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Olivier MONGIN

écrivain, directeur de la revue Esprit

La démocratie au soir du siècle

jeudi 16 juin 1994 20h30



La démocratie en crise ?

Le jeudi 16 juin, Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit, était invité à Quimper par " la liberté de l’esprit ". Son intervention était divisée en trois parties : la situation de la démocratie aujourd’hui ; les modalités de la crise française et les défeits que doit relever la démocratie si elle veut avoir un avenir.

Olivier Mongin part tout d’abord d’un constat : si 89 avec l’effondrement du rideau de fer a donné l’image sur le moment d’une " révolution démocratique mondiale ", cela n’aura été finalement qu’une " illusion lyrique " qui a d’ailleurs laissé place rapidement au pessimisme et à la dépression.

Aujourd’hui le clivage est-ouest s’est effacé devant un clivage nord-sur marqué non plus par un débat sur la démocratie mais sur la culture. Ainsi la démocratie connaît actuellement un retrait qui correspond à la montée en puissance de la culture sur le politique : " En 91, nous consacrions un numéro à guerre des cultures, dénonçant le risque de faire croire qu’il y a des sociétés qui pourraient se passer de démocratie. Celle-ci correspondrait alors à un certain type de culture valable pour un certain type de pays. Ainsi beaucoup assimilent la démocratie au capitalisme et à la technique ".

Autre problème pour la démocratie, elle est confrontée à un double phénomène contradictoire : " Un phénomène de la planétarisation via les média et l’économie, mais aussi de fragmentation causé par la difficulté de trouver des bases fixes dans l’universalisme et caractérisé par le repli national, communautaire, religieux ... Le tout forme une période intermédiaire passionnante mais très complexe pour le psychisme des individus et où la question identitaire devient par conséquent majeure. Plus on a l’impression de monter vers l’universel, plus on est déboussolé ".

D’autant que les média ne retiennent de l’étranger souvent que ce qui est tragique. Pourtant peut-on ignorer que depuis septembre 93, le monde a été témoin de la pacification des relations israélo-palestiniennes et de la démocratisation en Afrique du Sud ?
 

Crises de la médiation et de la représentation en France.

Pour Olivier Mongin, la crise de l’intégration qu’elle se révèle à travers l’exclusion des immigrés ou des chômeurs fait que la France est le pays le plus dépressif d’Europe. Pourquoi ? Parce qu’elle est la plus républicaine à la base et que les valeurs républicaines impliquent que tout homme est un citoyen potentiel.

En outre, la France est touchée par une crise de représentation : " Nous finissons par croire que les médias seuls pourraient nous donner une image de nous-mêmes, permettant ainsi un monopole des médias dans le domaine, d’autant que les politiques ont refusé leur fonction de représentation. S’il y a aujourd’hui une montée du populisme, c’est à cause de l’absence de médiation ".

Cependant, le directeur de la revue Esprit se garde de tomber dans le pessimisme : " la société française n’est pas en si piteux état ".
 

Les défis de la démocratie

Concernant l’avenir des démocraties, Olivier Mongin a insisté essentiellement sur deux questions qui sont autant de défis que la démocratie doit relever plutôt que d’ignorer comme elle le fait actuellement.

Et d’abord la question religieuse : " La révolution religieuse n’est pas forcément un retour en arrière, c’est avant tout l’impossibilité d’entrer dans la modernité et l’impossibilité de retourner aux origines de la société. Cette double crise conduit à des pays extrêmement violents. Mais l’Islamiste par exemple n’est pas un arriéré mental. Il a généralement été formé à la modernité mais a aussi constaté son échec. Pour lui, la démocratie n’est qu’un passage dans l’histoire et il la critique non sans raison à cause de l’individualisme et de l’inégalité qui y règnent ".


Biographie

Olivier Mongin est un écrivain et essayiste français, né à Paris en 1951. Il est directeur de la revue Esprit depuis 1988.

Après une khâgne au Lycée Henri-IV, Olivier Mongin poursuit des études volontairement pluridiciplinaires, associant lettres, anthropologie à l’Université Paris VII, histoire et philosophie à la Sorbonne. La philosophie est sa discipline de référence ; il rédige ainsi le premier mémoire universitaire sur Levinas en France. Ce parcours multidisciplinaire l’a naturellement conduit à la direction d’une revue généraliste.

