieurs titres . Pour l’emploi et le modèle social,en ce que la privatisation ne manquera pas de s’accompagner d’une diminution des effectifs et d’une dégradation des conditions de travail et de rémunération . Les investissements aéroportuaires et la sécurité des infrastructures seraient sacrifiés au profit de la rentabilité à court terme recherchée par
    l’actionnariat . Pour l’unité du système aéroportuaire,les syndicats redoutent à terme un possible démantèlement d’ADP . Pour la maîtrise du foncier,il y a le risque d’une spéculation encore plus effrénée,nocive pour les communes et leurs habitants .

    Les "Gilets Jaunes" à juste titre dénoncent l’enrichissement considérable de ces acteurs privés sur le dos des usagers et des contribuables . ( voir flashmob des "Gilets Jaunes" le 09/03/19 à Roissy )

  • Les "Gilets Jaunes" . Le fiasco de la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac augure mal de la privatisation du Groupe Aéroports de Paris.

    En janvier 2019,Mike Poon,le patron de Casil Europe,la coentreprise chinoise qui possède 49,99% des parts du cinquième aéroport français ( 9,6 millions de passagers en 2018 ) depuis la privatisation décrétée par l’Etat en 2014 se frotte les mains . Le versement par cet acquéreur a été de 308 millions d’euros . Les collectivités,en particulier la collectivité locale de Toulouse ( 40% du capital) ainsi que plusieurs acteurs locaux se sont inquiétés de son manque d’expérience en matière de gestion aéroportuaire,doublé d’un manque de transparence financière .

    Ces deux sociétés privées,comprenant un fonds d’investissement hongkongais et un groupe public chinois sont domiciliées dans des paradis fiscaux et on ne sait pas qui les détient en dernier ressort . Leurs actions peuvent aussi changer de mains,or le problème c’est qu’il s’agit d’une infrastructure pérenne et stratégique sur le territoire français . L’Etat est toujours propriétaire de 10,01% du capital . Il assiste donc en spectateur passif aux manipulations de ces deux sociétés étrangères .

    Depuis la mi-février 2019,le projet de ces deux gros porteurs d’actions de ces deux sociétés chinoises est de rétrocéder pour 500 millions d’euros les 49,99% des parts de la société de gestion qu’ils avaient acquis en 2015. Donc l’acquéreur chinois qui avait déboursé 308 millions d’euros 5 ans avant en 2014,espère engranger une plus-value de 192 millions d’euros ou un super-profit de 62,33% .

    Cet exemple démontre bien que l’Etat français doit dans tous les cas de privatisation des aéroports conserver plus de 50% des parts .



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