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Simon WUHL

sociologue

Comment lutter contre l’exclusion

jeudi 2 décembre 1993 20h30


Travail : les pistes de Simon Wuhl

Le socio-économiste Simon Wuhl était l'invité de la " Liberté de l'esprit ", jeudi soir au Chapeau-Rouge, pour une conférence sur " les exclus face à l'emploi ", devant 150 personnes. Du chômage à l'exclusion, la précarisation grandissante ne peut-elle déboucher sur une nouvelle organisation du travail ?

La cause est entendue : la lutte contre le chômage passe contre le rétablissement de la situation économique que la France a connue lors de ses fameuses " trente glorieuses ". Mais cet âge d'or ne semble pas disposé à revenir, puisque l'amplification des programmes d'insertion n'a que peu d'effet sur le processus d'exclusion économique d'une partie des chômeurs. La France se trouve en première ligne des pays développés pour le chômage, alors que des pays qui ont rompu avec la division du travail ignorent le chômage de longue durée.
 

Enkystement

Exclusion inéluctable ? " La situation des jeunes qui alternent entre petits boulots et stages manifeste un enkystement dans le chômage, souligne Simon Wulh. Il est possible et urgent de penser une stratégie : un tiers des chômeurs longue durée inscrits à l'ANPE risquent l'exclusion définitive. Il existe trois moyens : l'insertion en situation de travail quand l'entreprise a besoin de main d'oeuvre, une évolution vers une organisation du travail moins taylorienne, et une diminution du temps de travail avec une semaine de quatre jours. "

La seconde piste de travail est très sérieusement étudiée par les socio-économistes. Ils constatent en effet que les pays comme le Japon, la Suède ou l'Autriche où le chômage est le plus faible sont ceux qui ont rompu avec le modèle de Taylor et Ford. On passerait ainsi d'une organisation du travail " où le travail vivant était perturbateur, à une rationalisation où il est reconnu pour sa qualité ", affirment deux sociologues allemands. Et, complète Simon Wuhl, " la réduction des effectifs entraîne une perte des potentiels importants de productivité. Il existe des savoir-faire individuels et collectifs absolument nécessaires au bon fonctionnement de la production. L'élimination d'une partie de la main d'oeuvre est un gâchis pour l'entreprise. "
 

Nécessaire sécurité

Le recours systématique au chômage pour s'adapter aux aléas de la conjoncture est donc un non-sens pour l'entreprise. Elle se prive d'un capital d'expériences, et, disposant d'une confortable réserve de chômeurs, néglige l'innovation et la recherche de nouvelles formes d'organisation. Les entreprises ne peuvent se développer sans une gestion prévoyante des ressources créatives : C'est vrai du point de vue de l'humanisme socila, mais surtout en terme d'efficacité et d'innovation.

Une enquête du Massassuchets Institute of Technology montre ainsi que " pour innover dans de bonnes conditions, pour obtenir une forte participation des travailleurs à la production, une certaine sécurité économique s'avère nécessaire. Le modèle productif qui réussit n'est pas celui du chômage et de l'exclusion. "

Le coût social du chômage est une autre donnée : 100 milliards de francs d'aide à l'emploi en 1990 en France. A rapprocher de la pénurie d'une main d'oeuvre qualifiée devenue introuvable : 38% des entreprises éprouvent des difficultés à trouver du personnel qualifié.

Quels remèdes ? Le décloisonnement des qualifications au sein de l'entreprise, permettant à chacun d'y évoluer de façon motivante, avec une intervention forte de l'État en faveur du droit fondamental au travail.

La réduction du temps de travail ? Le processus est une donnée inéluctable, puisque en un siècle et demi, la durée du temps de travail a été divisée par deux dans l'entreprise. La concertation est bloquée depuis 1982. Depuis, le débat s'en enrichi : on ne parle pas de semaine de quatre jours sans mettre sur la table un autre chantier : celui d'une autre organisation du travail. Moins de différence entre exécutants et concepteurs, moins de lignes hiérarchiques, plus d'équipes polyvalentes, plus de souplesse devant les aléas conjoncturels. Cette perspective de solidarité concrète entre travailleurs et chômeurs débouche ainsi sur une autre façon de concevoir le travail. Et le temps libre.

