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Robert BADINTER

président du conseil constitutionnel, ancien ministre

République et corruption

septembre 1994 20h30



Badinter superstar au Chapeau-Rouge

L’annonce d’une conférence sur le thème " République et corruption ", donnée par le président du conseil constitutionnel, a provoqué une ruée en masse. Invité de " La liberté de l’esprit " ", Robert Badinter a parlé à guichets fermés, jeudi soir au Chapeau-Rouge, devant 700 personnes. Et il a déçu.

Il a fallu refuser du monde. Certaines personnes ont attendu à l’entrée du Chapeau-Rouge l’arrivée de la star : " On veut moins le voir. On ne sera pas venu pour rien. " Il ne s’agissait ni de Prince, ni d’Alain Souchon, mais de celui qui a fait abolir la peine de mort en France. " Il y a neuf ans que je ne parle plus, sauf à mes intimes et mes étudiants ". Les 700 auditeurs présents pouvaient mesurer l’honneur qui leur était fait, calepins sur les genoux et stylos dans les starting-blocks. Robert Badinter a aussitôt douché son auditoire : " Je suis pour cinq moins encore président du conseil constitutionnel, avec l’obligation impitoyable de ne prendre aucune position publique sur ce qui pourrait faire l’objet d’une loi et sur l’actualité politique ".

Le masque. Déception pour les membres de la " Liberté de l’esprit ", qui escomptaient davantage de pertinence sur un sujet dont l’actualité permanente. Hélas, Badinter ne pourrait aller " jusqu’à la fibre saignante ", conscient de décevoir une " attente corridéenne " (entendre : digne d’une corrida) allant jusqu’à la mort du " taureau corruption ".
 

A fleuret moucheté

Qui eussent aimé que cela saigne, il les a enchantés par une éloquence à fleuret moucheté. Il a d’ailleurs promis de revenir à Quimper " parler plus sérieusement des choses ".

En guise d’os à ronger, le président a offert une brillante réflexion à voix haute sur la corruption, gangrène des républiques. " Pourquoi la voit-on davantage aujourd’hui ? Parce que le secret de jadis est mort. A cause de la photocopie ". Corollaire : plus visible, la corruption est de moins en moins supportable. Un " signe très favorable de santé de la république. " Même si les démagogues aimes enfourcher ce vieux cheval : les dictatures s’appuient toujours sur l’argument du " tous pourris ". Démagogues qui font songer au vieil adage : " Les vieilles catins font les grandes dévotes. "

La corruption, au niveau des États, conduit à institutionnaliser les caisses noires : elle est " une loi de la compétition internationale ". On atteint ici la dimension la plus inquiétante du phénomène : " l’auteur n’a plus le sentiment de corrompre, quand il n’en est pas le bénéficiaire : il le fait pour l’entreprise, le pays, l’emploi, le parti. " De même que l’orateur reste étonné par le mythe faisandé du gagneur et du battant : " sauter d’un avion dans un yacht ... On ne demande pas par quels moyens. " En fait (citant Weber), le capitalisme n’est supportable qu’allié à la " rigueur calviniste ".

Corrompre pour le parti, l’ex-garde des sceaux ne semble pas comprendre : " Moi qui connu des campagnes de pauvres, je me demande bien à quoi peut-il servir de voir les visages, sympathiques, de Giscard, Mitterrand et Barre, reproduits à l’infini sur des
 

Inquiétude pour l’Est

En forme d’entracte comique, Badinter enchaîne alors sur un problème de casuistique sur le thème : qui est le plus coupable, le corrupteur ou le corrompu, en s’appuyant sur la jurisprudence de l’Inquisition, à travers le cas du moine sodomite et du moinillon ... Au réveillon chez Bob, on ne doit pas s’ennuyer.

Son diagnostic ? Pour la France, la gangrène n’est " pas irréversible ". Avec quelques serrages de boulons du côté des Sociétés d’économie mixte, collectivités et associations, et la fin du cumul des mandats. Une opération " mains propres " comme la souhaite Balladur ? " La dénonciation conduit à la délation généralisée : ce sont des procédés désespérés. " Sa plus grande inL’est, pour lesquels il a rédigé des projets de constitution. " Tout éclate, il y a une mafiosisation générale. Dans la fonction publique, chacun monnaie sa part de pouvoir. C’est une société criminogène. Imagine-t-on une dictature en Russie, où subsistent des centaines de têtes atomiques ? Notre sort se joue là-bas. "

D. M. Le Télégramme de Brest


Robert Badinter à mots couverts

Robert Badinter, président du Conseil constitutionnel, a inauguré le sixième cycle de conférence de l’association " La liberté de l’esprit ", jeudi à Quimper. 700 personnes l’ont écouté parler de corruption ... à mots couverts.

Allait-il évoquer les " affaires " ? Jeudi soir à Quimper, le président Badinter a tout de suite mis les choses au point : pour cinq mois encore, son devoir de réserve lui interdit toute prise de position sur l’actualité politique, et tout sujet pouvant faite l’objet d’un projet de loi. L’orateur n’en a pas moins décortiqué avec brio les mécanismes généraux de la corruption, en mettant en garde contre le discours démagogique : " Lorsqu’on veut abattre la République, on crie " Tous pourris ! " comme en février 1934. La corruption se voit davantage aujourd’hui car le secret de jadis a disparu. " A cause de la photocopie, moyen absolu de divulgation !

Selon Robert Badinter, le sursaut de l’opinion devant les " affaires " est un " signe de bonne santé " pour la République en France. Il s’inquiète davantage du processus de " mafiosisation " des États, qui ne peuvent déboucher que sur ces " États forts, et l’on sait ce que cela veut dire ". Notamment dans les pays de l’Est, où il a été appelé à rédiger des projets de constitution - d’ailleurs toujours modifiés par la suite. " En Russie, on ne vit pas de la fonction publique, mais à partir d’elle. Il y a toujours l’ " enveloppe " en plus. On ne prend pas assez conscience du danger. La Russie ne s’est pas évaporée. C’est une société criminogène. Imaginons un pouvoir dictatorial s’installant en ex-URSS avec des centaines de têtes atomique. Notre sort se joue à l’Est. "Ouest-France


Biographie

Robert Badinter (né le 30 mars 1928 à Paris) est un avocat, universitaire, essayiste et homme politique français. Ancien Président du Conseil constitutionnel, il est principalement connu pour son combat contre la perpétuité réelle et la peine de mort dont il obtient l’abolition en France le 30 septembre 1981 en tant que Garde des Sceaux, pour la suppression de dispositions légales pénalisant les relations homosexuelles avec un mineur pour des âges où les relations hétérosexuelles étaient légales, et surtout comme auteur du nouveau code pénal.

Son père, originaire de Pologne, avait été arrêté à Lyon le 9 février 1943 et mourut au Camp d’extermination de Sobibor [1].

Il a été marié à l’actrice Anne Vernon. Il a épousé en secondes noces l’écrivain féministe et professeur de philosophie Élisabeth Badinter (une des trois filles de Marcel Bleustein-Blanchet fondateur de Publicis), avec qui il a trois enfants[2].

Il est membre du Conseil d’administration de l’Institut français de relations internationales (IFRI)[3].






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