Parcours intellectuel

Au début des années 1970, Olivier Mongin évite le mouvement alors intellectuellement dominant, marqué par la personnalité de Louis Althusser, et sa trajectoire croise des figures alors marginales, aujourd’hui beaucoup plus reconnues. Michel de Certeau le pousse à se confronter au structuralisme et l’initie aux problématiques de la ville et aux pratiques urbaines ; Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, les animateurs du mouvement Socialisme ou Barbarie, lui donnent les outils à la fois politiques et philosophiques de la lutte anti-totalitaire. Il demeure marqué par les figures d’Emmanuel Levinas et Paul Ricoeur. Il ne découvre pas ce dernier par le Personnalisme ou la revue Esprit, mais parce qu’il suit ses cours de phénoménologie dans lesquels il entre en discussion avec le structuralisme, la linguistique, l’anthropologie, l’histoire, la fiction. À ces figures, ajoutons celles de Pierre Clastres, Jean-François Lyotard, Marcel Gauchet. Il est très tôt lecteur des grandes revues qui structuraient le paysage intellectuel français : Esprit, Les Temps modernes, Études. Très jeune, en pleine période franquiste, il participe à Barcelone à l’animation de la revue La Posobra (La Veille, éditée à Andorre).

Direction de la revue Esprit

La revue Esprit n’est pas la terre d’origine d’Olivier Mongin, même s’il l’a lue très tôt et s’il vient du catholicisme social. Il est un peu décalé par rapport au personnalisme fondateur de cette publication, et il n’appartient pas à la très importante génération de militants qui l’avaient porté auparavant (qu’on songe à Jean-Marie Domenach, ancien résistant et militant contre la guerre d’Algérie, directeur de la revue Esprit de 1957 à 1976) ; sa génération sera moins « républicaine » que celle qui l’a immédiatement précédée (Paul Thibaud). Il entre à la revue comme secrétaire en 1976, quand Paul Thibaud en prend la direction. La revue lui est une terre d’accueil, dans sa lutte contre le totalitarisme, la redécouverte du Libéralisme, l’influence de penseurs comme Ivan Illich, René Girard, et la mise au premier plan intellectuel d’Emmanuel Levinas, de Paul Ricoeur et de Claude Lefort.

Olivier Mongin succède à Paul Thibaud fin 1988. Or, en 1989, c’est la chute du Mur de Berlin et « l’illusion » de la « fin de l’histoire », illusion qui dure peu. Bientôt, c’est la retombée dans la violence en Yougoslavie et en Afrique, la crise progressive de l’Europe, le retour du thème national. Après l’écoute attentive des clandestins du monde entier, comme les militants polonais de Solidarité, les auteurs d’Esprit doivent « revenir en France ». En 1993, c’est le tournant néo-libéral et la victoire de la démocratie d’opinion. La gauche française ne peut pas légitimer le libéralisme, et les « trente glorieuses intellectuelles », politiques, culturelles – qui se sont formées après guerre, et qui sont marquées par trois lieux, la revue Esprit, le journal Le Monde et les Éditions du Seuil – sont fragilisées. La revue Esprit doit s’affronter à un monde nouveau où le modèle français est devenu bien faible, où l’Europe et l’Amérique ne sont plus totalement dominantes, où le nouveau capitalisme n’est plus industriel mais financier, et où la violence perdure.

En 2001 a lieu le renversement historique qui débute par l’attentat contre le World Trade Center, suivi des guerres en Afghanistan et en Irak, avec toutes leurs conséquences, comme la crise de l’hégémonie américaine et les effets au proche-Orient. Les convictions politiques et philosophiques demeurent – la lutte contre les totalitarismes et l’espérance démocratique à l’horizon - mais c’est le retour obligé au réalisme. Il faut admettre que le monde est flou et incertain, et il faut écouter des spécialistes de politique internationale, comme Pierre Hassner, qui savent lire les disharmonies du monde contemporain ; ainsi, on ne peut plus parler d’hégémonie américaine.






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