" Les exclus face à l'emploi ", Simon Wuhl, éd. Syros-alternatives, 1992, 130 F.

Daniel MORVAN,


Biographie

Les conditions de la naissance et de l’enfance, constituent l’arrière fond sur lequel s’est construit un parcours scolaire, professionnel, militant et intellectuel en mutations fréquentes, qui a mis du temps à se stabiliser autour de la recherche en sciences sociales. Ce contexte originel également, n’a pas été sans influence sur les thèmes de recherche explorés : l’insertion professionnelle et l’intégration à la société, l’égalité et la justice sociale, la citoyenneté active et l’action politique, l’identité culturelle et le multiculturalisme.
Né en août 1940 de parents immigrés venant de Pologne, d’origine juive et militants communistes (avant guerre) 1.
Père de deux enfants 2, David et Leïla,
Marié à Florence Morgiensztern

Le parcours universitaire
Ce parcours comprend trois orientations très différentes :

En sciences physiques
Doctorat de 3ème cycle en sciences physiques en avril 1966 : Faculté des sciences d’Orsay

En sciences économiques
Licence de sciences économiques (Bac+4) en juin 1969 : Faculté de Paris Assas.
Diplôme du Centre d’Etudes des Programmes économiques (CEPE - INSEE) en juin 1973

En sciences sociales
Habilitation à diriger des recherches en février 1994 (en sociologie et aménagement) : Université Paris X - Nanterre.


Le Parcours professionnel
Il comporte quatre périodes avec des types de fonctions professionnelles et sociales bien distinctes :

Enseignement universitaire et recherche en sciences physique (1964-1966)
Titulaire d’un poste d’assistant à la Faculté des sciences d’Orsay.
Réalisation d’une thèse de 3ème cycle au laboratoire de chimie-physique de l’Université d’Orsay, dans le domaine de la « Chimie isotopique ».

Fonction de chargé d’étude économique et forte activité syndicale ( 1968-1978)
Activités exercées au sein d’un organisme d’analyse économique du Ministère du Logement et des Transports.
Le militantisme syndical s’est traduit par un certain nombre de responsabilités à temps partiel au sein du syndicat CFDT, au niveau du département de Paris et de la Région Ile-de-France.

Fonction de chargé de mission et d’animation des politiques d’insertion professionnelle et sociale (1981-1992)
Participation à la mise en œuvre des politiques d’emploi et d’insertion dans les différentes missions gouvernementales créées à cet effet par le gouvernement de gauche depuis 1981, notamment :
Chargé de mission à la commission des quartiers (commission dite « Dubedout », préfigurant la politique de la ville), de 1982 à 1985.
Chargé de mission à la délégation à l’insertion des jeunes (dite mission « Schwartz »), de 1985 à 1989.
Rapporteur - adjoint à la Commission Nationale d’Evaluation du RMI de 1989 à 1992.

Enseignement universitaire et recherche en sociologie ( depuis 1990)
Notamment :
Chargé de cours :
Université de Paris IX -Dauphine, DEA (1990-1991)
Université Paris X -Nanterre, DEA et DESS (1990-1995)
Université Paris I -Panthéon/Sorbonne, DEA (1992-1995).

Professeur associé de sociologie :
Université de Marne -la-Vallée, département de sociologie ( 1996 -2004)

Activités de recherche en sciences sociales
Production d’articles et d’ouvrages sur les thèmes : du chômage et de l’exclusion et de l’analyse des politiques d’insertion, d’une part, sur le domaine de la justice sociale et de l’égalité, d’autre part (voir : éléments de bibliographie).

[1]
Père mort en déportation à la suite de la "rafle du Vel d’Hiv" des juifs parisiens, organisée par la police française sous l’égide de l’Allemagne nazie en juillet 1942.
Décés, suite à la déportation également, de la quasi totalité de la famille restée en Pologne.
L’ouvrage : Les orphelins de la Shoah (Les Belles Lettres, 2000), de l’historienne Katy Hazan, comporte mon témoignage dans le cadre d’une enquête portant sur 80 enfants de parents morts en déportation et ayant été élevés dans les maisons d’enfants recueillant les orphelins juifs de la déportation après-guerre.
[2] La mère de David et Leïla est Gisèle Attali-Wuhl


Voir en ligne : Site personnel de Simon WUHL






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